On achevait bien les chevaux

Je me souviens de ma tristesse, il y a quelques années déjà, lorsque lors d’une visite en France, dans une petite ville que je fréquentais de près dans mon adolescence (un indice si Google vous tente : une bonne partie des films de la Septième Compagnie y fut tournée), je constatai que la boucherie chevaline avait disparu.

C’était un peu hypocrite de ma part, après tout. Ma bonne maman avait arrêté d’y faire ses courses lorsque, il y a presque trois décennies de ça, ma sœurette, passionnée d’équitation, avait décrété que désormais, on ne boufferait plus de cheval dans la maison. Et je n’avais pas franchement fait l’effort de contrer le diktat de la frangine.

L’année dernière, j’avais observé dans le métro parisien des affiches protestant la viande de cheval. La campagne était bien pensée, associant les bêtes à des amis. Et franchement, qui bouffe ses potes ? Mais je gardai malgré tout une certaine nostalgie des steaks de cheval. Si tendre, si savoureux. Lire la suite

Le Tea Party de gauche

Quelques semaines à peine après l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche, le mouvement du Tea Party prenait une ampleur nationale. De là, les manifestations se multiplièrent à travers le pays. Une certaine Amérique moyenne, votant principalement à droite (mais aussi rejointe peu à peu par de nombreux déçus de Barack), y vit l’incarnation de leur mécontentement. Les slogans étaient clairement anti-immigration, anti-socialistes, anti-mondialistes, anti-gouvernement, parfois racistes, souvent simplistes, teintés de christianisme évangéliste, et étalant souvent des credos anti-avortement ou anti-musulmans, et mettant en question la citoyenneté ou la religion du nouveau président. C’était plein de rouge, blanc et bleu, de drapeaux Gadsden et de pancartes exprimant un patriotisme simplet.

Le mouvement, qui en France évoque l’idéologie puante des poujado-lepénistes, fut rapidement récupéré par différentes organisations et candidats potentiels à la présidence. Michele Bachmann, qui représente le sixième district du Minnesota à Washington, fut sans doute celle qui fut la plus habile à capitaliser sur le Tea Party. Après avoir fait la une des magazines et considérée comme l’un des favoris du GOP il y a encore quelques mois, elle patine désormais dans les sondages, larguée loin derrière le tandem Romney-Cain, qui semble désormais être le ticket républicain logique pour affronter Obama en novembre 2012 — même si beaucoup de choses peuvent se produire d’ici là.

Et voici maintenant un autre mouvement — Occupy Wall Street, désormais se déclinant au niveau national, avec des mini-manifestations à travers le pays, y compris devant les agences Chase ou Bank of America de patelins minuscules.

Le parallèle est évident, mais au Tea Party comme chez les militants OWS, on se refuse à l’accepter. La droite McDonald’s des tea partiers voit les agitateurs de Occupy Wall Street comme une bande de marxistes cherchant à redistribuer les richesses façon Castro, des hippies glandeurs voulant toucher un chèque du gouvernement sans rien foutre. De leur côté, les militants d’Occupy ne se voient quasiment rien en commun avec les teabaggers, qui représentent une Amérique étroite d’esprit, ignorante et pleine de haine.

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RIP, Steve

La nouvelle n’était qu’une demi-surprise. Le co-fondateur et patron d’Apple nous a donc quitté hier pour rejoindre le nuage. Ce matin, TV5 Monde m’a appelé pour un bref entretien sur mes pensées en tant qu’ex-employé d’Apple. Je n’ai rien pondu de très transcendant, car ma foi tout a été déjà dit, donc je vous épargne le compte-rendu. J’avais pris soin de mettre l’iMac vintage qui trône sur le comptoir de la cuisine en arrière-plan pour l’appel via Skype.

Ce que je retiens de celui qu’on appelait tous « Steve » — sachant immédiatement de quel Steve il s’agissait : son incroyable attention au détail (certaines décisions sur le choix de la couleur du fond d’une page web étaient parfois imposées par SJ lui-même), un charisme indéniable que SNL ira jusqu’à parodier à plusieurs reprises (peu de CEOs peuvent se vanter d’avoir été leur cible ne serait-ce qu’une seule fois), une discrétion qui parfois contrastait avec son apparition au milieu de la cafétéria d’Apple pour commander un burrito végétalien, un culot indéniable, et l’incarnation quasi-parfaite de la success story à l’américaine : ascension, traversée du désert, et retour éclatant.

La dernière question de l’entretien porta sur le futur d’Apple. Et là, je ne me fais pas de souci. D’abord parce qu’au cours de mes cinq années chez Apple, j’ai rencontré des dizaines d’individus d’un calibre intellectuel remarquable, ayant tous un point commun : un regard souvent peu conventionnel, voire rebelle, mais encadré d’un pragmatisme et d’une patience remarquables. Des pirates civilisés et business-savvy.

Ensuite, parce qu’il ne fait aucun doute dans mon esprit que Uncle Steve a préparé il y a déjà un bon moment sa succession, dont la nomination de Tim Cook au poste de CEO n’est qu’un exemple. Je suis persuadé que Jobs a légué une vision détaillée des produits et services futurs à ses héritiers chez Apple, sans parler du futur siège, un OVNI qui sans aucun doute portera sa marque.

Jardinier clandestin

Il y a deux semaines de ça, ma douce et moi descendons le flanc boisé derrière la maison pour aller cueillir des poires et des mûres. Nous suivons ces temps-ci un régime quasi-végétarien et sans alcool, histoire de perdre quelques kilos superflus — et ça marche. J’ai pris le fusil en .22, au cas où un gros lièvre d’automne montrerait son nez, et comme à chaque sortie de chasse, j’ai à ma ceinture mon 1911 Kimber chambré en 10 mm. Après tout, la saison de chasse au cheveuil n’est pas encore terminée, et un cochon sauvage pourrait croiser notre chemin. Et on ne sait jamais — j’ai trouvé à deux reprises des carcasses de chevreuil abandonnées par des braconniers nocturnes. Les coupables se sont enfin fait épingler il y a un mois — sept ouvriers agricoles qui apparemment aimaient à abattre leur gibier en l’éclairant de nuit et l’abattaient avec des fusils de .22, un calibre illégal pour la prise de gros gibier, mais relativement silencieux par rapport aux percussions centrales. Leur statut de clandestin combiné à des offenses commises avec des armes à feu (leurs fusils étaient chargés dans le véhicule) va leur valoir une reconduite à la frontière une fois leur peine écoulée.

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Des excuses

Pour ne pas avoir tenu ce blog à jour. Bah oui, je me sens coupable. Sans doute vis-à-vis de moi-même, surtout.

Je travaille sept jours sur sept, ces temps-ci. La semaine, je suis sur une mission temporaire pour une boîte du FiDi qui relance une trentaine de sites web pour ses filiales (la localisation est ma spécialité côté tech). C’est typique du genre de projet que je gère depuis une quinzaine d’années. Je suis à San Francisco deux à trois jours pendant la semaine, et le reste, je bosse de la maison, dans le comté de Lake, à deux bonnes heures de route.

Le week-end, je bosse toujours pour Gregory Graham Wines, où je tiens la salle de dégustation, et je conseille Greg en matière de marketing, social media, et tout le tralala que les domaines vitivinicoles doivent désormais maîtriser pour se maintenir sur le marché. Cela dit, les vins de Greg sont tous excellents, donc faciles à écouler. Mais il faut travailler sur la reconnaissance de la marque, sachant que la distribution hors Californie est quasi-inexistante, à l’exception de deux ou trois autres états (la faute au three-tier system imposé à la fin de la Prohibition, très défavorables aux petits domaines).

Et puis je continue à bosser en traducteur indépendant, notamment pour la localisation d’applications mobiles et de sites web. Ça me tient occupé le soir ou tôt le matin.

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I smell bacon

cochon

Les cochons étaient prévenus. Mais ils ont la mémoire courte. Il y a seulement un mois, à 10 heures et demie du soir, mon fermier de voisin Tad avait décoché un chargeur entier dans la direction du troupeau de cochons qui venait faire la teuf autour de sa maison (sans doute attirés par l’irrigation). Le bilan avait été conséquent : trois morts, et un blessé qui s’était sauvé en boitillant.

Les cochons sauvages sont une calamité. Il ne s’agit pas d’une espèce endémique de sangliers, mais de cochons retournés à l’état sauvage, et se reproduisant à une vitesse effrayante. N’ayant aucun prédateurs, ils peuvent faire de gros dégâts, retournant la terre à la recherche de glands, noix, patates ou autres racines. Certains les accusent aussi d’être à l’origine de contaminations bactériennes de certaines cultures.

Bref, les cochons sauvages n’ont pas beaucoup d’amis aux États-Unis. À tel point qu’en Californie, c’est le seul gros gibier pouvant être chassé toute l’année. Il vous suffit d’un permis de chasse et d’une pig tag — une vignette dédiée coûtant 20,52 dollars.

Évidemment, après, il faut les trouver. En Californie, plus de 95% des prises de cochons sauvages ont lieu sur terrains privés. Certains propriétaires organisent des chasses sur leurs terres, coûtant souvent pas moins de 500 dollars la journée. La chasse la nuit est interdite, sauf si les cochons sont en train de créer des dégâts. De nombreux chasseurs américains se passionnent pour la chasse au cochon, n’hésitant pas à faire des centaines de kilomètres pour trouver un endroit propice.

D’une certaine façon, j’ai de la chance. Les cochons aiment mon jardin. Il y a deux jours, alors que j’inspecte les ruches dont l’activité est en pleine explosion (printemps oblige), Tad descend de son tracteur pour venir taper la discute. Il m’informe qu’il a encore vu un cochon — un solitaire, celui-là — il y a deux nuits de ça. Décidément, les porcins ont la mémoire courte. Je l’informe que je vais faire mes rondes le soir, car je n’ai pas envie qu’ils viennent faire basculer mes ruches.

Hier soir, il est seulement dix heures moins le quart, mais je décide d’aller faire ma ronde. Je prends le MAS 36 qui est toujours debout contre l’armoire, devant la porte, au cas où. Il a été fabriqué dans les années 50, et a, qui sait, peut-être vu la guerre d’Indochine ou celle d’Algérie. Il a été remis en excellente condition par l’arsenal de Lille en 1976, puis importé par un distributeur américain. Le MAS 36 fut populaire dans les années 80 et 90 aux États-Unis : il était très bon marché, et chambré dans un calibre idéal pour le gros gibier. Certains armuriers en convertirent même en .308 (7,62 × 51 mm OTAN), l’un des calibres les plus populaires parmi les chasseurs du pays. C’est un fusil court, simple, et parfait pour la chasse au cochon ou au sanglier. J’ai acheté le mien à un type qui ne l’avait même jamais sorti de son emballage, le fusil toujours enduit de sa cire anti-rouille made in France.

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Booze ‘n’ Guns

DJ's
DJ's

Diamond Jim’s est un vieil établissement dans la ville de Ukiah, dans le comté voisin de Mendocino. Détruit par un incendie suspect il y a un an, le magasin a réouvert dans le bâtiment voisin il y a quelques mois.

Un prospectus a échoué dans la boîte aux lettres l’autre jour, dont les recto et verso confirment que l’enseigne reste fidèle à ses deux spécialités : armes à feu et spiritueux.

Only in America.

Eggnog

Les Américains ont une boisson associée aux fêtes de fin d’année dont l’apparition coïncide à peu près avec la sortie du Beaujolais Nouveau : l’eggnog. Appelé aussi lait de poule dans le Canada francophone et dans certaines régions françaises, l’eggnog a pour base lait, œufs et sucre. La version traditionnelle inclut une ou plusieurs eaux-de-vie.

eggnog

Aux États-Unis, l’eggnog peut désigner une boisson non-alcoolisée, telle que celle que Starbucks commercialise pendant les fêtes. Pour les puristes — dont j’aime à penser être un membre — elle se doit d’inclure brandy et rhum.

Rien à voir avec la boisson qu’on trouve dans les supermarchés en cette fin d’année, qui contient souvent du sirop de glucose-fructose, de la gélatine ou d’autres substituts artificiels en place d’œufs.

L’une des plus vieilles recettes d’eggnog nous provient de George Washington lui-même. Le général savait boire, et fut même propriétaire d’une des plus vieilles distilleries d’applejack, une eau-de-vie à base de pommes. Sa recette, préservée parmi ses documents, inclut notamment un sherry en plus du brandy and du rhum, mais ne précise pas le nombre d’œufs à utiliser.

Tout livre de recettes de cocktails qui se respecte inclut un eggnog. Chacun a sa version, parfois héritée de grand-maman. Certains le préfèrent chaud, d’autres favorisent une boisson réfrigérée. Voici celle que ma douce a adoptée, et qu’elle a empruntée au bartender oreganais Jeffrey Morgenthaler.

Voici donc sa recette, qui produira environ 750 ml de cette boisson délicieuse.

● 4 œufs
● 12 cuillères à soupe de sucre en poudre
● 1 cuillère à café de noix de muscade fraîchement râpée
● 4 onces liquides (12 cl) de brandy (ou cognac)
● 4 onces liquides (12 cl) de rhum épicé (Sailor Jerry de préférence)
● 12 onces liquides (35 cl) de lait entier
● 8 onces liquides (24 cl) de crème fouettée

1) Battez les œufs dans un mixeur pendant une minute à vitesse moyenne.

2) Ajoutez le sucre et mélangez pendant une minute supplémentaire.

3) Ajoutez la noix de muscade moulue, le brandy, le rhum, le lait et la crème pendant que le mixeur tourne jusqu’à un mélange homogène.

Mettre le mélange au frais pendant quelques heures. Versez-le dans une bouteille ou un récipient permettant de secouer la boisson avant de la servir. Vous pouvez assaisoner votre verre d’eggnog d’un peu de noix de muscade râpée et/ou y insérer un bâton de cannelle. L’eggnog obtenu pourra être conservé pendant une semaine s’il reste réfrigéré.

Attention, ça se boit comme du petit lait. De poule.

My teinturier is rich

teinturier

L’un des cépages les plus cultivés en Californie pendant la Prohibition est une grappe bien de chez nous, mais qui est en passe de disparaître dans l’Hexagone. C’est l’alicante-henri-bouschet, ou simplement alicante-bouschet. C’est un cépage dit teinturier : contrairement à la plupart des autres cépages noirs, sa pulpe et son jus ne sont pas clairs, mais rouges. Cette variété tient son nom de son inventeur, le Français Henri Bouschet de Bernard, qui en 1855 obtint cet hybride en croisant du grenache noir avec du petit bouschet.

Le cépage devint très populaire : résistant et au rendement généreux, on le planta dans le Bordelais, la Bourgogne et la vallée de la Loire. Aujourd’hui cependant, il a quasiment disparu dans ces régions, et n’étant pas autorisé dans aucune AOC, il ne survit guère que dans le sud-ouest du pays. Il a cependant une présence dans le sud du Portugal, en Espagne (dans la région dont son nom est partiellement inspiré, et ou il est appelé garnacha tintorera) et en Algérie. Ses caractéristiques permettent de rehausser la couleur d’un vin, mais il est parfois utilisé indépendamment.

L’alicante-bouschet fut un cépage très cultivé pendant la Prohibition. La loi comportait en effet des exceptions pour la production de vin à usage personnel. Des milliers de tonnes de grappes furent ainsi expédiées par voie ferroviaire vers les communautés italiennes de la côte est, et la paroi épaisse des baies de l’alicante-bouschet permettait aux grappes de ce cépage de subir le voyage sans trop de dommages.

Aujourd’hui on trouve encore l’alicante-bouschet dans de nombreux vignobles californiens, surtout dans la région des Sierra Foothills (dans la Napa Valley, où il était populaire il y a encore un demi-siècle, il a fait place à des variétés plus rentables). Ce cépage reste prisé par certains vignerons pour foncer certains vins et du fait de son rôle historique. J’ai cueilli cette grappe (qui n’était pas encore mûre) lundi dernier dans le vignoble étudiant de Napa Valley College, qui cultive sur deux rangées des échantillons de différents cépages dans l’ordre alphabétique, et qui commencent par… l’alicante-bouschet.