Bouquin : jPod, par Douglas Coupland

jPod

jPod, par Douglas Coupland.
Bloomsberry. 448 pages.
ISBN 1596912332 (paperback US) :
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ISBN 1596911042 (hardcover US) :
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Livre audio (en anglais) :
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En 1994, un écrivain de Vancouver racontait l’ennui d’un groupe de geeks fictifs employés par Microsoft qui partent en Silicon Valley pour y établier leur start-up. Le récit, bourré d’humour et aux dialogues sentant le vécu pour tous les drones de cubicles rêvant de se libérer du joug d’un employeur sans âme, arrivait juste au moment où l’Internet explosait, un boom qui allait signifier quelques années plus tard fortune et célébrité pour certains, et désenchantement puis chômage pour beaucoup. D’abord publié sous la forme d’un nouvelle dans une édition de Wired Magazine, Microserfs devint rapidement un roman, publié en 1995 chez Regan Books.
Douglas Coupland était déjà à l’époque connu pour son roman précédent, Generation X, dont le titre allait servir aux marketeurs d’étiquette idéale pour désigner le groupe démographique des enfant des baby boomers, une génération un peu paumée ayant grandi sans être affectée par une guerre mondiale ni une dépression économique.

Microserfs fut certainement le roman qui établit Coupland comme un écrivain ayant un talent particulier pour situer ses récits dans la (pop) culture contemporaine avec un humour et un recul qui lui est tout particulier. Viendront d’autres romans aux tirages moins spectaculaires mais tout aussi respectés par la critique, jusqu’en 2004 où Coupland livre son roman le plus complexe mais aussi le plus différent du reste de sa production littéraire : Hey Nostradamus!, un livre qui décevra nombre de ses fans, notamment ceux qui ont fait de Generation X et Microserfs leurs lectures cultes. Coupland n’a pourtant aucun complexe sur le sujet. « C’est mon préféré », confie-t-il fièrement au sujet de Hey Nostradamus! lorsque quelqu’un le mentionne.

jPod, ne serait-ce que par son titre, évoque immanquablement un retour à Microserfs. Coupland, un écrivain d’une rare candeur lorsqu’il apparaît en public, cache à peine qu’il s’agit là du produit de l’insistance de son éditeur, sans doute avide de capitaliser sur la vogue Web 2.0 pour renouveler le succès du best-seller de 1995.
Dans jPod, qui vient de sortir en poche aux États-Unis, Douglas Coupland revient donc à une structure et un sujet familier : la vie quotidienne d’un groupe de geeks, qui cette fois-ci travaillent dans une société de jeux vidéos basée en Colombie-Britannique, et dont par le fruit du hasard (ou d’une farce absurde des ressources humaines) les noms commencent tous par « J ». Le personnage central, Ethan (Coupland utilise toujours la première personne) est un programmeur talentueux mais, comme le reste des jPodders, sous-employé. Sa famille, comme à l’habitude dans l’univers couplandien, est relativement fonctionnelle dans sa spectaculaire dysfonctionnalité.
Les aventures d’Ethan et ses collègues incluent entre autres meurtre, escalavage, adultère et traffic de drogue, racontées avec le même ton léger que celui de Microserfs ou Miss Wyoming, mais ici nuancé d’un humour noir particulièrement efficace. Comme dans Microserfs, le récit est parsemé de divers documents écrits par les personnages, de listes sentant fort le syndrome d’Asperger et de textes techno-surréalistes qui sont autant d’instantanés de la vie quotidienne d’un geek. Ce procédé est une signature couplandesque classique, mais qui pourra paraître désormais un peu forcé à certains.

Reniflant sans doute à l’avance ceux qui ne manqueront pas de l’accuser de pondre une mise à jour de Microserfs en suivant la même recette, le romancier tente de désarmorcer les critiques par une mise en abyme de sa personne et de son œuvre. Douglas Coupland apparaît donc dans jPod comme un personnage cynique et manipulateur à l’humour cruel, en métaphore que l’auteur ne prend même pas la peine de voiler.

jPod est une réussite, au sujet certes plus superficiel que son roman précédent, mais c’est aussi une critique sociale plus acerbe que Microserfs, plus sombre aussi, mais tout aussi drôle.

Hey Nostradamus!

Hey Nostradamus!, par Douglas Coupland.
Bloomsbury Publishing. 244 pages.
ISBN 1582344159 (paperback US).
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Au Diable Vauvert. 295 pages.
ISBN 2846260990 (traduction française).
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Livre audio (en anglais).
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Microserfs

Microserfs, par Douglas Coupland.
ReganBooks. 384 pages.
ISBN 0060987049 (paperback US).
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ISBN 978-2264024008 (traduction française).
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Generation X

Generation X, par Douglas Coupland.
St. Martin’s Griffin. 192 pages.
ISBN 031205436X (paperback US).
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Éditions 10/18. 260 pages.
ISBN 2264002190 (traduction française).
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