Musique : Supreme Beings of Leisure, 11i

11i
11i
Supreme Beings of Leisure.
Rykodisc.
Acheter sur
» Amazon.com
» Amazon.fr
» iTunes Store

Le premier album des Supreme Beings of Leisure, arrivé dans les bacs en 2000, avait des airs de bande originale d’un film de James Bond, avec des morceaux dont certains titres étaient des références à peine masquées à des romans de Ian Fleming : le très ludique « Golddigger », l’ultra-dansant « Strangelove Addiction » ou le quasi-parodique « Under the Gun ». Glamour et loungy, l’album éponyme (iTunes US & Canada) commençait par des pistes oscillant nonchalamment entre trip-hop et drum’n’bass (« Never the Same », « Ain’t Got Nothin »), puis alternait clins d’œil à la pop synth des années 80 (« Always the Sun »), les touches d’électro orientale (« Sublime ») et des morceaux trip-hop plus sombres (« Nothin’ Like Tomorrow », « Last Girl on Earth »). Avec leur production hyper-léchée et leur orchestration luxuriante, le groupe, centré autour de la chanteuse Geri Soriano-Lightwood, le producteur-compositeur Kiran Shahani, le compositeur-bassiste Ramin Sakurai et le guitariste Rick Torres, pouvait passer pour une version yuppifiée cosmopolite des Portishead de Bristol. L’album se vendit à plus d’un quart de million d’exemplaires, sans tournée ni promotion internationale.

Le deuxième effort des Supreme Beings, Divine Operating System (iTunes US & Canada, iTunes Europe), arriva deux ans plus tard, et cultivait sans honte une ambiance résolument disco-paillettes (« Give Up », « Divine »), avec toujours quelques pistes trip-hoppantes comme « So Much More » ou « Freezer », rappelant les ambiances douces-amères de Massive Attack, tandis que d’autres suggéraient les décollages rétro-exotiques façon Fantastic Plastic Machine.

Entretemps, Kiran Shahani, l’un des producteurs-compositeurs à l’origine du premier album, avait quitté le groupe pour s’associer à la chanteuse-remixeuse Shana Halligan et fonder Bitter:Sweet, qui sortit chez Quango en 2006 The Mating Game, et l’année dernière une collection de remixes, The Remix Game.

11i est le troisième opus des Supreme Beings of Leisure, dont le noyau consiste désormais de Soriano-Lightwood et Sakurai. Ils s’y sont néanmoins associé les services du guitariste Geoff Bradin, de la platine de DJ Swamp et du batteur Jason Graham. Le résultat est à la hauteur des six ans d’attente.

À condition toutefois que vous ne voyiez rien d’autre dans la musique des Êtres suprêmes que ce dont il s’agit : des compositions impeccables, tour à tour feutrées et luxuriantes, ludiques et lancinantes, une version liftée et jet-set du trip-hop d’antan, une lounge music ici un peu plus sombre que celle des deux précédents albums.

« The Light », le morceau vedette de l’album (doit-on toujours les appeler single ?) rappelle clairement Zero 7 circa 2002 par son atmosphère et son orchestration. La piste suivante, « Oneness » mélange un chant aérien mélangé à un rythme hip-hop au piano et une guitare pinkfloydesque. (« Everywhere », l’avant-dernier titre de l’opus, semble lui répondre, reprenant le même hook en intro).

Les SBoL maintiennent cependant sa tradition d’électro exotique et élégante de cocktail lounge avec des morceaux comme « Ride » ou « This World », où la voix langoureuse de Soriano-Lightwood n’a rien perdu de ses cordes en six ans d’absence, enrichie par une instrumentation riche et colorée, parfaite pour accompagner un mai-tai au bord de la piscine. La deuxième partie de l’album aligne des morceaux plus épiques et plus sombres aux accents synth pop (« Mirror ») ou R’n’B (« Swallow »), incluant parfois des cordes symphoniques comme dans « Pieces » ou le violoncelle de Lily Hayden sur le superbe « Angelhead » aux échos d’électro orientalisante. L’album se clôt sur la symphonie rêveuse « Lay Me Down », une débauche d’effets synthétiques comme un Vangelis sous acide aurait pu en pondre, avec une outro de pas moins de quatre minutes.

Comme à l’habitude, les paroles reflètent un certain sens de l’humour, flirtant parfois avec la préciosité — ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Les Êtres suprêmes font partie de ces producteurs-compositeurs-interprètes ayant parfaitement maîtrisé l’art de l’ambiance sexy, dont les morceaux de ce dernier opus seront à coup sûr reconvertis en bande sonore de pub télé en moins de temps qu’il n’en faut à une jolie fille pour commander un cosmo au comptoir du bar d’un hôtel chic.

— Pub —


Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.