Nostalgie du vieux pays

Il y a certainement en Californie, de la place pour une immigration française importante ; mais pour réussir, il faut certaines conditions : avoir un métier ou une profession utile, la ferme volonté de l’exercer, et apprendre la langue du pays.

[...] Devenus, en grand nombre, citoyens américains, [les Français] prennent à la politique courante, aux événements qui concernent leur pays d’adoption, la part la plus active. C’est une famille nouvelle dans laquelle ils sont entrés et dont ils épousent les idées, les passions et les intérêts.

Mais si, dans la vie publique, ils s’identifient avec la masse de la population américaine, dans la vie privée, il n’en est pas ainsi. Pénétrez dans l’intérieur de leurs maisons, vous vous croirez en France même. L’idiome maternel y fait entendre ses doux accents. Bien des objets familiers y rappellent la patrie absente : les détails de l’ameublement, les livres, les journaux et ces tableaux populaires qui représentent des personnages illustres ou des épisodes glorieux de notre histoire nationale. La conversation roule sur des sujets d’intérêt français. On parle de Paris, des événements qui s’y succèdent ; on y parle aussi, avec une émotion toujours renaissante, de la ville ou du village où vivent ceux qui nous sont chers, où trop souvent, hélas ! dorment du dernier sommeil ceux qui ont veillé sur notre enfance.

Mais aux paroles et aux sentiments des parents viennent se mêler ceux de la génération nouvelle, née et élevée dans ce pays. Cette génération est franco-américaine, c’est-à-dire qu’elle est dominée par deux influences morales qui cherchent à se confondre et qui produisent chez l’enfant un esprit nouveau. L’influence américaine dominera à la troisième génération. Mais, il y a dans la race française une telle vitalité, les liens qui la rattachent à la patrie ont une telle puissance, que la personnalité de notre colonie, grâce à l’adjonction de nouveaux éléments venus de France, résistera pendant bien des années, pendant des siècles peut-être, à une absorption complète.

— Daniel Lévy, 1884.

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