The Gen X Club

Depuis quelques jours, la chaîne de magasins vestimentaires américaine JC Penney diffuse sur les ondes télévisuelles et dans les salles cinémas une pub rendant hommage à l’un des meilleurs — que dis-je, le meilleur — teenage movies jamais pondus : The Breakfast Club (iTunes US), réalisé en 1985 par John Hughes. Les références du spot sont claires, de la plaque d’immatriculation de l’Illinois aux plans-montage filmés dans la même école, en passant évidemment par la bande-son, une reprise du « Don’t You » des Simple Minds (iTunes US, iTunes Europe) par le groupe néo-punk New Found Glory.

Ma réaction initiale fut un certain amusement. Ah, The Breakfast Club. Le minois adorable de Molly Ringwald. L’insolence rafraîchissante d’un groupe d’ados avec lesquels, bien que d’un autre continent, je pouvais m’identifier, moi aussi, petit jeune incompris et parfois rebelle, épisodiquement collé le samedi — une punition d’autant plus sévère que j’étais à l’époque en pension en Normandie dans une école jésuite. Deux années plus tard, je me retrouvai à mon tour dans une high school américaine, où j’allais être initié aux joies et aux horreurs du lycée à l’américaine, du confort du locker personnel à l’angoisse précédant la prom, en passant par les affres du dating à l’âge où l’acné colonise votre épiderme.

Je me demandai ensuite si les teenagers de 2008 saisiraient tout de suite la référence. Je sais que les années 80 ont la cote, mais pourquoi avoir choisi The Breakfast Club, alors que d’autres films ados plus récents, d’American Pie à Superbad, parlent sans doute davantage à leur génération.

Et puis je réalisai deux choses. D’abord, que The Breakfast Club est un film culte, ce qui signifie que les petits cons de quinze ans connaissent eux aussi ce petit chef-d’œuvre par cœur, comme les répliques de Heathers, Risky Business ou Ferris Bueller’s Day Off. La plupart d’entre eux ont déjà dû voir le film au moins cinq fois sur le câble. L’accès à la pop culture du passé est désormais d’une facilité déconcertante. Il me fallait compter sur les rediffusions de la télévision publique pour suivre The Prisoner quand j’étais gamin. Les ados des années ought ont YouTube et iTunes. Les petits fainéants.

Mais surtout, ce n’est pas seulement aux ados qu’est destinée la campagne « Get That Look », mais aussi à leurs parents, qui, après tout, financent leur garde-robe. Ce qui me fit réaliser que beaucoup de ceux avec qui je suis allé au lycée ou en high school ont désormais des enfants de treize ans. Ouch. Je me fais vieux. Notre statut de DINKs nous fait parfois oublier que là où nous claquons des sous en restos et vacances, d’autres couples investissent dans de nouveaux cartables et épargnent pour envoyer leurs gamins à l’université.

Le directeur de marketing de JC Penney, confirme ma triste constatation dans le communiqué de presse daté du 7 juillet : « L’incorporation du thème de Breakfast Club dans notre campagne « Back to School » nous permet de donner une incarnation à nos marques lifestyle qui résonne à la fois avec les adolescents mais aussi avec leurs parents. Vu la proximité inédite entre parents et teens de nos jours, nous reconnaissons l’importance de livrer une campagne de marketing qui soit pertinente pour les adolescents actuels, mais qui reste accessible à leur mère » (traduction par ma pomme).

Les teenagers américains sont donc de nos jours plus proches de leurs parents que ceux des générations précédentes ? Vraiment ? Si c’est le cas, The Breakfast Club, qui célèbre l’individualisme au-delà des cliques d’un groupe de rebelles incompris par papa et maman, perd de son intemporalité. Ou alors, cela veut-il dire que la génération des ados des années 80, celle que le proviseur du film voit comme des petits punks arrogants, a fait de meilleurs parents que les leurs ? Finalement, les films de John Hughes ont peut-être eu un impact plus important encore qu’il n’y paraît.

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