Un Rayon qui gagne à être connu

Rayon
Idéal pour la raclette et moins de 5 dollars US. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Il y a trois semaines, Le Piou m’appelle. « Demain soir, c’est raclette chez Ocatarinabellachixchix. Ouais, on a décidé de finir le weekend de Thanksgiving bien léger, quoi. Apporte un vin de Savoie ou un vin du Jura pour aller avec, un truc comme ça. »

Bon, manque de pot, c’est vendredi après-midi, et je suis à Ukiah, dans le comté de Mendocino, une petite ville sympa entourée de vignes et à la population hétéroclite, un mélange de hippies vieillissants et de libertariens armés jusqu’aux dents. Ukiah est une jolie localité où on trouve un broue-pub biologique, des boutiques de fringues branchouilles et un monastère bouddhiste, mais à qui il manque un caviste digne de ce nom malgré la présence alentours d’excellents domaines produisant des crus biologiques à des prix très raisonnables.

Et dans mon comté voisin de Lake, je sais déjà que le seul magasin de vins fins n’aura rien de tel en stock. Santa Rosa, où je pourrais trouver ce genre de vin, est à une heure de route. Ça fait loin. Je préviens donc Le Piou que ça va pas être facile. Il me charrie.

Comme prévu, après avoir exploré toutes les crémeries des deux comtés, je suis bredouille. Pas grave, le lendemain, j’apporte trois bouteilles qui devraient faire l’affaire : un riesling allemand, un pinot noir de Lake, et une curiosité que j’attendais de tester, un vin rouge de l’Okanagan Valley, côté Colombie-Britannique, réalisé à partir d’un cépage hybride franco-américain, le maréchal-foch, qui fut autrefois populaire en Franche-Comté. Le riesling est un succès, et le Canadien est surprenant mais agréable, sans pour autant casser la baraque, mais il marche bien avec la raclette et les délicieux restes de dinde que nos hôtes ont préparé. Le repas est une découverte culturelle pour ma douce, puisque si la fondue au fromage est populaire aux États-Unis, la raclette, bien de chez nous, reste une formule exotique de ce côté-ci de l’Atlantique. On n’aura pas le temps de déguster le pinot noir de Six Sigma, l’un des deux seuls vins de ce cépage produits dans le comté (les vignobles de pinot nécessitent un climat doux que seuls quelques endroits rendent possibles dans les environs, où dominent sauvignon et zinfandel). Ça sera pour la prochaine fois (je sais que Le Piou aime les bons pinots noirs).

Mais comme je n’aime pas être pris par défaut, la semaine dernière, je suis passé chez K&L pour prendre livraison de pinard, et j’ai en passant chopé deux bouteilles d’un vin de Savoie, mais aussi d’un vin de Blanc de Morgex au prix défiant toute concurrence — une excellente affaire à moins de 5 dollars.

Je m’explique. La vallée d’Aoste est une région autonome italienne du nord-ouest du pays bordant la France, en plein dans les Alpes, jouxtant le col du Petit-Saint-Bernard, où en 1940, les Français, pourtant déjà vaincus côté teuton, bottent le cul des troupes italiennes qui tentent vainement d’envahir le sud du pays. D’ailleurs, on y parle toujours français en plus de l’italien. Les gens du coin y sont des optimistes, puisqu’ils y font pousser des vignes à 1200 mètres d’altitude. Ils y produisent notamment un vin blanc très minéral aux accents d’agrumes à partir du prié blanc, un cépage apparemment pas frileux ni asthmatique, idéal lui aussi pour accompagner un poisson, un fromage ou une fondue. Le Rayon, produit par la coopérative des vignerons de la Cave du vin blanc de Morgex et de La Salle, est l’exemple principal de ce type de vin.

Pourquoi en faire un fromage ? Simplement parce que cette bouteille est une superbe affaire. K&L a obtenu ce pinard à un prix défiant toute concurrence parce la cave qui en est à l’origine ferme malheureusement ses portes. Il y a des régions viticoles européennes qui restent peu ou pas explorées par les Américains car mal connues — le Portugal, la Galicie, l’ensemble des Balkans, la Suisse, la Sicile, Cahors — et ces micro-régions que sont le Jura ou la Savoie en font partie. Le coup de cœur d’un acheteur du marchand de vin n’a vraisemblablement pas pu être transformé. Tant mieux pour nous et nos raclettes.

Icewine
Le vin de glace à la mode canadienne. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Une autre affaire à faire : si vous aimez les vins de glace, le Canadien (décidément) Jackson-Triggs produit un délicieux icewine à partir du cépage vidal dans la pénisule du Niagara. Jackson-Triggs est sans doute le domaine viniviticole le plus connu du Canada. Sa production est très respectable, et son vin de glace est réputé. Ce n’est pas une imitation artificielle des eisweis allemands, comme en font de nombreux producteurs qui vendent sous le label icewine des vins produits à partir de grappes mises au congélateur après vendanges. Non, il s’agit bien d’un vin réalisé à partir de raisin ayant gelé sur la vigne, et récolté souvent au milieu de la nuit. Le prix habituel pour la bouteille de 187 ml est au moins 20 dollars, mais la quart-bouteille Proprietor’s Reserve du millésime 2007 est vendue seulement 12,99 dollars chez Marina Foods à Cupertino, encore moins cher qu’à Costco, qui la vend 15,49 $. (MAJ : je viens de voir que Gary Vaynerchuck a goûté ce même vin dans l’épisode de Wine Library TV de ce jour, lui accordant un score de 89.)

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