La fève du dimanche soir

Nous étions samedi à San Francisco (puisque nous vivons au vert, la ville est souvent notre destination de fin de semaine), et l’un de mes objectifs était l’acquisition d’une galette des rois. L’année dernière, j’avais fait l’impasse. Celles d’avant, j’avais pris livraison à la Palo Alto Baking Company.

Comme nous étions donc samedi dans le Polk Gulch, nous avons donc poussé jusqu’au pied de Russian Hill (le côté respectable), et tenté notre chance à La Boulange, qui il y a six mois a déménagé vers la porte à côté, où se trouvait auparavant Le Petit Robert (les deux Français de Bay Bread ont définitivement laissé tomber la restauration, ce qui en ces temps difficiles semble prudent).

Pour ceux qui n’y ont pas mis les pieds depuis plus de six mois, La Boulange de Polk Street n’est donc plus cet hybride sympathique boulangerie française/café français, mais ressemble désormais davantage à une coffee shop américaine traditionnelle, hauts plafonds en sus. Les mêmes produits sont cependant proposés, des mini-croissants (1,25 $) aux cafés au lait et autres boissons chaudes servies dans des grands bols.

Et, l’ange Gabriel et le petit Jésus soient loués, des galettes des rois. Elles font environ 12 pouces de diamètre (soit 30 centimètres) et coûtent 24 dollars pièce. J’en commande donc une à l’une des vendeuses, qui inclut un sac en papier contenant les couronnes traditionnelles. Nous en profitons pour prendre un petit café (et un cannelé, l’un de mes nombreux péchés mignons), et ma douce amie inspecte le sac en papier, et en sort une petite figurine. C’est un Gaulois de plastique, musclé et torse nu, une tenue qui ma foi ne détonnerait pas l’été sur les marches d’une maison victorienne du Castro.

Bah oui. La fève est livrée séparément. Je demande à l’une des vendeuses si c’est donc à moi d’insérer la fève dans la galette, ou si cette figurine s’est aventurée par erreur dans mon sac. Elle n’est pas sûre. Elle monte l’escalier pour demander à son patron, et deux minutes plus tard, elle revient pour me confirmer que oui, c’est à moins d’insérer la fève dans la galette. Liability issue?, je demande. Yes, me confirme-t-elle.

Ah, les cons. La culture litigieuse de ces blaireaux d’Américains forçait déjà le boulanger de Palo Alto à insérer un avertissement sur la boîte de sa galette. Mais celui de La Boulange ne veut prendre aucun risque. Un morfale pourrait gober la fève et s’étouffer avec. Un avocat ambitieux aurait alors tôt fait de servir du papier bleu au boulanger de la part de la famille de la victime à peine embaumée.

Alors hier soir, avant de servir la galette à nos hôtes (pour la plupart desquels il s’agissait d’une première culturelle), j’ai dû planquer le mini-Gaulois dans l’une des huit parts moi-même. Et j’ai prévenu mes invités qu’il pourrait y avoir un petit quelque chose dans leur part de gâteau. Pas fou : ils étaient tous, à une exception près, avocats de profession.

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