La guerre froide réchauffée

V
Des reptiles très séduisants.
Photo : ABC/David Gray. Tous droits réservés.

Dans la brillante re-création de Battlestar Galactica, les scénaristes et producteurs avaient gommé les images trop faciles. Le nouveau BSG avait gardé les robots clinquants, mais les cylons principaux étaient humanoïdes, plus humains même que nous (et coûtaient moins cher à filmer). Dans le nouveau V, qui débute mardi 3 novembre sur ABC, les Visiteurs n’ont plus ces ridicules uniformes rouges à épaulettes évoquant à la fois les Nazis et les Soviets. Ils semblent avoir accès à une garde-robe illimitée dessinée par Versace et Ralph Lauren. Ils s’expriment en plusieurs langues mais sans accent métallique, avec des phrases polies faites pour être reproduites entre guillemets par les médias. Le charisme semble être leur arme principale.

Un autre titre des années Reagan cristallisant la peur du bloc communiste, cette fois-ci sans s’embarrasser de métaphores, vient d’être remis au goût du jour dans les rues de Detroit : Red Dawn (L’Aube rouge).

Ah, les Wolverines. Un groupe de lycéens alaskains bottant le cul des troupes soviétiques et cubaines en organisant la résistance à l’envahisseur. Nul doute que ce film de 1984 a une place de choix dans le foyer Palin. Son réalisateur, le très patriotique et conservateur John Milius, inspira aux frères Coen le personnage de Walter Sobchak dans The Big Lebowski, incarné par le grand John Goodman.

Red Dawn est devenu l’un de ces films des années 80 qui brille involontairement par ses clichés, son invraisemblance et son message simpliste, en faisant un divertissement qu’on peut désormais regarder au second degré, s’amusant au passage de la coupe de cheveux d’un Patrick Swayze ou d’un Charlie Sheen encore boutonneux.

Les vidéos amateurs du tournage et les quelques informations qui ont filtré pour l’instant de la production montrent que les re-créateurs du film ont évidemment remis le scénario à jour. Les envahisseurs ne sont plus les Soviets, mais les Chinois, sans doute cherchant ainsi à prendre les rennes d’un pays dont ils contrôlent déjà la dette, mais qui ont cependant évidemment le soutien logistique des Russes.

Aube rouge
L’Armée rouge est là pour nous aider.
Photo : kmaz. Tous droits réservés.

Certes, la version 2009 de V semble être largement plus intelligente et subtile que l’original, encore que sa diffusion sur ABC risque de compromettre la complexité de l’intrigue — les dirigeants du network n’ont pas envie de perdre leur audience avec des personnages trop torturés ou des allusions historiques trop érudites. Le remake de Red Dawn semble ne pas s’embarrasser de second degré, et être avant tout un film d’action — le réalisateur, dont c’est la première mise en scène, a jusqu’ici fait carrière comme cascadeur. Les éléments graphiques de propagande qui ont filtré du tournage semblent cela dit plutôt créatifs, mais cela ne garantit rien quant à la qualité du film.

Il est facile de voir dans ces deux ré-imaginations (pour reprendre le vocabulaire d’Hollywood) comment elles vont entretenir une certaine mais très réelle peur par une certaine droite de la direction prise par le gouvernement Obama. Les Visiteurs veulent nous apporter la santé universelle. Ils fascinent les médias, qu’ils savent manipuler à souhait. Ils représentent une certaine élite qui affirme détenir la solution à nos problèmes contemporains. Les parallèles entre leur perception du nouveau président par la droite ketchup et la menace représentée par les mannequins extra-terrestres ou les militaires sino-russes vont être exploités immédiatement par Rush Limbaugh, Glenn Beck, Sean Hannity et le reste des propagandistes de la droite conservatrice. Je prends les paris.

Là où les choses commencent à prendre un tour plein d’ironie, c’est lorsqu’on examine l’origine du remake de V. Warner Bros. TV, qui avait produit la série originale ainsi que la mini-série et le téléfilm qui suivirent, voulait depuis un moment mettre la franchise à jour. Ils choisirent Scott Peters, qui créa notamment The 4400, une mini-série au succès mitigé, mais qui inspira néanmoins notamment Heroes. Peters commença à travailler sur le nouveau V en 2008, et parla alors d’une intrigue développée autour des conséquences dangereuses que peut avoir « la confiance aveugle d’un peuple dans ses dirigeants ». Plusieurs épisodes du BSG firent d’ailleurs des références à peine masquées à Abhu Graib, l’utilisation de la torture, l’encouragement du terrorisme à travers une répression brutale, et la discrimination ethnique. Ron Moore et David Eick furent cependant suffisamment intelligents pour mêler ces allusions à d’autres référençant différents conflits historiques, évitant là le piège simpliste dans lequel tomba le V des années 80, qui exploitait les craintes de la guerre froide en y surimposant un peu de Troisième Reich.

Si la mise à jour de V arrive à parler à la fois à ceux qui y verront une métaphore des abus de l’axe Bush-Cheney et à la droite populiste qui voit dans Obama le spectre du socialisme, il y aura clairement de quoi alimenter les conversations de couloirs de bureau.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>