Le Livre de Jobs

iPad
Idéal pour parcourir le Web dans les toilettes.
Photo : Apple.

L’iPad existe, Steve Jobs l’a dit. Et personnellement, je n’ai pas été déçu. Je ne vais pas faire semblant d’être modeste : toutes mes prévisions ont été réalisées. iPhone OS (optimisé bien sûr) et donc gestion des applications iPhone/iPod touch, Wi-Fi (le 3G est facultatif, avec un plan illimité pour $29.99 par mois via AT&T sans contrat, ce qui suggère une compatibilité future avec d’autres opérateurs — la gestion GSM à l’étranger est prévue pour juin), Safari, fonctionnalités avancées d’album photo, gestion optimisée des PDF, entrée et sortie audio, une section livres sur l’iTunes Store, et une version optimisée d’iWork. Il semblait logique également que la compatibilité Bluetooth permette la possibilité d’ajouter un clavier externe. Le prix semble également raisonnable, et il aurait été fou de proposer l’appareil à 999 dollars US comme le suggéraient certains. Apple veut faire un carton, par un appareil de luxe.

Pour la fonctionnalité e-reader, pas de grosse surprise non plus. Et on peut enterrer le Kindle — apprêtez-vous à en voir quelques dizaines débarquer sur eBay d’ici les mois qui viennent. Le format adopté par Apple permet une portabilité à partir d’autres plate-formes existantes, et l’iTunes Store a déjà des millions de fidèles. Malgré l’existence d’une application Kindle pour l’iPhone OS (qui devrait donc permettre le téléchargement et la lecture de titres Kindle sur l’iPad), c’est un coup dur pour Amazon, qui avec son lecteur électronique avait fait beaucoup de bruit. Certes, le Kindle reste moins cher. Mais le marchand va avoir du mal à affronter à la fois l’iPad et les produits concurrents qui sont en train de débarquer.

Je n’ai jamais cru à une caméra intégrée, principalement parce qu’il s’agit d’une fonctionnalité gourmande en énergie et encore timidement intégrée dans l’iPhone 3Gs, et que j’en vois peu d’applications hormis l’utilisation avec iChat A/V. Mais comme l’a précisé Jonathan Ive, l’iPad n’est pas là pour remplacer votre PC ou votre Mac. C’est un appareil complémentaire, permettant une interaction plus organique.

Grosse surprise en revanche sur le processeur, un A4 1 Ghz maison (nul doute le résultat de l’acquisition de PA Semiconductor). Un pas supplémentaire de la part de Cupertino vers l’indépendance au niveau du matériel.

La démonstration de la suite iWork d’Apple par Phil Schiller et celle du logiciel de création graphique Brushes par Steve Sprang n’étaient pas les moments les plus spectaculaires de la présentation. Mais leurs prestations ont révélé la véritable révolution que représente l’iPad en matière d »interface homme-machine. L’appareil exploite le multitouch de façon instinctive, changeant complètement notre relation avec le contenu numérique.

Les sceptiques vont continuer à railler l’appareil pendant des semaines, jusqu’à sa sortie, avançant que l’iPad ne fait rien que leur ordinateur portable ou leur iPhone ne fait pas déjà.

Comparer les fonctionnalités est une erreur. Il ne s’agit pas de savoir ce que peut faire l’iPad. Il s’agit de comprendre ce qu’un utilisateur peut faire avec.

Amazon et les fabricants des autres e-readers l’avaient compris : on peut lire un ebook sur un ordinateur, mais personne ne le fait. Pour lire un livre ou un manuel, il est préférable de le faire dans une position différente, et de pouvoir le feuilleter facilement. Le tri des photos est un autre exemple. iPhoto est un excellent logiciel, mais l’organisation des clichés reste laborieuse. Pouvoir organiser des tas de photos de façon tactile change complètement la donne. Pareil pour la création graphique, par exemple. Depuis des années, les graphistes et artistes utilisent des tablettes et stylos périphériques, reproduisant leurs mouvements à l’écran. L’iPad représente le dernier aboutissement d’une interface qui existe depuis longtemps, mais désormais entièrement intégrée et plus instinctive. Évidemment, Brushes n’est jamais qu’une version améliorée de MS Paint en multitouch. On ne va sûrement pas voir de chef-d’œuvre peint avec l’application dans un futur proche, mais l’appareil va changer de façon concrète la création numérique. Il ne va pas falloir attendre longtemps pour voir des applications dédiées qui vont exploiter les capacités de l’iPad de façon spectaculaire.

La suite iWork illustre également cette nouvelle approche, cette fois-ci pour la productivité. Apple a pris sont temps pour introduire le couper-coller et le copier-coller dans l’iPhone OS, mais c’est désormais un acquis. L’air de rien, se débarrasser du réflexe Cmd-X/Cmd-V au profit de quelques glissements de doigts semble logique. Nous sommes en 2010, et il n’y a pas de raison pour que John King soit le seul à bénéficier de ce genre d’interface.

J’arrête là ce billet, car je suis en train de virer en fanboy. Mais je suis prêt à parier que l’iPad va engendrer une évolution du même ordre que l’iPod. À partir de la fin mars, il va être désormais beaucoup plus pratique de lire la version Web du New York Times depuis les toilettes.

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