Recensement 2010

Recensement
Le recensement 2010 est arrivé. Photo : Arnaud H.

Comme prévu, le formulaire du Census fédéral 2010 est arrivé dans le courrier aujourd’hui. 10 questions — bien plus court que les précédents : nombre de personnes vivant dans le foyer, type de résidence (propriété ou location), nom, âge et date de naissance, ethnicité et race. C’est tout.

La question sur la race a été légèrement modifiée par rapport au dernier census : en plus de la désignation « Black » et « African American », la mention « Negro » a été rajoutée. L’annonce de cette modification avait soulevé une légère polémique il y a quelques mois, scandalisant certains qui l’avaient qualifiée de raciste. L’administration avait répondu que la raison derrière cette inclusion est le fait que lors du dernier census, plusieurs dizaines de milliers de sondés avaient eux-mêmes inscrits « Negro ». Le terme, désormais souvent connoté, reste en effet acceptable chez certains anciens, mais curieusement, 45% de ceux qui l’avaient inscrits avaient mois de 45 ans. Il existe il est vrai un mouvement visant à revendiquer le terme afin de le détourner de sa connotation négative.

Comme dans le Census 2000, ethnicité et race sont deux questions différentes : le paragraphe 8 pose la question « La personne X est-elle hispanique, latino ou d’origine espagnole ? » (Si oui, le sondé peut choisir entre « Mexicain, Mexicain-américain, Chicano », « Porto-ricain », « Cubain », ou inscrire une autre désignation), et la question 9 porte sur la race au sens typiquement américain, permettant de cocher une ou plusieurs cases parmi « White », « Black, African Am., or Negro », « American Indian or Alaska Native » (auquel cas le nom de la tribu principale doit être inscrit), « Asian Indian », « Japanese », « Native Hawaiian », et 7 autres désignations. Le sondé peut même inscrire une autre définition s’il juge que sa « race » n’est pas représentée.

L’administration américaine du Census a même indiqué l’année dernière que les couples de même sexe seraient recensés, une nouveauté puisque le mariage homosexuel n’est pas reconnu au niveau fédéral (un léger casse-tête pour la déclaration des impôts). Les couples peuvent donc cocher « Husband or wife » (puisqu’après tout, le mariage gay est reconnu dans cinq états, le District de Columbia, et plusieurs milliers de couples californiens sont toujours légalement mariés aux yeux de leur état) ou « Unmarried partner ».

Le but du recensement fédéral est de faire un compte de la population vivant sur le sol américain, d’en dresser un profil général, et de calculer en fonction des résultats la représentation de chaque état dans la Chambre des représentants.

Mais les paranoïaques sont légion. Et plus encore qu’aux décennies précédentes, ils sont nombreux cette année à déclarer qu’ils ne répondront pas, ou seulement aux questions qu’ils jugent pertinentes. Les militants du Tea Party et autres wingnuts de l’extrême droite sont en effet convaincus qu’il s’agit là d’une tentative du gouvernement pour espionner la population américaine, un outil du socialiste Obama pour assurer son contrôle sur le peuple.

La désinformation est forte, et porte notamment sur l’existence d’un formulaire long. En plus du Census 2010, l’administration envoit également à 250 000 foyers l’American Community Survey, un formulaire beaucoup plus détaillé posant de nombreuses questions sur chaque personne (études, langue parlée, assurance santé, emploi, etc.) et le domicile (superficie, coût du loyer, type de chauffage, etc.). C’est celui-là qui en inquiète beaucoup.

Peu importe que leur banque ou leur compagnie de téléphone en sait certainement cent fois plus sur leur famille, leurs habitudes de consommation, leurs actifs, leurs dettes et leurs déplacements. Pour ceux-là, l’ennemi, c’est le gouvernement. Et Obama, c’est bien connu, conspire pour à terme leur confisquer leur pickup et leurs fusils.

L’enveloppe porte d’ailleurs la mention « Your response is required by law ». Peu importe que personne ne soit jamais allé en prison pour avoir ignoré les fonctionnaires du Recensement. Pour les paranoïaques de l’extrême droite populiste, leur geste leur fournit l’illusion de la rébellion sans trop prendre de risques.

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