I smell bacon

cochon

Les cochons étaient prévenus. Mais ils ont la mémoire courte. Il y a seulement un mois, à 10 heures et demie du soir, mon fermier de voisin Tad avait décoché un chargeur entier dans la direction du troupeau de cochons qui venait faire la teuf autour de sa maison (sans doute attirés par l’irrigation). Le bilan avait été conséquent : trois morts, et un blessé qui s’était sauvé en boitillant.

Les cochons sauvages sont une calamité. Il ne s’agit pas d’une espèce endémique de sangliers, mais de cochons retournés à l’état sauvage, et se reproduisant à une vitesse effrayante. N’ayant aucun prédateurs, ils peuvent faire de gros dégâts, retournant la terre à la recherche de glands, noix, patates ou autres racines. Certains les accusent aussi d’être à l’origine de contaminations bactériennes de certaines cultures.

Bref, les cochons sauvages n’ont pas beaucoup d’amis aux États-Unis. À tel point qu’en Californie, c’est le seul gros gibier pouvant être chassé toute l’année. Il vous suffit d’un permis de chasse et d’une pig tag — une vignette dédiée coûtant 20,52 dollars.

Évidemment, après, il faut les trouver. En Californie, plus de 95% des prises de cochons sauvages ont lieu sur terrains privés. Certains propriétaires organisent des chasses sur leurs terres, coûtant souvent pas moins de 500 dollars la journée. La chasse la nuit est interdite, sauf si les cochons sont en train de créer des dégâts. De nombreux chasseurs américains se passionnent pour la chasse au cochon, n’hésitant pas à faire des centaines de kilomètres pour trouver un endroit propice.

D’une certaine façon, j’ai de la chance. Les cochons aiment mon jardin. Il y a deux jours, alors que j’inspecte les ruches dont l’activité est en pleine explosion (printemps oblige), Tad descend de son tracteur pour venir taper la discute. Il m’informe qu’il a encore vu un cochon — un solitaire, celui-là — il y a deux nuits de ça. Décidément, les porcins ont la mémoire courte. Je l’informe que je vais faire mes rondes le soir, car je n’ai pas envie qu’ils viennent faire basculer mes ruches.

Hier soir, il est seulement dix heures moins le quart, mais je décide d’aller faire ma ronde. Je prends le MAS 36 qui est toujours debout contre l’armoire, devant la porte, au cas où. Il a été fabriqué dans les années 50, et a, qui sait, peut-être vu la guerre d’Indochine ou celle d’Algérie. Il a été remis en excellente condition par l’arsenal de Lille en 1976, puis importé par un distributeur américain. Le MAS 36 fut populaire dans les années 80 et 90 aux États-Unis : il était très bon marché, et chambré dans un calibre idéal pour le gros gibier. Certains armuriers en convertirent même en .308 (7,62 × 51 mm OTAN), l’un des calibres les plus populaires parmi les chasseurs du pays. C’est un fusil court, simple, et parfait pour la chasse au cochon ou au sanglier. J’ai acheté le mien à un type qui ne l’avait même jamais sorti de son emballage, le fusil toujours enduit de sa cire anti-rouille made in France.

carcasse

Mon MAS a toujours un chargeur plein, mais il n’y a pas de cartouche dans la chambre, d’autant qu’il ne possède pas de sûreté. Les munitions sont à balle à tête molle, chargée de 150 grains. Elles ne sont pas faciles à trouver, et il s’agit d’ailleurs de cartouches rechargées, les étuis portant un marquage syrien.

Je suis à peine sorti du carport que j’entends le bruit bien caractéristique des gros mammifères labourant la terre. Ces cons sont autour de mes ruches, et deux d’entre eux sont en train de labourer un carré dans un enclos où je viens de planter des patates. Les salauds.

J’attrape le fusil qui était à mon épaule, et j’engage la culasse pour charger une cartouche. Ils ne m’ont même pas remarqué. Je mets l’un des deux cons dans le potager en joue, tout en éclairant avec la Maglite, que je tiens le long de la garde avant. Pan. Pan. Pan. Deux cochons viennent de mordre la poussière, achevés par l’ancêtre du FAMAS.

Je passe ensuite une bonne partie de la nuit à vider et dépecer les bêtes, dont la plus grosse fait presque 100 livres. Le soir, un copain boucher vient m’aider à finir le boulot, et découpe les bestiaux selon les règles de l’art. Je passe ensuite quelques heures à nettoyer et mettre sous vide la viande.

Au total, 73,5 livres de bidoche, soit un peu plus de 33 kilos. Vu que le porc élevé de façon biologique est vendu 7 dollars la livre, c’est une bonne opération…

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