Le Tea Party de gauche

Quelques semaines à peine après l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche, le mouvement du Tea Party prenait une ampleur nationale. De là, les manifestations se multiplièrent à travers le pays. Une certaine Amérique moyenne, votant principalement à droite (mais aussi rejointe peu à peu par de nombreux déçus de Barack), y vit l’incarnation de leur mécontentement. Les slogans étaient clairement anti-immigration, anti-socialistes, anti-mondialistes, anti-gouvernement, parfois racistes, souvent simplistes, teintés de christianisme évangéliste, et étalant souvent des credos anti-avortement ou anti-musulmans, et mettant en question la citoyenneté ou la religion du nouveau président. C’était plein de rouge, blanc et bleu, de drapeaux Gadsden et de pancartes exprimant un patriotisme simplet.

Le mouvement, qui en France évoque l’idéologie puante des poujado-lepénistes, fut rapidement récupéré par différentes organisations et candidats potentiels à la présidence. Michele Bachmann, qui représente le sixième district du Minnesota à Washington, fut sans doute celle qui fut la plus habile à capitaliser sur le Tea Party. Après avoir fait la une des magazines et considérée comme l’un des favoris du GOP il y a encore quelques mois, elle patine désormais dans les sondages, larguée loin derrière le tandem Romney-Cain, qui semble désormais être le ticket républicain logique pour affronter Obama en novembre 2012 — même si beaucoup de choses peuvent se produire d’ici là.

Et voici maintenant un autre mouvement — Occupy Wall Street, désormais se déclinant au niveau national, avec des mini-manifestations à travers le pays, y compris devant les agences Chase ou Bank of America de patelins minuscules.

Le parallèle est évident, mais au Tea Party comme chez les militants OWS, on se refuse à l’accepter. La droite McDonald’s des tea partiers voit les agitateurs de Occupy Wall Street comme une bande de marxistes cherchant à redistribuer les richesses façon Castro, des hippies glandeurs voulant toucher un chèque du gouvernement sans rien foutre. De leur côté, les militants d’Occupy ne se voient quasiment rien en commun avec les teabaggers, qui représentent une Amérique étroite d’esprit, ignorante et pleine de haine.

En réalité, il y a plus d’un point commun entre les deux mouvements. Il existe même certains groupes qui sympathisent avec les deux mouvements, comme certains truthers, persuadés que le gouvernement (et/ou le Mossad, la CIA, Halliburton et l’OPEP) ont orchestré le 11 Septembre, ou les supporters de Ron Paul, qui partagent avec les deux mouvements une haine instinctive des manipulateurs à la tête de la Fed, et un rejet radical des interventions militaires expansionnistes.

Idéologiquement, les différences sont frappantes. Le Tea Party attire majoritairement des électeurs de droite, et Occupy Wall Street des sympathisants plutôt à gauche. Le Tea Party est anti-gouvernement et nationaliste, tandis qu’Occupy lamente le manque de régulation dans le secteur financier, le manque de justice sociale, et a de fortes couleurs mondialistes — on y trouve de nombreux militants qui se sont illustrés dans les manifestations anti-G20 de Seattle, par exemple. Les Tea Partiers sont souvent des familles d’origine modeste, sans éducation supérieure, vivant dans des milieux ruraux ou banlieusards, et particulièrement présents dans les états du Sud ou du Midwest. Occupy Wall Street attire une population jeune, cultivée et diplômée, vivant principalement dans les grandes villes côtières, souvent sous-employée, parfois tragiquement. Les militants du Tea Party appartiennent à une classe moyenne qui se porte souvent mieux qu’elle ne veut bien l’avouer, et les jeunes chômeurs parmi les activistes de Wall Street sont souvent issus de classes privilégiées, mais surendettés après leurs études et n’arrivant pas à trouver un boulot autre qu’un poste de barista à mi-temps.

Mais le message reste flou des deux côtés. Le Tea Party des débuts était très anti-corporatiste, déplorant le sauvetage des banques alors que le citoyen lambda se retrouvait à payer la facture. Ce point particulier existe toujours à droite, mais le blâme est désormais attribué au gouvernement, notamment celui d’Obama (même si TARP a été initié par Bush Jr.). OWS dénonce principalement les banques, qui sont généralement les institutions visées par leurs manifestations. Mais il est évident qu’une bonne partie de ses militants sont déçus par le gouvernement Obama. Le président, qui symbolisait espoir et changement, est après tout celui qui a introduit le loup dans la bergerie, nommant aux postes clés de la direction économique du pays les mêmes individus qui ont précipité, voire créé la crise financière.

Le Tea Party a réussi à transformer un mouvement grassroots en une force politique que tous les candidats républicains doivent désormais courtiser. Herman Cain est actuellement en tête des sondages, devant Mitt Romney, grâce à un message populiste et un plan fiscal simpliste qui plaît à cet électorat qui se méfie de ce riche Mormon de la Nouvelle-Angleterre (peu importe que Cain soit lui-même un multi-millionnaire).

Occupy Wall Street a désormais le défi de transformer le mécontentement et l’énergie de sa base en une force de changement politique. La balle est à gauche, et Obama a le choix entre deux stratégie pour récupérer ces électeurs potentiels — qui pourraient sinon décider de ne pas voter du tout en 2012 : rompre avec les architectes de son plan économique (après tout, il n’est guère aimé sur Wall Street, donc tant qu’à faire, autant la jouer populiste et virer les banquiers), ou compter sur le facteur épouvantail de Romney, Cain et/ou les autres candidats républicain qu’il aura à affronter pour être réélu. Le populisme domina la campagne électorale de 2008. La démagogie risque de bien se porter en 2012.

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