Deux miels

honeys

J’ai depuis ce printemps deux rucheraies. Deux ruches dans la région des Red Hills, et trois à la maison. Avant-hier, j’ai pour la première fois récolté le miel d’une de ces dernières. Grosse surprise.

Le miel des Mayacamas où j’ai mes ruches depuis trois ans est épais et ambré. Son goût riche rappelle celui des raisins à côté desquelles les ruches sont établies, même celui récolté il y a seulement deux mois, alors mêmes que les vignes étaient à peine en fleur. Les abeilles là-bas butinent la manzanita, les chardons et les fleurs de pins de cette région montagneuse au sol volcanique. Mais le miel des deux cadres que j’ai extrait avant-hier de la ruche numéro 6 située à côté de la maison est très différent.

D’abord, il est beaucoup plus clair, et plus liquide. Mais surtout, son arôme est radicalement différent. « Il a un goût de poire », me dit ma douce, après avoir caressé son doigt sur le cadre dégoulinant de miel que je viens de voler à la ruche mauve. Elle a raison. Je m’attendais à des saveurs différentes, puisque j’ai installé les trois essaims juste en face de plants de lavande. Il y a certes également une demi-douzaine de pieds de vigne, sans parler de la sauge, du romarin, des mûres, du génévrier et de nombreuses autres fleurs semi-sauvages.

ruche verte

Mais elle a raison : ce miel clair a des saveurs de poire, et semble un rien moins sucré que celui des Red Hills. En contrebas, dans la vallée, il y a une poiraie de plusieurs hectares, exploitée par notre voisin Tad, qui prend aussi gentiment soin de tondre notre modeste noyeraie en même temps qu’il entretient la sienne. Apparemment, les abeilles se sont fait une joie au printemps de butiner les poiriers en fleurs, et leur miel reflète leurs efforts. Ma douce adore le nouveau miel, qu’elle semble même préférer à celui l’autre, qui se vend cependant comme des petits pains parmi nos connaissances (je récolte désormais suffisamment pour pouvoir le vendre, mais pas encore assez pour démarcher les commerces du coin).

La différence est fascinante. Nous échangeons un pot de miel chaque saison avec des connaissances de Berkeley qui ont une ruche dans la ville. Leur miel est également très différent. Très crémeux à l’automne (comme l’est souvent le miel de cette saison), presque blanc, et très clair et liquide dans le dernier pot qu’ils nous ont donné.

Ce qui est clair, c’est que je récolte un miel excellent des deux endroits où j’ai des ruches. Pourvu que ça dure. Rien de tel qu’une cuillère de miel maison dans un thé à la camomille avant d’aller se coucher.

Maudit piaf

Outre mon boulot vinicole à temps partiel, je bosse en ce moment sur un gros projet de localisation. La localisation (l10n pour les intimes), c’est un truc que je connais bien. Presque tous les boulots que j’ai eus dans le domaine du high tech au cours des quinze dernières années nécessitaient des compétences à ce niveau. Il s’agit, grosso modo, de l’art d’adapter des documents, logiciels, sites Web ou autres médias à une langue et/ou une culture différente. Ça peut être un manuel d’équipement de chirurgie à traduire en douze langues (j’ai fait ça), ou lancer un site de jeux en ligne dans une douzaine de pays (ça aussi, j’ai fait).

Ça n’est évidemment pas juste de la traduction. Il faut s’adapter à la culture qu’on cible. Changer les unités de mesure, le format des dates, les devises et numéros de téléphone, adapter la ponctuation, trouver de nouveaux exemples et respecter les coutumes locales. On n’emploie pas la couleur verte à la légère dans les pays musulmans. On choisit prudemment les photos illustrant un site Web. Il faut être conscient des lois de chaque pays. J’en passe. C’est tout un boulot, dans lequel bossent des milliers de professionnels au parcours souvent varié.

Les professionnels de la localisation ont tous le même grief vis-à-vis de leur employeur ou de leur client : l’utilisation de l’anglais comme étalon de facto. La plupart des logiciels ou sites Web sont désormais d’abord conçus en anglais, même lorsque la moitié des ingénieurs et des designers qui l’ont pondu sont originaires de Chine, de Russie ou d’Israël. Le problème, c’est que l’anglais est une langue remarquablement elliptique. Beaucoup de verbes d’actions, des contractions de conjugaisons, un usage parcimonieux d’articles, etc.

birdshot

Combien de fois ai-je entendu un ingénieur ou designer me demander un truc du genre : « Tu peux nous trouver une traduction pour Redeem en français ? Mais ça ne doit pas faire plus de six caractères ».

La dernière calamité qui vient de frapper les pros de la localisation, c’est Twitter. Ces salauds de SoMa ont entériné les limites pathétiques d’une technologie vieille d’un quart de siècle, et qui limite à 140 caractères la communication d’un message textuel (160 si vous jouez encore avec du 7 bits, ce qui suffisait pour les Américains qui ignorent les accents, et qui encore une fois ont le don de pondre des technologies ethnocentriques que le reste du monde se doit ensuite d’adapter à leurs besoins).

Me voilà donc à localiser de l’anglais vers le français une longue série de messages qui doivent tous faire 140 caractères maximum. Mois que ça, d’ailleurs, puisque 23 à 25 caractères sont déjà monopolisés par un URL. Il s’agit de messages relativement promotionnels. Ils ne peuvent donc pas utiliser d’abréviations obscures. Ça doit être clair et, évidemment, concis. En 140 caractères maximum. Argh. Ça pourrait être pire : au moins, je n’ai pas à localiser vers l’allemand.

Bastille Day

Saucisses
Merguez et chipolatas made in California.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Chaud. Mais la petite brise de l’après-midi rafraichit le jardin. Hier, après une journée de travail, ma douce et ma pomme ont célébré le Quatorze Juillet. Sur le Weber, Jeff a grillé un morceau de bœuf (du comté) et un autre de porc (du comté d’à côté). On a enchaîné avec des merguez de Sonoma Sausage et les saucisses de Toulouse de Fatted Calf, la charcuterie de Napa. Les saucisses sont courtes et épaisses, comme les Américains les aiment, comme celles que les immigrés allemands ont apporté dans le Nouveau-Monde. Mais elles ont le goût de merguez et de chipos comme on les aime dans l’Hexagone. Nous les avons mangées en sandwich avec la demi-douzaine de baguettes cuites hier après-midi par l’enseigne de Napa de The Model Bakery. Le foie gras au torchon cuit par ma douce (importé de France par Fabrique Délices) et son pâté de saumon ont été un gros succès. Une petite bouteille de sauternes 2005 pour accompagner le tout. Dans la glacière, bières régionales (Lagunitas IPA et Great White de The Lost Coast) et rosés français achetés pour trois fois rien à The Wine House, à San Francisco, qui au printemps liquidait son millésime 2008. Pernod, Suze et bas-armagnac au bar. Plateau fromage obligatoire. Fraises au chocolat.

Dehors les hauts-parleurs ont arrosé le jardin avec ma playlist Bastille Day, qui compile du made in France de Gainsbourg à Phoenix. Les juristes, winemakers, mécanos et jardiniers présents se sont régalés. Mon drapeau bleu-blanc-rouge était suspendu dans le jardin. Pas de feu d’artifice. Tout était sur la table.

(Ce billet ne comporte aucune publicité. J’ai payé pour tout. Mais les échantillons de bouffe et de pinard sont toujours les bienvenus.)

Made in America

Le 4 Juillet approche. L’Amérique s’inquiète. Il y a la marée noire dans le Golfe du Mexique. Un taux de chômage historique. Wall Street vient de se prendre une claque. Les chèques d’indemnité chômage n’arrivent plus. Une insécurité croissante à la frontière mexicaine, où sévissent les cartels. Et un fabricant chinois a inondé les magasins discount de drapeaux américains décorés de soixante et une étoiles. La honte.

Alors l’Amérique se réconforte en se rappelant qu’elle continue à produire. Pas juste des start-ups sans revenus. Pas seulement des produits électroniques qui seront ensuite fabriqués en Chine. Pas que des instruments financiers douteux reposant sur des algorithmes fumeux et des investissements foireux.

Il y a encore quelques produits que les Américains continuent à produire. Évidemment, les pièces ou matières premières viennent parfois d’ailleurs. Mais si l’objet peut recevoir l’estampille Made in USA, c’est devenu à nouveau un gage de qualité.

Le fusil Henry est légendaire. Inventé au milieu du XIXe siècle, ce fusil chambré en .44 Magnum connu la Guerre de Sécession et s’imposa dans l’Ouest comme un compagnon idéal pour la chasse ou la défense. Henry Repeating Arms fut fondée il y a moins de deux décennies à Brooklyn, et est désormais basée à Bayonne, dans le New Jersey. Elle se spécialise dans la fabrication de répliques de fusils à mécanismes à levier, mais produit aussi notamment une version mise à jour de l’AR-7.

Chrysler est dans la mouise. Le fabricant automobile a changé de mains au cours des deux dernières décennies tellement de fois qu’on ne les compte plus. Le seul modèle qui fut un véritable succès au cours des dernières années fut la 300, une grosse sedan aux lignes viriles et à la calandre d’un autre âge. Avec le modèle 2011 de la Jeep Grand Cherokee, le fabricant espère bien regagner des parts de marché, et reconquérir les fans de la marque qu’il a perdu au cours de la dernière décennie au profit de Ford et des Japonais. L’allure générale reste celle d’une Jeep, mais les lignes ont clairement été influencée par celles des crossovers de la concurrence.

Là aussi, Chrysler joue sur la note patriotique, nostalgique et sans complexes : The things that make us Americans are the things we make. This has always been a nation of builders.

Conseil important

Tweeté par Mathieu Thouvenin, qui a seulement 26 ans a acquis une expérience impressionnante à San Francisco, et qui sévit désormais chez Seesmic, pas moins : ce témoignage d’un jeune Français qui est venu aux États-Unis réaliser son rêve de devenir pilote de ligne.

Mathieu et lui ont en commun la vision et le culot qui sont nécessaires pour l’aventure américaine. Ils ne se sont pas laissés décourager par les cyniques trop courants dans l’Hexagone, taxant de rêveurs ceux qui décident de prendre un gros risque. Même ma pomme est parfois coupable de tempérer les ardeurs des petits jeunes qui me demandent conseil, alors que je ne suis absolument pas qualifié dans ce domaine : je ne me considère pas vraiment comme un entrepreneur, j’ai été licencié deux fois depuis mon arrivée aux États-Unis, et mes rentrées financières ces temps-ci sont imprévisibles d’un mois à l’autre. Je peux tout juste donner une vision réaliste (parfois nécessaire pour expliquer l’aspect pratique de la vie quotidienne ici), à ne pas méprendre pour du pessimisme.

Si vous êtes un jeune Français voulant partir à l’aventure aux États-Unis, n’hésitez pas. Ça ne veut pas dire qu’il faut faire vos valises immédiatement et débarquer sans plan clair. Partez d’abord en reconnaissance — Phil Jeudy organise par exemple régulièrement des « geektrips », escortant des Français curieux de s’expatrier ou faire affaire en Californie. Il s’est bâti un carnet d’adresses remarquable pour fournir des pistes et des tuyaux à ceux qui veulent tenter l’aventure en Silicon Valley, et offre des services de conseil aux entreprises françaises voulant s’établir de ce côté du Pacifique.

Je vais donc citer ce jeune pilote : « Mon conseil le plus important, je dirais, c’est de ne pas suivre le conseil des autres ».

Sauf celui-là. Vous pouvez continuer à me contacter, et lorsque je ne saurai pas répondre à vos question, je continuerai à transmettre aux spécialistes franchouillards du coin comme Mathieu, Phil, et j’en passe.

Carte verte

Enfin. Le 12 juin, j’avais reçu un formulaire de l’USCIS me félicitant : j’étais désormais officiellement un résident permanent des États-Unis. Le document officiel arriverait sous trois semaines. Samedi, comme promis, la fameuse carte verte est arrivée. L’enveloppe inclut même un étui recommandé « pour protéger [la] nouvelle carte et empêcher les communications sans fil ». La pièce d’identité inclut en effet une puce RFID, qui peut être lue avec un lecteur dédié à plusieurs mètres. C’est l’une des fonctionnalités de la nouvelle carte verte, introduite le mois dernier, et dont je suis apparemment l’un des premiers bénéficiaires.

Depuis 1999, date de mon arrivée en tant que travailleur sous visa (j’avais passé un an sous visa J1 en 1987-1988 au Nouveau-Mexique), j’ai donc parcouru l’alphabet des visas : L1b, F1, H1b… Après une période de transition (pendant laquelle mon statut fut AOS, un statut qui signifie en fait une transition entre statuts), je suis donc enfin résident permanent.

J’ai désormais les même droits (et inconvénients) fiscaux que les citoyens américains. Je peux aussi arriver dans la même file que les Américains à mon arrivée sur le sol national, encore que j’avais acquis cet avantage lors de mon obtention du statut d’Alien on Parole. L’acquisition de biens immobiliers est un rien simplifiée, ainsi que celle d’armes à feu. Pour le reste, le changement est avant tout symbolique. J’avais déjà un permis de travail me permettant de travailler à mon compte ou pour n’importe quel employeur.

Cette carte verte est donc avant tout symbolique. Mais arrivée seulement huit jours avant ce 4 Juillet, c’est un symbole important. Il fait de moi pas juste un visiteur, mais un immigré. Une identité que je n’ai pas assumé dès mon arrivée en 1999. À l’époque, mon déménagement de la place Pigalle vers Silicon Valley relevait encore d’une aventure incertaine, liée à une bulle encore grandissante, un NASDAQ euphorique et l’insouciance de la vingtaine. Quelques années plus tard, cependant, il était clair que j’étais californiqué. La permanence de ma résidence est donc désormais officielle.

Bienvenue
La nouvelle carte verte dans son étui et le dépliant l’accompagnant.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Transition

Crimson Hill
Mon nouveau bureau.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Si vous avez un peu suivi mes aventures, je me suis fait virer fin septembre dernier de la vénérable firme high tech chez qui j’étais depuis un peu plus de cinq ans. Je travaillais de chez moi depuis deux ans, et la nouvelle boss n’aimait apparemment pas. Je fut donc lourdé par téléphone. Ce fut à la fois un choc et une bénédiction, car finalement, j’étais un peu coincé dans ce boulot, sans possibilité d’aller ailleurs car sans carte verte ni possibilité de transfert de visa.

Depuis, j’ai du coup pu faire quelques boulots de localisation et traduction ici et là, notamment pour des applications iPhone et Mac OS. C’est un truc pour lequel j’ai pas mal d’expérience, et je me débrouille plutôt bien. De quoi payer quelques factures. Et la lettre m’annonçant que je suis désormais un résident permanent des États-Unis est enfin arrivée (la carte verte devrait suivre d’ici quelques jours).

Mais bon, cela ne va pas mettre de beurre dans les épinards. Ça permet tout juste d’acheter le beurre.

Le défi, c’est ma situation géographique, à deux heures et quart de route de San Francisco (quand ça roule bien). Je ne veux pas demander à ma petite femme de mettre sa carrière en standby. Elle est procureure adjointe, et ça marche plutôt bien pour elle. Pas très bien payée (la faute au déficit vertigineux du budget californien), mais elle se construit lentement mais sûrement une carrière solide dans le droit pénal, côté ministère public. Même pour un avocat talentueux, les boulots sont rares ces temps-ci.

Il y a deux ans, je m’étais dit qu’il faudrait parer à l’éventualité de me retrouver sans boulot. Après tout, j’avais déjà subi plusieurs licenciements, et la paranoïa n’a jamais tué personne à petites doses. Comme le secteur dominant du coin est la viticulture, mes options étaient limitées, sauf à faire pousser ma marie-jeanne ou à devenir producteur de méthamphétamines, ce qui comporte des risques.

Par intérêt personnel et donc aussi pour contribuer à mon plan B, j’ai donc commencé à prendre des cours de viticulture et d’œnologie à Napa Valley College. Moins prestigieuse que UC Davis, ce community college a cependant gagné le respect de la profession vitivinicole californienne au cours des dix dernières années. Je viens de boucler mon cours de marketing vinicole. Je viens de reprendre les cours (toujours en viticulture et opérations vinicoles) pour la session estivale, puis sans doute enchaîner d’autres cours à l’automne, une période très active dans ce domaine.

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Premier essaim

Installation
J’installe un essaim acheté début avril à l’intérieur d’une ruche.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Quand une colonie d’abeilles devient trop importante, ou lorsque la reine décide, pour une raison plus ou moins mystérieuse, qu’il est temps d’émigrer, un essaim se forme. La colonie se divise, et les abeilles restantes élèveront — en principe — une jeune reine, tandis que celle qui détient actuellement le titre s’envole avec un essaim en escorte.

Il y a trois semaines, j’avais raté un essaim qui s’était fait la malle de l’une de mes ruches installées chez Moore Family Winery, dans les Red Hills. Beau m’avait appelé pour me prévenir. Manque de pot, le temps que j’arrive, une heure et demie plus tard (j’étais à Hopland, dans le comté de Mendocino voisin, faisant la tournée des domaines avec des amis), l’essaim avait disparu. Parfois, ils se déplacent rapidement, d’un arbre à un poteau téléphonique, d’un banc à une voiture. D’autres fois, ils restent au même endroit pendant plusieurs jours.

La ruche n°4 d’où l’essaim s’était barré restait cependant incroyablement active. À tel point que j’y installai il y a deux semaines une hausse supplémentaire, la plupart des cadres de la hausse existante étant déjà presque remplis de miel et de nectar. J’espérais d’ailleurs en récolter quelques cadres pour en extraire encore un peu de miel.

Vendredi, il est un peu plus de 14 heures lorsque je me pointe au domaine. J’ai récupéré quelques bouteilles de vin chez Six Sigma Ranch, où j’ai donné à Christian un chèque pour le quart de bœuf élevé en pâturage que je lui ai commandé. À 6 dollars la livre, et vu que la bête pèse plus de 1200 livres au lieu des mille prévues, je fais une plutôt bonne affaire. Nous ne garderons pas les 100 et quelques livres pour nous tous seuls, et nous en revendrons sûrement à des amis.

Ensuite, j’ai obliqué vers les montagnes pour Boggs Mountain, qui près du sommet de l’une des montagnes a un champ de tir complètement informel et improvisé par les pompiers qui gèrent la forêt. Je préfère y aller en semaine — l’avantage du chômeur/indépendant — car j’y suis souvent seul.

Essaim
L’essaim sur une branche de manzanita.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Après une bonne heure de pan-pan, je redescends de la forêt et j’emprunte une autre petite route qui m’emmène vers le domaine de Moore. Je veux jeter un œil sur les deux ruches, notamment la violette, la numéro 4. Surprise à l’arrivée : elle semble relativement peu active. Je soulève le toit pour m’assurer qu’elle est toujours habitée : plusieurs abeilles sont bien là, dans la deuxième hausse, occupées. OK.

Je vais ensuite voir la boîte que j’ai laissée il y a trois semaines, lorsque je suis venu dans l’espoir de capturer l’essaim en question. La boîte, avec quelques cadres à l’intérieur, est restée sur place au cas où un autre essaim déciderait de sortir et de l’adopter. Mais que dalle : pas de locataires.

Je continue ma promenade en haut du vignoble, comme à chaque visite. Parfois je fais des rencontres intéressantes. L’automne dernier, un renard a trotté à seulement deux mètres de ma pomme alors que j’abreuvais une ruche de sirop de sucre pour les aider à passer l’hiver. Les chevreuils sont courants aussi. Et là, à seulement trois mètres de la boîte que j’ai posée il y a trois semaines, je trouve un essaim de la taille d’un ballon de basketball, agglutiné autour d’une branche de manzanita. Je suis prêt à parier que c’est l’endroit exact où Beau a repéré l’essaim précédent il y a trois semaines. Ils se posent souvent au même endroit que leurs précédesseurs — certains pensent qu’ils sont attirés par les phéromones de la reine précédente.

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Défloraison

Blue
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Je ne connais pas grand chose aux fleurs. Je peux vous identifier les plus connues ainsi que quelques fleurs sauvages, mais chez le fleuriste, sorti des roses, des tulipes et des chrysanthèmes, je suis inculte. J’ai donc investi il y a quelques années dans un petit guide d’identification des fleurs du nord-ouest américain, l’excellent Pacific States Wildflowers de la collection Peterson Field Guides. Le début du livre offre une identification par caractéristiques, mais le plus gros est une classification par couleur, avec un dessin (dont une sélection de plaques en couleurs) pour chaque fleur.

Évidemment, ça ne vous sera utile que si la fleur que vous cherchez à identifier est indigène ou courante dans le nord-ouest Pacifique. Mais jusqu’ici, j’ai eu de la chance.

Nous avons au printemps dernier emménagé dans une ancienne maison de pépiniériste. La maison est en bon état, mais le reste de la propriété a été cruellement négligé au cours des dernières années. Il reste cependant de nombreux vestiges de l’ancienne vocation de l’endroit. Au cours des mois j’ai fait de mon mieux pour débroussailler l’entourage immédiat autour de la maison, j’ai planté des tulipes et des narcisses en novembre qui ont égayé le début du printemps, et j’ai passé pas mal d’heures à élaguer et tronçonner. La demi-douzaine de pieds de vigne a été taillée au début du mois après des années d’abandon. Le houblon que j’ai enterré à l’automne se plaît beaucoup et a commencé à grimper sur le treillis sommaire que j’ai mis en place. J’ai bîné et bêché les quatres plantoirs que j’ai recouvert de papier journal et compost afin d’en tuer les mauvaises herbes, labouré un petit bout de terrain supplémentaire, et planté du maïs, des laitues, des pommes de terre et des tournesols, en attendant d’y rajouter d’ici peu concombres, tomates et poivrons.

Red
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Le printemps est l’un des grands plaisirs du jardin. Et c’est encore mieux lorsqu’il s’agit d’un jardin qu’on ne connaît pas encore complètement, où surgissent soudainement des plantes inconnues. Plusieurs d’entre elles ont fleuri au cours des dernières semaines, mais il ne fallait pas compter sur mes connaissances plus qu’approximatives en matière d’horticulture pour les identifier.

L’année dernière, Phil m’avait envoyé l’URL d’une startup qui s’était fait remarquer à Techcrunch 50. GazoPa intègre une technologie de reconnaissance de formes et couleurs pour identifier des objets dans une banque de photos. D’autres sociétés s’étaient auparavant attaqué à ce type de technologie, et certaines avaient été acquises, et d’autres avaient fermé leur portes. Une nouvelle vague de startups ayant mis au point des technologies similaires mais visant différentes applications sont depuis apparu au cours des deux dernières années. Les Suisses de Kooaba ont lancé une API permettant d’identifier par exemple de prendre une photo d’un objet avec un mobile pour en trouver le contenu associé en ligne — remplaçant ainsi le besoin de taper le nom de l’objet en question. C’est un peu l’équivalent de Shazaam, mais visuel.

GazoPa reste plus généraliste. Le service — toujours en bêta — se définit comme un moteur de recherche d’images similaires, empruntant un design minimaliste vaguement googlien. Un utilisateur peut même soumettre une ébauche de dessin pour rechercher des images possédant des contours similaires.

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Napa Crash

Il est environ 22h15 mercredi soir. Je reviens d’un cours de marketing vinicole que je suis ce semestre à Napa Valley College. Comme à chaque fois, je prends pour rentrer la Silverado Trail au lieu de la route 29, qui est plus encombrée, ponctuée de feux et patrouillée à mort par la CHP. La route scénique de l’est de la vallée, plus sinueuse, est cependant plus agréable, même de nuit. Je la connais par cœur, et je sais même derrière quels bosquets les flics du comté se planquent parfois pour guetter les chauffards.

Je viens seulement de dépasser Meadowood lorsque je dois freiner précipitamment. La route est devant moi bloquée par des cartons et des éclats de verre. Je vire sur le bas-côté pour dépasser les dégâts prudemment. Je continue au ralenti, puis j’hésite. Dois-je m’arrêter pour déblayer ? Bah oui. Il fait nuit et c’est un obstacle dangereux. Les usagers de la route à cette heure sont des habitués qui n’hésitent pas à avaler les virages à 70 miles à l’heure, maintenant que les touristes sont rentrés chez eux ou finissant une bouteille de chardonnay vieilli dans des fûts français dans une auberge chic de St. Helena.

Je sors de la voiture et j’assesse les dégâts. Une demi-douzaine de cartons a dû se casser la gueule d’un camion, remplis de bouteilles pas encore étiquetées. Ça sent la vinasse et les bouts de verre craquent sous mes semelles. Je ramasse les cartons que je balance dans le talus, et je donne des coups de pieds dans les bouteilles brisées pour les envoyer dans le bas-côté. Une bouteille est miraculeusement intacte. Je la ramasse et je la mets à l’abri. Je ne me serais pas arrêté pour rien.

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