La crise est-elle soluble dans le pinard ?

Les domaines viticoles californiens produisant du pinard haut-de-gamme ont du mal à vendre. Normal, en ces temps difficiles, ça picole toujours (voire davantage), mais on rechigne plus qu’avant à claquer 40 dollars pour un vin de chardonnay de la Sonoma Coast, ou plus encore pour un cabernet-sauvignon de la vallée de Napa. Même Jackson Family Estates, la maison mère de Kendall Jackson, sans doute l’une des marques vinicoles les plus reconnues du pays et produisant des vins parmi les plus abordables, a licencié 20% de ses salariés en janvier dernier.

Sentant le vent venir, certains domaines ont baissé leurs prix, et il y a des places à prendre sur les listes d’acheteurs que certains domaines utilisent comme canal de vente exclusif. Un producteur connu pour ses pinots noirs et chardonnay (qu’il vend environ 75 dollars la bouteille via sa liste, et dont les millésimes précédents atteignent au minimum 100 dollars chez les marchands ou sur les menus des restaurants le stockant) me relançait récemment, notant que je n’avais rien commandé cette année, assurant que la réponse au dernier embouteillage était enthousiaste. Évidemment, c’est du pipeau : si les ventes reflétaient l’enthousiasme en question, ils n’auraient pas besoin de me relancer, et je perdrais ma place sur la liste au profit d’un client plus généreux. Même Abe Schoener, le winemaker cinglé à l’origine du cultissime Scholium Project, a revu ses prix à la baisse pour sa dernière allocation, et le dernier embouteillage de son verdelho (dont des millésimes précédents ont été au menu de Bouchon, notamment) coûte seulement 20 dollars.

Alors on explore des stratégies de vente encore inédites pour certains de ces domaines. La vente via la distribution traditionnelle, par exemple, là où la liste de diffusion et les restaurants suffisaient jusqu’ici. Ou, pour écouler le pinard qui n’est pas aux standards de la réputation du domaine, on crée un second label — certes, de nombreux grands noms ont déjà une ou plusieurs autres marques, l’équivalent marketing américain du second vin bordelais, mais pour certaines boutiques wineries prestigieuses, c’est une nouvelle stratégie.

Car même si dans la vallée de Napa, on aime à se répéter entre pros que l’industrie vitivinicole est recession-proof, cela relève ces temps-ci de l’auto-persuasion. En vérité, les seuls producteurs véritablement à l’abri sont ceux dont les prix ne découragent pas les acheteurs qui se serrent la ceinture. Pour John Buehler, le propriétaire-récoltant derrière le domaine du même nom, ça signifie un vin de cabernet-sauvignon de Napa Valley à 28 dollars. Son chardonnay 2007 de la Russian River, vendu seulement entre 12 et 23 dollars, vient de se voir récompensé par un 90 par Wine Spectator, qui l’a étiqueté comme un smart buy. Et les producteurs de gros rouge qui tache ou de piquette sucrée juste assez pour plaire aux palais des moins exigeants n’ont pas de souci à se faire. Gallo et Bronco Wine peuvent dormir tranquille.

En attendant, BevMo se frotte les mains avec sa vente promotionnelle à 5 cents la seconde bouteille (qui est une arnaque pour bien des vins en question, qu’on peut trouver pour moitié moins chez certains cavistes en cherchant bien).

Et vous, lecteurs vinophiles, avez-vous changé vos habitudes ?

Le champagne pète une bulle

Décidément, ce blog est en phase de devenir strictement orienté bouffe et pinard. Mais que les lecteurs végétariens qui ne boivent pas d’alcool se rassurent, j’ai quelques billets en préparation qui aborderont d’autres sujets.

Faux champagne
Les producteurs de champagne font la guerre aux appellations abusives.

Si vous naviguez un peu sur le Web sans l’une de ces extensions Firefox qui flingue les bandeaux publicitaires (et soutenez par là-même la production professionnelle de contenu, cet ancien journaleux vous en remercie), vous avez peut-être remarqué ces jours-ci une campagne dénonçant l’utilisation abusive du label « Champagne ». C’est le Comité interprofessionnel du vin de Champagne qui en est à l’origine, via l’Office of Champagne, elle-même une émanation du Center for Wine Origins, une association de lobbying basée à Washington D.C. créée en 2005, qui s’est donnée pour mission d’« expliquer aux Américains pourquoi l’origine géographique est importante quant il s’agit de vin ».

Cette initiative était à l’origine française, mais elle a été depuis habilement étendue à d’autres appellations européennes, dénonçant l’étiquetage de « Porto » ou « Sherry » sur des bouteilles provenant ailleurs que la péninsule ibérique. Dans leur dernière campagne, l’organisation mentionne même l’utilisation abusive des labels « Napa Valley » et « Walla Walla Valley » par des producteurs sans scrupules, histoire de permettre aux Américains de s’identifier davantage avec ce combat.

Le champagne, comme le sait chaque Français qui a ses papiers, est produit uniquement en Champagne, et selon des méthodes spécifiques. Les vins pétillants produits ailleurs, dans désormais presque toutes les régions de France sous l’axe Saint-Nazaire-Saint-Quentin, portent un autre nom, tout comme les mousseux d’autres pays d’Europe. Mais les Américains, moins scrupuleux, permettent encore la production de vins pétillants sous le label « Champagne », du moment qu’ils ne sont pas destinés à l’exportation. La plupart des producteurs américains utilisant encore cette dénomination se situent cependant dans l’entrée-de-gamme — Cook’s et autres André. Leurs méthodes n’ont souvent rien à voir avec la champenoise, et le résultat n’est même pas digne d’un mimosa. Sur la côte est, certains commercialisent aussi du « New York Style Champagne ». Mais même si les palais américains sont désormais un peu plus sophistiqués — ou peut-être est-ce le résultat des campagnes publicitaires intensives des grandes maisons de Champagne, dont certaines ont réussi à imposer leur marque comme des références incontournables — ces sous-marques de bulles américaines ont toujours la main haute sur le marché domestique en matière de vin pétillant. Le leader en est certainement Korbel, une maison fondée en 1882 par un expatrié d’Alsace-Lorraine, qui produit des méthodes traditionnelles dans le comté de Sonoma vendues entre 10 et 18 dollars la bouteille.

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Un Rayon qui gagne à être connu

Rayon
Idéal pour la raclette et moins de 5 dollars US. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Il y a trois semaines, Le Piou m’appelle. « Demain soir, c’est raclette chez Ocatarinabellachixchix. Ouais, on a décidé de finir le weekend de Thanksgiving bien léger, quoi. Apporte un vin de Savoie ou un vin du Jura pour aller avec, un truc comme ça. »

Bon, manque de pot, c’est vendredi après-midi, et je suis à Ukiah, dans le comté de Mendocino, une petite ville sympa entourée de vignes et à la population hétéroclite, un mélange de hippies vieillissants et de libertariens armés jusqu’aux dents. Ukiah est une jolie localité où on trouve un broue-pub biologique, des boutiques de fringues branchouilles et un monastère bouddhiste, mais à qui il manque un caviste digne de ce nom malgré la présence alentours d’excellents domaines produisant des crus biologiques à des prix très raisonnables.

Et dans mon comté voisin de Lake, je sais déjà que le seul magasin de vins fins n’aura rien de tel en stock. Santa Rosa, où je pourrais trouver ce genre de vin, est à une heure de route. Ça fait loin. Je préviens donc Le Piou que ça va pas être facile. Il me charrie.

Comme prévu, après avoir exploré toutes les crémeries des deux comtés, je suis bredouille. Pas grave, le lendemain, j’apporte trois bouteilles qui devraient faire l’affaire : un riesling allemand, un pinot noir de Lake, et une curiosité que j’attendais de tester, un vin rouge de l’Okanagan Valley, côté Colombie-Britannique, réalisé à partir d’un cépage hybride franco-américain, le maréchal-foch, qui fut autrefois populaire en Franche-Comté. Le riesling est un succès, et le Canadien est surprenant mais agréable, sans pour autant casser la baraque, mais il marche bien avec la raclette et les délicieux restes de dinde que nos hôtes ont préparé. Le repas est une découverte culturelle pour ma douce, puisque si la fondue au fromage est populaire aux États-Unis, la raclette, bien de chez nous, reste une formule exotique de ce côté-ci de l’Atlantique. On n’aura pas le temps de déguster le pinot noir de Six Sigma, l’un des deux seuls vins de ce cépage produits dans le comté (les vignobles de pinot nécessitent un climat doux que seuls quelques endroits rendent possibles dans les environs, où dominent sauvignon et zinfandel). Ça sera pour la prochaine fois (je sais que Le Piou aime les bons pinots noirs).

Mais comme je n’aime pas être pris par défaut, la semaine dernière, je suis passé chez K&L pour prendre livraison de pinard, et j’ai en passant chopé deux bouteilles d’un vin de Savoie, mais aussi d’un vin de Blanc de Morgex au prix défiant toute concurrence — une excellente affaire à moins de 5 dollars.

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Levons un verre

Aujourd’hui, à 14h21, levez votre verre. Bon, je bosse de chez moi, donc ça m’est plus facile que pour la plupart d’entre vous qui vivez dans le même fuseau horaire. Voilà aujourd’hui 75 ans que la Prohibition a été levée aux États-Unis avec le passage du 21e amendement. La bière va couler à flots à la brasserie du même nom à San Francisco ce soir, qui d’ailleurs parraine un défilé dédié à la célébration de l’événement, et les ventes de la Prohibition Ale, l’une des bibines brassées localement par Speakeasy Ales & Lagers, vont sûrement exploser.

Au début du XXe siècle, l’alcool devint la bête noire des moralisateurs, et un argument que les démagogues en tous genres utilisaient pour expliquer délinquance, débauche et à peu près tout ce qui déviait de la norme. Aujourd’hui, c’est la télé, les jeux vidéos, les immigrés, les gays, et j’en passe. Le mouvement de la tempérance ne sévit pas qu’aux États-Unis. D’autres prohibitions sur les boissons alcoolisées furent instituées ailleurs, de l’Islande à la Hongrie. En France, on bannit l’absinthe, et encore aujourd’hui, cinq ans après sa réintroduction légale, beaucoup continuent de croire que son abus rend fou ou aveugle.

La Prohibition eut un effet désastreux sur le secteur vinicole naissant en Californie. Au moment où certains domaines se remettaient tout juste d’une épidémie de phylloxéra, elle rendit obsolète le plus gros des vignes plantées à travers l’état. Les viticulteurs se reconvertirent en arboriculteurs, plantant des prunes dans la vallée de Napa, où elles devinrent la culture dominante jusque dans les années 60, des pommes dans les comtés de Sonoma et Mendocino, et des poires et des noix dans celui de Lake.

Paradoxalement, certaines exploitations viticoles se portèrent plutôt bien pendant la Prohibition. Le Français Georges de Latour, qui fonda Beaulieu Vineyard, joua la carte du bon catholique auprès de l’archevêque de San Francisco, obtenant le monopole de la production de vin de messe. Les familles italiennes Gallo et Mondavi exploitèrent une faille dans la loi qui permettait à chaque foyer de produire du vin pour la consommation domestique (jusqu’à 200 gallons, soit pas moins de 757 litres par an et par foyer), et firent fortune en livrant par chemin de fer des milliers de tonnes de raisin vers la côte est.

Mais la Prohibition priva aussi l’état (comme les autres) d’une source de revenus importante : la taxe sur les alcools et spiritueux. Et elle coûta cher à faire respecter. Les gangs prirent le contrôle d’un trafic juteux. Les descentes de police sur les speakeasies et autres bars clandestins n’eurent guère d’effet sur les habitudes des San-Franciscains — le Chronicle estimait à près de 6 000 le nombre d’établissements clandestins au début des années 30 qui servaient du whiskey de contrebande ou de la moonshine distillée dans l’arrière-boutique.

En 1933, devant l’inefficacité flagrante du 18e amendement, le gouvernment rendit la Prohibition caduque. Les états légalisèrent à nouveau la production et la vente d’alcool, même certains comtés dits « secs », principalement sudistes et mid-occidentaux, continuent à les limiter ou les interdire de nos jours. Sous le gouvernement Carter, la production domestique de bière fut à nouveau autorisée. Et l’année dernière, l’absinthe fut à nouveau légalisée aux États-Unis.

Curieusement, en France, on assiste à une tendance qui semble s’inverser. Certains arrondissements parisiens interdisent la vente d’alcool passé une certaine heure. La jurisprudence suggère que tout article de presse ayant pour sujet une boisson alcoolisée doit désormais inclure un avertissement sur les dangers de l’alcoolémie. Et la vente de vin sur Internet semble menacée. Et les Français en boivent de moins en moins.

Alors ce soir, levez un verre (ou plusieurs) pour célébrer l’abolition d’une loi stupide et inefficace. Ne confondons jamais un problème et ses symptômes. Cheers. Salud. Lechaim. Santé.

Absinthe : Le Tourment vert

Depuis que l’absinthe a été à nouveau légalisée aux États-Unis il y a un peu plus d’un an, l’offre s’est peu à peu élargie. À côté de la Suisse Kübler, on trouve désormais la Lucid, la bouteille branchée concoctée par Ted Breaux chez Combier, à Saumur, mais aussi l’Absinthe Verte produite à Alameda, en Californie, par St. George Spirits — le premier spiritueux de ce type produit légalement aux États-Unis depuis l’interdiction.

Avertissement : j’ai testé ce produit grâce à un échantillon gratuit fourni par l’importateur.

Le Tourment vert est la dernière arrivée sur le marché américain. Produite par la distillerie Vinet Ege de Brie-sous-Archiac, dans la Charente-Maritime, le breuvage est selon le distilleur élaboré « à partir d’un alcool de grain de la plus haute qualité, tout en utilisant la véritable armoise « Grande Absinthe » » (le nom poétique de la plante Artemisia absinthium).


Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

La bouteille est arrivée sur le pas de ma porte accompagné d’une carte en français signée par Bruno Dellanoy, le propriétaire de la distillerie, suggérant que le Tourment vert « peut être servi traditionnellement (sur un sucre avec de l’eau) », mais qu’il préfère personnellement « le servir sur un glaçon dans un petit verre ».

Le spiritueux a un taux d’alcool de 50°, inférieur à celui de la plupart des absinthes déjà vendues sur les marchés américains et européens, qui dépassent généralement les 60°, à l’exception de la Kübler, étiquetée à 53°. L’importateur souligne que cela fait du Tourment vert un ingrédient de cocktail versatile — et suggère plusieurs recettes, dont la Gargoyle, un lemon drop à l’absinthe, ou le Tourment Spritzer (1 volume de l’absinthe en question, deux d’eau gazéifiée et un citron ou une orange pressée).

La bouteille est une élégante carafe aux décorations art déco verdâtres, scellée par un bouchon à la tête en bois, le tout muselé comme une bouteille de mousseux. Au nez, le Tourment vert affiche une odeur qui se démarque de celle de ses concurrentes. Les parfums d’anis, de fenouil ou de réglisse, dominants dans d’autres absinthes, sont ici éclipsés par une odeur de… menthol, qui n’est pas sans rappeler le sirop contre la toux ou le rince-bouche.

4 absinthes
Les couleurs très différentes de quatre absinthes. De gauche à droite : la Nouvelle-Orléans de Jade Liqueurs, la Kübler de Blackmint, Le Tourment vert de Vinet-Ege, et l’Absinthe Verte de St. George. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Consommé traditionnellement (dilué dans de l’eau fraîche versée sur un morceau de sucre, posé sur une cuillère), le Tourment vert est plutôt décevant pour ceux qui s’attendent à une absinthe dans la tradition suisse ou française. La couleur est d’un vert opalin qui se trouble à l’ajout d’eau, sans pour autant achever d’opacité (l’étiquette mentionne l’utilisation de colorants : jaune n°5, bleu n°1 et rouge n°40). La bouche là encore rappelle le rince-bouche, avec un brin d’eucalyptus. La boisson n’est pas désagréable, mais très éloignée des autres absinthes du marché. En shot, sur un glaçon, la liqueur dégage des arômes similaires, avec une fin mentholée où on détecte un brin d’anis en longueur.

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Vins : tournée des domaines du comté de Lake


Les grappes ne sont pas encore prêtes pour les vendanges, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas déguster les millésimes précédents en attendant. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Une ou deux fois par an, chaque région viticole a son événement touristique, où même certains domaines normalement fermés au public ouvrent leurs portes. Pour le prix d’un forfait, autochtones et touristes font la tournée des caves, verre en main, pour goûter aux crus locaux et discuter avec les viticulteurs.

Ce weekend, c’était le tour des domaines du comté de Lake, où je me suis installé il y a un an. Situé au nord de Napa, derrière le mont Saint-Helena, la région reste inconnue du grand public, y compris de bien des Bay Areans, même si le plus gros des grappes qui y sont cultivées sont utilisées dans l’élaboration de vins qui seront vendus sous le label Napa Valley. C’est là qu’est né le géant Kendall-Jackson, avant de s’installer dans le comté de Sonoma. Il y possède toujours une exploitation et de nombreux vignobles, ainsi que Beringer, Snows Lake et d’autres grands noms associés à des régions plus réputées.

D’une demi-douzaine de domaines il y a seulement une décennie, le comté en compte désormais quatre fois plus. Maintenant que nous connaissons bien le coin et ses crus, il y a des adresses que nous ne ratons jamais, et d’autres que nous savons éviter (celles-là ne sont pas mentionnées ici).

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Vendredi 7/25 : notes en vrac

• Le dollar faible rend les entreprises américaines beaucoup plus abordables pour les Européens. Le petit monde de Napa a été choqué d’apprendre mardi que Chateau Montelena a été acquis par le propriétaire de Château Cos L’Estournel, un deuxième cru bordelais prestigieux, pour une somme qui avoisinerait les 110 millions de dollars. Montelena, à Calistoga, est le domaine qui, sous la direction de Jim Barett et avec la magie œnologue de Mike Grgich, mis dans l’embarras des grands bourgognes blancs en 1976 dans une dégustation à l’aveugle. L’événement est le sujet de Bottle Shock, une comédie qui a pris plus d’une liberté avec le sujet et les personnages, et qui doit sortir en août.

Avec ce rachat, la boucle est bouclée. Le domaine, un des grands noms de Napa, entre désormais dans le giron d’un poids lourd de l’Ancien Monde. Le millésime 2008 sera élevé par Dominique Arangoits, le directeur de Cos L’Estournel.

• Market Street transformée en rue piétonne ? Chris Daly, l’ennemi politique numéro un du maire Gavin Newsom, tente de faire accepter l’idée. Mais son projet a été accueilli avec scepticisme. « Chris Daly n’est pas franchement le président de Mensa », a déclaré sournoisement Nathan Ballard, attaché de presse du maire. Oh, snap.

• Newsom, encore : le fringant maire a réussi à convaincre le technicien informatique, emprisonné la semaine dernière pour avoir refusé de fournir les mots de passe permettant l’accès au réseau municipal, de lui révéler les codes nécessaires. Les enquêteurs ont découvert juste à temps que Terry Childs avait installé une bombe logique qui aurait vraisemblablement supprimé ou endommagé des fichiers lors d’une opération de maintenance. L’ex-employé municipal s’est vu inculpé de quatre chefs d’accusation, et est détenu sous une caution de cinq millions de dollars.

5 bonnes bouteilles de zinfandel à moins de 25 dollars

Le zinfandel est LE cépage californien par excellence. Mutant du primitivo italien, c’est une grappe noire sucrée qui pendant longtemps fut vendue comme raisin de table, ou pour produire des vins rustiques. Jugé sans grand intérêt par les pionniers de la viticulture californienne, des centaines d’hectares furent arrachés pour être remplacés par des cépages considérés plus nobles et lucratifs, comme le cabernet-sauvignon.

Le cépage a trouvé ses lettres de noblesse dans la seconde moitié du XXe siècle lorsqu’il commença à être redécouvert par certains viticulteurs qui apprécièrent son caractère à la fois fruité et épicé. Mais c’est aussi dans les années 70 qu’un accident de fermentation chez Sutter Home résulta en la création du white zinfandel, un rosé doux dont la popularité reste inégalée parmi les consommateurs américains, qui a lui seul a contribué à la mauvaise réputation des vin rosés aux États-Unis. Les vins rouges de zinfandel ont cependant gagné du terrain, et le prix des grappes des comtés de Napa et Sonoma a atteint des sommets inégalés au cours des dernières années. Le cépage sert aussi à l’élaboration de plus en plus de rosés de saignée.

zin
Le zinfandel, la version américaine du cépage primitivo italien, est à la base de rosés doux sans grand intérêt, mais aussi de vins rouges de caractère.
Photo : artandscience. Licence Creative Commons.

La Vallée centrale produit le plus gros du zinfandel des États-Unis, mais la majorité des grappes qui y sont cultivées dans des vignobles archi-irrigués sous une chaleur brûlante servent à la production de white zinfandel ou de gros rouges qui tachent. Même parmi les vins des régions plus réputées, la difficulté pour le viticulteur est de fermenter cette grappe naturellement très sucrée sans pour autant produire un vin trop fort, où les arômes seraient étouffés (la plupart des vins de zinfandel dépassent 14,5° d’alcool), ou trop doux (beaucoup des vins produits gardent un niveau de sucre résiduel élevé).

À noter cependant que beaucoup de ces vins ne sont pas 100% zinfandel. La loi américaine permet en effet d’étiqueter un vin d’après un cépage donné du moment qu’au moins 85% du vin a été produit avec ledit cépage. Le zinfandel est donc souvent assemblé à d’autres grappes, notamment durif et syrah, et l’on trouve de plus en plus de vins californiens qui sont des assemblages propriétaires utilisant le zinfandel comme base, des Coro Mendocino de la région de Hopland au cultissime The Prisoner, qui combine 51% de zin à un mélange inédit de cabernet-sauvignon, syrah, durif, charbono et grenache.

Ce sont des vins idéaux pour accompagner une viande grillée au barbecue, un pâté de campagne, une pizza ou un plat asiatique épicé. La fondatrice de Chez Panisse, Alice Waters, les recommande mariés à un confit de canard. Ils peuvent aussi arroser une coupe de fraises saupoudrées d’un peu de poivre fraîchement moulu ou un dessert riche en chocolat.

Certains domaines sont réputés pour leurs vins de zinfandel, comme Turley, Martinelli ou Seghesio, dont les bouteilles sont très recherchées et dépassent généralement la barre des 35 dollars pour s’envoler bien au-delà. Pas besoin cependant d’attendre le jour de la paye pour s’acheter une bonne bouteille de zin. Voici cinq vins de zinfandel très abordables (pas d’excuse donc pour ne pas y goûter), provenant chacun d’une région viticole californienne différente.

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Corky

Bouchons
Le bouchon de liège va-t-il disparaître ?

Quand je m’emmerde, ma nature obsessive m’amène à ranger, catégoriser, étiqueter, organiser.

Je garde les bouchons des bouteilles que je bois, à l’exception des synthétiques ou de ceux qui ne sont pas estampillés. Je ne suis d’ailleurs pas le seul. Et vous ?

Ma consommation ne justifie pas pour autant ma participation au programme de recyclage ReCORK que le fabricant portugais Amorim vient de lancer en Californie pour collecter et réutiliser les bouchons de liège qui seront ensuite reconvertis en dalles ou autres matériaux de construction ou de décoration.

George Taber, le journaliste américain qui a déjà signé l’excellent Judgement of Paris, vient de publier To Cork or not to Cork, une histoire du bouchon et de ses alternatives, de l’Antiquité à nos jours. Et il y aborde évidemment les évolutions récentes dans l’embouteillage des bouteilles de vin, avec l’émergence du synthétique et autres bouchons hybrides (liège et cire alimentaire), et bien sûr la popularisation grandissante de la capsule à vis.

Les Australiens et Néo-Zélandais utilisent cette dernière pour embouteiller 95% de leur production vinicole. En France, l’utilisation de synthétiques, d’hybrides et de capsules à vis a commencé à prendre son essor, notamment du côté du Languedoc et de la Loire et pour certaines bouteilles destinées à l’exportation, mais le liège continue à dominer, malgré son lien au 2,4,6-trichloroanisole (TCA), ou goût de bouchon (il existe cependant une querelle d’expert sur le sujet abordée par Taber dans son livre, mettant en cause d’autres facteurs). Aux États-Unis, le débat fait rage. Dans la région de Santa Cruz, le domaine Bonny Doon milite ardemment pour les capsules à vis. De plus en plus de producteurs américains utilisent cette dernière pour leurs vins blancs, mais continuent à utiliser les bons vieux bouchons de liège pour leurs rouges.

Si le bouchon de liège disparaît, le regretterez-vous ?