Jardinier clandestin

Il y a deux semaines de ça, ma douce et moi descendons le flanc boisé derrière la maison pour aller cueillir des poires et des mûres. Nous suivons ces temps-ci un régime quasi-végétarien et sans alcool, histoire de perdre quelques kilos superflus — et ça marche. J’ai pris le fusil en .22, au cas où un gros lièvre d’automne montrerait son nez, et comme à chaque sortie de chasse, j’ai à ma ceinture mon 1911 Kimber chambré en 10 mm. Après tout, la saison de chasse au cheveuil n’est pas encore terminée, et un cochon sauvage pourrait croiser notre chemin. Et on ne sait jamais — j’ai trouvé à deux reprises des carcasses de chevreuil abandonnées par des braconniers nocturnes. Les coupables se sont enfin fait épingler il y a un mois — sept ouvriers agricoles qui apparemment aimaient à abattre leur gibier en l’éclairant de nuit et l’abattaient avec des fusils de .22, un calibre illégal pour la prise de gros gibier, mais relativement silencieux par rapport aux percussions centrales. Leur statut de clandestin combiné à des offenses commises avec des armes à feu (leurs fusils étaient chargés dans le véhicule) va leur valoir une reconduite à la frontière une fois leur peine écoulée.

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I smell bacon

cochon

Les cochons étaient prévenus. Mais ils ont la mémoire courte. Il y a seulement un mois, à 10 heures et demie du soir, mon fermier de voisin Tad avait décoché un chargeur entier dans la direction du troupeau de cochons qui venait faire la teuf autour de sa maison (sans doute attirés par l’irrigation). Le bilan avait été conséquent : trois morts, et un blessé qui s’était sauvé en boitillant.

Les cochons sauvages sont une calamité. Il ne s’agit pas d’une espèce endémique de sangliers, mais de cochons retournés à l’état sauvage, et se reproduisant à une vitesse effrayante. N’ayant aucun prédateurs, ils peuvent faire de gros dégâts, retournant la terre à la recherche de glands, noix, patates ou autres racines. Certains les accusent aussi d’être à l’origine de contaminations bactériennes de certaines cultures.

Bref, les cochons sauvages n’ont pas beaucoup d’amis aux États-Unis. À tel point qu’en Californie, c’est le seul gros gibier pouvant être chassé toute l’année. Il vous suffit d’un permis de chasse et d’une pig tag — une vignette dédiée coûtant 20,52 dollars.

Évidemment, après, il faut les trouver. En Californie, plus de 95% des prises de cochons sauvages ont lieu sur terrains privés. Certains propriétaires organisent des chasses sur leurs terres, coûtant souvent pas moins de 500 dollars la journée. La chasse la nuit est interdite, sauf si les cochons sont en train de créer des dégâts. De nombreux chasseurs américains se passionnent pour la chasse au cochon, n’hésitant pas à faire des centaines de kilomètres pour trouver un endroit propice.

D’une certaine façon, j’ai de la chance. Les cochons aiment mon jardin. Il y a deux jours, alors que j’inspecte les ruches dont l’activité est en pleine explosion (printemps oblige), Tad descend de son tracteur pour venir taper la discute. Il m’informe qu’il a encore vu un cochon — un solitaire, celui-là — il y a deux nuits de ça. Décidément, les porcins ont la mémoire courte. Je l’informe que je vais faire mes rondes le soir, car je n’ai pas envie qu’ils viennent faire basculer mes ruches.

Hier soir, il est seulement dix heures moins le quart, mais je décide d’aller faire ma ronde. Je prends le MAS 36 qui est toujours debout contre l’armoire, devant la porte, au cas où. Il a été fabriqué dans les années 50, et a, qui sait, peut-être vu la guerre d’Indochine ou celle d’Algérie. Il a été remis en excellente condition par l’arsenal de Lille en 1976, puis importé par un distributeur américain. Le MAS 36 fut populaire dans les années 80 et 90 aux États-Unis : il était très bon marché, et chambré dans un calibre idéal pour le gros gibier. Certains armuriers en convertirent même en .308 (7,62 × 51 mm OTAN), l’un des calibres les plus populaires parmi les chasseurs du pays. C’est un fusil court, simple, et parfait pour la chasse au cochon ou au sanglier. J’ai acheté le mien à un type qui ne l’avait même jamais sorti de son emballage, le fusil toujours enduit de sa cire anti-rouille made in France.

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My teinturier is rich

teinturier

L’un des cépages les plus cultivés en Californie pendant la Prohibition est une grappe bien de chez nous, mais qui est en passe de disparaître dans l’Hexagone. C’est l’alicante-henri-bouschet, ou simplement alicante-bouschet. C’est un cépage dit teinturier : contrairement à la plupart des autres cépages noirs, sa pulpe et son jus ne sont pas clairs, mais rouges. Cette variété tient son nom de son inventeur, le Français Henri Bouschet de Bernard, qui en 1855 obtint cet hybride en croisant du grenache noir avec du petit bouschet.

Le cépage devint très populaire : résistant et au rendement généreux, on le planta dans le Bordelais, la Bourgogne et la vallée de la Loire. Aujourd’hui cependant, il a quasiment disparu dans ces régions, et n’étant pas autorisé dans aucune AOC, il ne survit guère que dans le sud-ouest du pays. Il a cependant une présence dans le sud du Portugal, en Espagne (dans la région dont son nom est partiellement inspiré, et ou il est appelé garnacha tintorera) et en Algérie. Ses caractéristiques permettent de rehausser la couleur d’un vin, mais il est parfois utilisé indépendamment.

L’alicante-bouschet fut un cépage très cultivé pendant la Prohibition. La loi comportait en effet des exceptions pour la production de vin à usage personnel. Des milliers de tonnes de grappes furent ainsi expédiées par voie ferroviaire vers les communautés italiennes de la côte est, et la paroi épaisse des baies de l’alicante-bouschet permettait aux grappes de ce cépage de subir le voyage sans trop de dommages.

Aujourd’hui on trouve encore l’alicante-bouschet dans de nombreux vignobles californiens, surtout dans la région des Sierra Foothills (dans la Napa Valley, où il était populaire il y a encore un demi-siècle, il a fait place à des variétés plus rentables). Ce cépage reste prisé par certains vignerons pour foncer certains vins et du fait de son rôle historique. J’ai cueilli cette grappe (qui n’était pas encore mûre) lundi dernier dans le vignoble étudiant de Napa Valley College, qui cultive sur deux rangées des échantillons de différents cépages dans l’ordre alphabétique, et qui commencent par… l’alicante-bouschet.

Premier essaim

Installation
J’installe un essaim acheté début avril à l’intérieur d’une ruche.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Quand une colonie d’abeilles devient trop importante, ou lorsque la reine décide, pour une raison plus ou moins mystérieuse, qu’il est temps d’émigrer, un essaim se forme. La colonie se divise, et les abeilles restantes élèveront — en principe — une jeune reine, tandis que celle qui détient actuellement le titre s’envole avec un essaim en escorte.

Il y a trois semaines, j’avais raté un essaim qui s’était fait la malle de l’une de mes ruches installées chez Moore Family Winery, dans les Red Hills. Beau m’avait appelé pour me prévenir. Manque de pot, le temps que j’arrive, une heure et demie plus tard (j’étais à Hopland, dans le comté de Mendocino voisin, faisant la tournée des domaines avec des amis), l’essaim avait disparu. Parfois, ils se déplacent rapidement, d’un arbre à un poteau téléphonique, d’un banc à une voiture. D’autres fois, ils restent au même endroit pendant plusieurs jours.

La ruche n°4 d’où l’essaim s’était barré restait cependant incroyablement active. À tel point que j’y installai il y a deux semaines une hausse supplémentaire, la plupart des cadres de la hausse existante étant déjà presque remplis de miel et de nectar. J’espérais d’ailleurs en récolter quelques cadres pour en extraire encore un peu de miel.

Vendredi, il est un peu plus de 14 heures lorsque je me pointe au domaine. J’ai récupéré quelques bouteilles de vin chez Six Sigma Ranch, où j’ai donné à Christian un chèque pour le quart de bœuf élevé en pâturage que je lui ai commandé. À 6 dollars la livre, et vu que la bête pèse plus de 1200 livres au lieu des mille prévues, je fais une plutôt bonne affaire. Nous ne garderons pas les 100 et quelques livres pour nous tous seuls, et nous en revendrons sûrement à des amis.

Ensuite, j’ai obliqué vers les montagnes pour Boggs Mountain, qui près du sommet de l’une des montagnes a un champ de tir complètement informel et improvisé par les pompiers qui gèrent la forêt. Je préfère y aller en semaine — l’avantage du chômeur/indépendant — car j’y suis souvent seul.

Essaim
L’essaim sur une branche de manzanita.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Après une bonne heure de pan-pan, je redescends de la forêt et j’emprunte une autre petite route qui m’emmène vers le domaine de Moore. Je veux jeter un œil sur les deux ruches, notamment la violette, la numéro 4. Surprise à l’arrivée : elle semble relativement peu active. Je soulève le toit pour m’assurer qu’elle est toujours habitée : plusieurs abeilles sont bien là, dans la deuxième hausse, occupées. OK.

Je vais ensuite voir la boîte que j’ai laissée il y a trois semaines, lorsque je suis venu dans l’espoir de capturer l’essaim en question. La boîte, avec quelques cadres à l’intérieur, est restée sur place au cas où un autre essaim déciderait de sortir et de l’adopter. Mais que dalle : pas de locataires.

Je continue ma promenade en haut du vignoble, comme à chaque visite. Parfois je fais des rencontres intéressantes. L’automne dernier, un renard a trotté à seulement deux mètres de ma pomme alors que j’abreuvais une ruche de sirop de sucre pour les aider à passer l’hiver. Les chevreuils sont courants aussi. Et là, à seulement trois mètres de la boîte que j’ai posée il y a trois semaines, je trouve un essaim de la taille d’un ballon de basketball, agglutiné autour d’une branche de manzanita. Je suis prêt à parier que c’est l’endroit exact où Beau a repéré l’essaim précédent il y a trois semaines. Ils se posent souvent au même endroit que leurs précédesseurs — certains pensent qu’ils sont attirés par les phéromones de la reine précédente.

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Défloraison

Blue
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Je ne connais pas grand chose aux fleurs. Je peux vous identifier les plus connues ainsi que quelques fleurs sauvages, mais chez le fleuriste, sorti des roses, des tulipes et des chrysanthèmes, je suis inculte. J’ai donc investi il y a quelques années dans un petit guide d’identification des fleurs du nord-ouest américain, l’excellent Pacific States Wildflowers de la collection Peterson Field Guides. Le début du livre offre une identification par caractéristiques, mais le plus gros est une classification par couleur, avec un dessin (dont une sélection de plaques en couleurs) pour chaque fleur.

Évidemment, ça ne vous sera utile que si la fleur que vous cherchez à identifier est indigène ou courante dans le nord-ouest Pacifique. Mais jusqu’ici, j’ai eu de la chance.

Nous avons au printemps dernier emménagé dans une ancienne maison de pépiniériste. La maison est en bon état, mais le reste de la propriété a été cruellement négligé au cours des dernières années. Il reste cependant de nombreux vestiges de l’ancienne vocation de l’endroit. Au cours des mois j’ai fait de mon mieux pour débroussailler l’entourage immédiat autour de la maison, j’ai planté des tulipes et des narcisses en novembre qui ont égayé le début du printemps, et j’ai passé pas mal d’heures à élaguer et tronçonner. La demi-douzaine de pieds de vigne a été taillée au début du mois après des années d’abandon. Le houblon que j’ai enterré à l’automne se plaît beaucoup et a commencé à grimper sur le treillis sommaire que j’ai mis en place. J’ai bîné et bêché les quatres plantoirs que j’ai recouvert de papier journal et compost afin d’en tuer les mauvaises herbes, labouré un petit bout de terrain supplémentaire, et planté du maïs, des laitues, des pommes de terre et des tournesols, en attendant d’y rajouter d’ici peu concombres, tomates et poivrons.

Red
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Le printemps est l’un des grands plaisirs du jardin. Et c’est encore mieux lorsqu’il s’agit d’un jardin qu’on ne connaît pas encore complètement, où surgissent soudainement des plantes inconnues. Plusieurs d’entre elles ont fleuri au cours des dernières semaines, mais il ne fallait pas compter sur mes connaissances plus qu’approximatives en matière d’horticulture pour les identifier.

L’année dernière, Phil m’avait envoyé l’URL d’une startup qui s’était fait remarquer à Techcrunch 50. GazoPa intègre une technologie de reconnaissance de formes et couleurs pour identifier des objets dans une banque de photos. D’autres sociétés s’étaient auparavant attaqué à ce type de technologie, et certaines avaient été acquises, et d’autres avaient fermé leur portes. Une nouvelle vague de startups ayant mis au point des technologies similaires mais visant différentes applications sont depuis apparu au cours des deux dernières années. Les Suisses de Kooaba ont lancé une API permettant d’identifier par exemple de prendre une photo d’un objet avec un mobile pour en trouver le contenu associé en ligne — remplaçant ainsi le besoin de taper le nom de l’objet en question. C’est un peu l’équivalent de Shazaam, mais visuel.

GazoPa reste plus généraliste. Le service — toujours en bêta — se définit comme un moteur de recherche d’images similaires, empruntant un design minimaliste vaguement googlien. Un utilisateur peut même soumettre une ébauche de dessin pour rechercher des images possédant des contours similaires.

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Cochon du soir, espoir

Terre retournée
Le lendemain d’une grosse teuf entre cochons. Photo : Arnaud H.

Ma douce se moque gentiment de moi ces temps-ci, car j’ai une nouvelle obsession. Il y a un mois environ, un soir — il devait être 23 heures, dans ces eaux-là — j’emporte le sac d’ordures de la cuisine pour le balancer dans la poubelle, près de la route. Il fait noir, et le temps est couvert. J’ai oublié d’emporter la lampe torche, et je n’y vois pas grand chose, me guidant au pif.

J’entends alors des bruits bizarres, inédits, provenant de la noyeraie. Des gros craquements. Des gémissements clairement inhumains. Je pense immédiatement à des chevreuils, mais ceux-là sont trop bruyants. Et il doit en avoir une bonne douzaine. Impossible. Ils auraient déjà décampé de toutes façons, je suis seulement à quelques pas. Ratons-laveurs ? Ils voyagent en famille, mais ils ne font pas ce genre de bruit. Mon imagination travaille vite. Un puma dévorant un chevreuil ? Clairement, je fantasme. Mais bon, ça arrive dans notre coin, donc qui sait ?

J’ai un peu les jetons. Le bruit est constant, proche — clairement à seulement vingt mètres — et il s’agit de plusieurs animaux. Après près d’une minute, je finis par associer l’activité que j’entends au bon animal : le cochon sauvage. Mes yeux s’habituent à l’obscurité et j’arrive à distinguer dix, vingt, peut-être deux douzaines de cochons. Bien sûr : les cochons adorent bouffer des glands, mais j’imagine que mes noix doivent être encore plus savoureuses (j’en vois qui ricanent dans le fond). J’observe quelques adultes qui doivent bien peser deux cents livres facile, mais aussi des cochonnets de la taille d’un gros gigot.

Je reste là, fasciné, à guetter la horde porcine labourer le verger et croquer des noix, et comme dans un cartoon de Tex Avery, je ne vois plus que des jambons, des côtelettes et de généreuses tranches de bacon.

J’en entends parmi vous un rien confus. Des cochons sauvages ? Il veut dire des sangliers, non ? Bah non. Voyez-vous, les Espagnols ont les premiers introduit les cochons domestiques dans le sud-ouest américains. Et rapidement, certains d’entre eux se sont fait la malle dans la nature. Ils se multiplient rapidement, pouvant tripler leur population d’une année à l’autre. Après des siècles de fornication au grand air, ils arborent généralement des taches ou des striages variés, un peu comme les chats de gouttière, en plus goûteux évidemment. Et sans prédateurs naturels, ils peuvent joyeusement gambader, de préférence la nuit, laissant derrière eux terre retournée et jardins ravagés. Ils sont même soupçonnés d’être les coupables de plusieurs contaminations de E. coli. Du coup, l’état de Californie permet la chasse aux cochons toute l’année afin d’en contrôler la population.

Une semaine plus tard, au retour d’un week-end à la neige de Tahoe, ma douce et moi surprenons un autre troupeau de porcs dans le verger. Je m’amuse à faire un safari au ralenti dans le verger avec la Jeep, et les bêtes s’enfuient vers les bois, les cochonnets trottant le long des mamans filant à une vitesse qui force le respect au vu de leur médiocre aérodynamisme.

Au cours du dernier mois, je les ai observés au moins deux fois encore, généralement entre 22 h et minuit. J’ai même tenté de prendre des photos, mais mon flash n’a qu’une portée limitée, et tout ce que j’ai pu obtenir est une série de clichés de noyers façon Blair Witch Project, mais pas de porcins en vue. Mon fermier de voisin ne les apprécie guère, et leur a décoché du plomb en guise d’avertissement il y a une semaine ou deux.

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Feu de tout bois

Fleurs
Le printemps se magne. Photo : Arnaud H.

Le chômage n’est pas mon truc. Passées deux semaines de glandouille à regarder la saison et demie de Lost que j’avais ratée, entre deux CV envoyés et un peu de bidouille en C, il faut bien s’occuper. En passant, si vous êtes développeur iPhone — même si vous commencez seulement sur iPhone ou avec l’Objective C — je suis intéressé, surtout si vous habitez San Francisco ou le nord de la Baie. J’ai un projet pour vous qui se révélera lucratif. Donc contactez-moi.

Pour m’occuper en attendant, heureusement, nous habitons à la campagne. Et dans une vieille ferme de pépiniériste, ce qui veut dire qu’il y a de quoi s’occuper. L’entretien de la propriété, en théorie, revient en général au propriétaire, le locataire étant tenu de faire le minimum. Dans notre cas cependant, le propriétaire ne nous fait payer qu’un loyer modeste, mais c’est à nous d’entretenir les lieux, mais il n’est pas très exigeant. Je ne vais donc pas m’en plaindre. Au contraire.

C’est la fin de l’hiver et ça signifie qu’il faut tailler arbustes, rosiers, et débroussailler autour de la maison pour réduire le danger d’incendie de forêt, une menace bien réelle dans notre coin — la maison est en haut d’une colline dont un versant est très boisé et où la végétation a repris le dessus au cours des dernières années. Je me suis donc donné comme objectif d’éclaircir la pente sur un rayon de vingt mètres autour de la maison, un travail difficile à cause de la raideur de la pente que la brouissaille a colonisée.

En mai dernier, lorsque nous avons trouvé cette maison, la région subissait une vague de froid sans précédent. Nous avons donc négocié avec le propriétaire l’installation d’un réservoir de propane pour le chauffage. Le système fait l’affaire, mais revient cher s’il reste en marche toute la journée. Après le choc de la première facture, nous avons donc arrêté de chauffer la maison la nuit et au milieu de la journée. Ces temps-ci, nous ne chauffions plus qu’au matin et au soir. Depuis hier, cependant, j’ai décidé de n’utiliser le propane qu’au lever, le temps de chauffer la maison à 68 degrés Fahrenheit (20 degrés). Après ça, plus de chauffage pendant la journée, même si la température tombe parfois à 55 degrés (10,5°C). On mettra une petite laine ou deux, et le soir, nous utiliserons le foyer à bois dans le living room. J’ai calculé qu’il me faudra consacrer environ une demi-heure chaque matin pour rassembler suffisamment de bois de chauffage pour chaque soirée. Il y a de quoi faire, surtout en cette saison où il faut élaguer et scier des branches mortes. Je n’ai pas de tronçonneuse, mais entre la hache et une égoïne, je m’en sors. Et ça compense pour le fait que je ne fréquente plus le gym, économies obligent.

Parce que l’air de rien, le bois de chauffage n’est pas donné. Les prix ont flambé au cours des dernières années, atteignant entre 200 et 300 dollars US la corde (soit 128 pieds cubiques, soit 3,62 stères, ou autant de mètres cubes, bande de citadins). J’ai donc amassé des branches et des bûches de bouleau, noyer, pin rouge, figuier, chêne américain, glycine, et même de vignes. Se chauffer au zinfandel en buvant du merlot, il n’y a rien de tel pour rester au chaud.

Bêtes à bon dieu

Blette

Le jardin de la maison où nous avons emménagé est envahi de pucerons. Plus exactement — et plus correctement, il s’agit de tétranyques, ces minuscules araignées rouges qui aiment à coloniser les belles feuilles vertes. Et pas question qu’ils viennent bouffer mes tomates, mes poirées, sans parler des rosiers déjà établis. Cette saloperie d’insecte est responsable de l’éradication du houblon dans le nord de la Californie au début du XXe siècle (la localité de Hopland, à une demi-heure de la maison, doit son nom aux champs de houblons qui couvraient autrefois l’endroit, désormais remplacés par des vignes et des vergers).

Paquet

Heureusement, cet acarien de sa mère a plusieurs prédateurs. Et l’un d’entre eux est la coccinelle. Et on peut en commander. Sur le site de Home Depot, la demi-pinte de ladybugs coûte 14,95 dollars plus taxe (frais d’envoi inclus). La chaîne sous-traite à une société spécialisée, Ladies in Red. Après commande en ligne, je reçois un appel de la société me prévenant que les insectes sont prêts, et devront arriver à la fin de la semaine.

Et ce soir, devant ma porte, UPS dépose une boîte remplie d’une pinte des jolis insectes. La notice prévient que les coccinelles doivent être dispersées à l’abri du soleil, mais il se couche déjà, et nous sommes à l’ombre. Nous ouvrons donc avec des ciseaux les sachets en plastique dans lesquels sont contenues les coccinelles, et hop, nous les dispersons autour de la maison.

Coccinelles

Au boulot, mesdames. Avec un peu de chance, elles s’attaqueront aux tétranyques. Le problème, c’est que l’utilisation d’insectes pour contrôler la population d’autres insectes relève parfois davantage de la loterie que de la science. Ou plutôt, il y a tellement de facteurs à considérer que le choix de l’espèce prédatrice est une équation difficile à résoudre. Si les coccinelles ne font pas affaire, nous essaierons ensuite la Phytoseiulus persimilis, une autre araignée qui parasite les tétranyques et les éradique progressivement. Le problème, c’est que beaucoup de ces prédateurs des pucerons se plaisent souvent dans un climat chaud, mais humide. Une serre, par exemple. Mais ici à Lakeport, la chaleur est au rendez-vous, mais pas l’humidité. On verra donc si les coccinelles ont un impact sur les parasites. Si oui, je me mettrais peut-être moi-même à les élever.

Aventures apicoles

C’est ma deuxième année en tant qu’apiculteur amateur. L’année dernière se solda mal. Mes deux essaims disparurent. L’un commença à diminuer dès le début de l’automne, et les abeilles disparurent mystérieusement, sans laisser de traces, laissant même derrière elles une réserve de miel. Les conditions de leur disparition furent semblables à celles décrites par d’autres apiculteurs, et désormais désignées comme le Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles (Colony collapse disorder, en anglais).

L’autre essaim semblait suivre la même voie, sans trace de maladie ni d’infestation. J’avais beau le nourrir régulièrement de sirop de sucre, les abeilles n’y touchaient qu’à peine, et la population s’amenuisait à vue d’œil. Et un jour de novembre, la neige eut raison des insectes restants. Le coup de froid arriva subitement, alors même que je me préparai à envelopper la ruche pour la protéger contre le froid, et aménager une entrée en hauteur. J’arrivai trop tard.

Cages
Prise de livraison des essaims à Santa Rosa.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Cette année, je m’y prendrai différemment. J’ai installé au début du mois quatre essaims de deux kilos avec leur reine. Toujours dans la région de Red Hills, dans mon comté de Lake. Les ruches sont au même endroit, à une altitude d’environ 900 mètres, orientées vers le sud, face à un vignoble cultivé biologiquement, à seulement cent mètres d’une mare. Les nuits y sont fraiches, l’une des raisons pour laquelle les Red Hills sont de plus en plus réputées pour leurs grappes, qui sont très appréciées des grandes maisons de Napa.

Après avoir pris livraison des essaims à Santa Rosa (les quelques individus ayant réussi à s’échapper des cages dans la voiture restèrent de toutes façons à l’arrière et ne me dérangèrent pas pendant mon trajet d’une heure et demie), et leur installation dans les ruches, il ne fallu que quelques jours, comme prévu, pour trois des colonies à libérer leur reine de sa cage en grignotant la guimauve que j’avais insérée en guise de sceau. La ruche n°3, pourtant, mit près d’une semaine, et eut besoin de moi. Ces connes d’ouvrières, sans doute des trotskistes m’en-foutistes sursyndiquées, avaient fait preuve d’une spectaculaire incompétence en bloquant l’entrée à la cage de la reine par de la cire, ce qui ne les avait pas empêché de boire en deux jours tout le sirop que je leur avais fourni, alors qu’il en restait un peu dans les autres colonies (ce qui est peu surprenant, car il existe une corrélation entre la production de cire et la consommation de sirop de sucre). J’ai dû donc décoller la cage de la reine pour la repositionner sur un endroit moins envahi par la cire, et permettre à la reine de pouvoir être libérée.

Abeilles
Un essaim fraichement installé.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

J’approvisionne chaque ruche en sirop de sucre tous les deux à trois jours. C’est le printemps, mais les essaims sont jeunes, les nuits encore fraiches (sans parler d’une tempête de grêle il y a deux jours), la floraison débute seulement dans cette région, et je veux encourager la production de larves le plus tôt possible. Deux des ruches ont un nourrisseur de deux gallons (prenant la place de deux cadres), et les deux autres (notamment la ruche n°3) sont des nourrisseurs-cadres traditionnels, contenant environ un gallon chaque. Chaque jeune essaim consomme environ un litre et demi de sirop de sucre (à l’heure actuelle, parts égales de sucre et d’eau) chaque jour. Pas de sirop de maïs au glucose à haute teneur en fructose, pourtant utilisé par de nombreux producteurs de miel industriels ou chinois, ou par les professionnels de la pollinisation, bon marché et facile à se procurer, et dont les effets, actuellement étudiés par le ministère américain de l’Agriculture, sont encore mal déterminés mais semblent plutôt négatifs.

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Gazon maudit

Golf
Un cours de golf à Palm Springs, dans le désert sud-californien. Photo : JoeBehrPalmSprings (licence CC)

Le printemps arrive, et les zones du bout de pelouse d’où j’ai péniblement déterré de mauvaises herbes incroyablement tenaces commençaient à faire tache. J’ai donc hier ensemencé quelques pieds carrés d’un mélange de graines. Je ne vise pas un gazon de la qualité d’un cours de golf, juste de quoi boucher les trous. Mais franchement, si j’étais propriétaire de cette maison, je laisserais la nature faire une bonne partie du boulot. Plantes grasses et cactus décoreraient la moitié du petit bout de terrain devant la maison, quelques fleurs sauvages ici et là, et le reste serait converti en potager.

Les précipitations de ces dernières semaines sont une bénédiction, mais ne suffiront apparemment toujours pas à compenser l’énorme déficit hydrique de l’état. L’hiver a été particulièrement sec en Californie, dans une région où 80% des précipitations annuelles ont lieu entre la mi-novembre et la mi-février.

À moins que le Déluge n’ait lieu au cours du printemps, 2009 sera encore une année de sécheresse — c’est d’ailleurs ce qu’a proclamé le gouverneur Schwarzenegger. La situation est particulièrement sévère dans la région de la Baie à cause du manque de diversification en matière de source aquatique.

HHA
Le réservoir Hetch Hetchy, dans le parc national de Yosemite, d’où provient l’eau des robinets des San-Franciscains. Photo : Love Earth Photography (licence CC)

Le plus gros de l’eau de l’état est utilisé par les agriculteurs. Et l’un des problèmes qui se posent lorsque la ressource vient à manquer est l’incroyable dépendance de la plupart des cultures de la Vallée centrale en matière d’irrigation, notamment au sud. La vallée San Joaquin était par endroits un véritable désert avant l’avènement des aqueducs. Le Delta du Sacramento a certes toujours été généreusement arrosé par deux fleuves et de nombreux autres affluents, favorisant l’agriculture. Mais les fermiers de la région se sont spécialisés au fil des années dans des denrées nécessitant une irrigation intensive — tomates, abricots, amandiers, coton, riz, etc.

L’abreuvement des grandes métropoles californiennes par Hetch Hetchy et l’Aqueduc de Californie modifia considérablement le style de vie des Californiens des grandes villes et leur région. Comme sur la côte est, les gazons bien coupés des familles californiennes établies en banlieues devinrent synonymes de prospérité, arrosés régulièrement pendant l’année, rivalisant de verdeur avec les nombreux cours de golf qui commencèrent à couvrir des zones où ne poussaient auparavant que des buissons rabougris.

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