Dimanche 11/9 : notes politiques en vrac

Landslide
Le 4 novembre au soir, pour arroser le president-elect Obama, nous avons descendu une excellente bouteille de Billecart-Salmon brut réserve, une bonne dose de coquito préparée par un ami porto-ricain, et, parmi d’autres, cette bouteille de Landslide de Simi, au nom approprié.

Selon les derniers décomptes et estimation, le taux de participation à la présidentielle n’a pas été le raz-de-marée prévu. Certes, 63% reste très honorable. Mais c’est en dessous du record de 1960. Selon les analystes, les voix jeunes et afro-américaines, qui ont largement compté dans la victoire démocrate, n’ont fait que compenser la désaffection de beaucoup de conservateurs et de chrétiens évangélistes, que McCain n’a pas réussi à séduire malgré sa co-listière.

La communauté LGBT californienne se mobilise. Des manifestations ont eu lieu ces derniers jours devant des églises mormones à travers la Californie, puisque une grande partie du financement de la campagne pour la Proposition 8 est venue de disciples des Latter Day Saints. De nombreux militants et personnalités opposées à l’interdiction du mariage gay ont déjà appelé à un boycott de l’Utah. Le festival Sundance pourrait être boudé par une partie de l’élite hollywoodienne et des cinéphiles qui d’ordinaire ne manquent pas l’événement.

Le Governator va se faire des ennemis. Bien déterminé à combler le déficit budgétaire de la Californie, Arnold a annoncé son intention de faire des coupes supplémentaires parmi différents secteurs clé, mais aussi d’augmenter certaines taxes. En 2005, en bon fiscal conservative, il avait déclaré que l’état avait suffisamment de revenus, mais dépensait trop. Mais il semble qu’après examen, Sacramento manque aussi de revenus. Du coup, Schwarzenegger a donc soulevé la colère de la gauche cette semaine avec l’annonce de coupes budgétaires, notamment dans le secteur scolaire, et à droite, les éditorialistes conservateurs sont furieux de le voir suggérer une augmentation de la taxe sur la vente (la TVA californienne), même temporaire.

Chill

Meg Whitman, ancienne CEO de eBay et co-présidente de la campagne de John McCain, songe sérieusement à devenir gouverneure de Californie. Il doit s’agir de son plan B puisqu’elle n’aura donc pas pu obtenir le poste de Secrétaire au Trésor que le sénateur de l’Arizona lui avait promis en cas de victoire. Les avocats de Whitman sont ces jours-ci occupés à tenter de récupérer les noms de domaines (entre autres, whitmanforgovernor.com) qu’un cybersquatteur refuse de leur revendre.

Les deux Californies

Les San-Franciscains oublient souvent qu’ils vivent dans une bulle. Les libéraux de Los Angeles et les hippies de Berkeley sont coupables du même socio-centrisme.

Chaque élection est pourtant un rappel sain que l’état est une mosaïque complexes de groupes socio-économiques, ethniques et religieux aux idéaux parfois opposés.

La Californie de la côte est relativement libérale (au sens américain, évidemment), à l’exception du comté d’Orange et de la région de San Diego. Mais le reste de l’état, plus rural, reste résolument conservateur.

La carte ci-dessous, que j’ai volée au Los Angeles Times, illustre ces différences. Les cartes respectives des résultats pour les Propositions 4 et 8, les deux référendums citoyens les plus controversés lors de cette élection, sont encore plus parlantes pour démontrer la disparité idéologique en matière de valeurs sociales.

Prop 4, soutenue par des groupes anti-avortement, visait à exiger une autorisation parentale pour les mineures enceintes voulant obtenir une interruption de grossesse. L’initiative a échoué avec 53% de « non », mais la Vallée centrale, à l’exception du couloir de Sacramento et d’une bonne partie de la Sierra, a voté pour.

La Proposition 8 a en revanche obtenu une majorité avec 52,5% de « oui ». Financée par des groupes évangélistes, mormons et catholiques prétexant la protection des valeurs familiales, elle visait à amender la constitution californienne afin de rendre le mariage homosexuel illégal, alors même que la Cour suprême de l’état avait récemment jugé qu’une précédente interdiction, soumise au vote il y a quelques années et ayant recueilli plus de 60% des votes, était anticonstitutionnelle. Quelque 18 000 mariages entre époux du même sexe ont été célébrés légalement entretemps, et leur destin reste incertain. La ville de San Francisco ainsi que plusieurs comtés et des associations LGBT ont déjà porté devant la cour ce qu’ils estiment être un amendement anticonstitutionnel.

La carte du vote sur la Proposition 8 illustre une division nette entre la Californie de la côte et celle des terres intérieures. Mais elle montre aussi les chocs culturels qui existent au sein de certains comtés à la réputation progressistes. Celui de Los Angeles, par exemple, a voté « oui » avec une faible majorité. La raison principale ? Le vote hispanique, largement catholique (et, de plus en plus, évangéliste), et le vote noir américain. Ce qui explique aussi pourquoi le « oui » l’a également emporté dans le comté de Solano, dans la région de San Francisco. 7 afro-américains sur 10 ont voté pour interdire le mariage gay, l’homosexualité restant largement un tabou au sein de cette communauté.

Les électeurs de l’Arizona et de la Floride ont également voté pour bannir le mariage gay de leur état.

Le fait que Barack Obama ait réussi à capturer la majorité des votes hispanique et afro-américain, quand les mêmes groupes ont joué un rôle décisif dans le rejet du mariage homosexuel, aura été l’un des grands paradoxes de cette élection. Celui qui était alors le candidat démocrate s’est lui-même prononcé contre l’idée du mariage homosexuel (ainsi que son co-listier Joe Biden) lors de sa campagne, mais contre la Proposition 8, qu’il jugeait « discriminatoire » (Obama et Biden se sont tout deux opposé à des tentatives d’interdiction au niveau fédéral). Il faut dire que soutenir l’idée du mariage gay au niveau national relève encore du suicide politique aux États-Unis, et aurait été un moyen sûr de s’aliéner une bonne partie du vote hispanique, noir américain, catholique ou baptiste.

Il est trop tôt pour savoir ce qu’il va advenir du mariage gay en Californie. La Cour suprême de l’état en a été saisie à nouveau. Mais à moins que la question ne se retrouve devant la Cour suprême fédérale, il y a peu de chances pour que le droit au mariage des couples du même sexe ne devienne une priorité du nouveau gouvernement, qui a d’autres chats à fouetter, et qui vraisemblablement se gardera bien de prendre position sur le sujet.

En attendant, le mariage gay est devenu le sujet principal sur Fox News. Et ironiquement, l’analyste juridique de la chaîne est Kimberley Guilfoyle, l’ex-femme de Gavin Newsom, le maire de San Francisco qui devint la tête de turc des supporters de Prop 8 pendant la campagne. Le monde est petit.

Election Day : notes en vrac

Les Américains vont-ils enfin se décider à déplacer le jour du vote à un weekend, plutôt que le premier mardi de novembre ? Cette tradition obsolète semble de plus en plus déplacée. Il y a certes le vote par correspondance, et certains états permettent même de voter une semaine à l’avance, mais franchement, il est temps de changer ça. Michael Moore soulignait récemment cette absurdité, et le représentant new-yorkais Steve Israel veut faire voter une loi pour déplacer Election Day. Ouvrons les bureaux de vote un weekend entier. Et tant qu’à faire, arrêtons de confier aux comtés la responsabilité de mettre en page les bulletins de vote et la calibration des machines. Et de grâce, la gestion des listes de vote devrait être confiée à une entité fédérale indépendante. Mais vu le peu de confiance que les Américains, qu’ils soient de droite ou de gauche, font à leur gouvernement, c’est une réforme qui relève du fantasme.

McCain 1908
McCain, l’homme qu’il nous faut en 1908.

John McCain aura eu le mérite de se battre jusqu’au bout, justifiant au moins l’image de battant (fighter) qu’il a tenté d’imposer au cours des dernières semaines, celle du rebelle (maverick) ne suffisant plus à attirer les indépendants en ces temps d’incertitude économique. L’énergie qu’il manifeste pour motiver ses supporters dont les rangs semblent s’être amaigris ces temps-ci est admirables mais m’inquiète un peu, et à chacun de ses meetings retransmis en direct sur CNN, je m’attends à le voir péter une veine. L’ancien combattant a ma foi l’habitude d’être sur la défensive, mais personne n’aurait cru il y a seulement deux mois qu’il aurait une telle bataille à mener.

Whitesnake ? Really ? Ca doit vraisemblablement être la seule bande-son qui reste au camp McCain, les autres artistes (Bob Dylan, Sheryl Crow, John Mellencamp, Bruce Springsteen, U2, etc.) s’étant rallié à Obama et ayant interdit à la campagne de son adversaire d’utiliser leur musique. Here I go again on my own… C’est clair, John, après ce soir, tu vas à nouveau te retrouver tout seul.

No
Un couple de mariés gay à West Hollywood, lors de Halloween. Photo : Richard H. Licence Creative Commons.

En Californie, et particulièrement dans la région de San Francisco, il est une cause qui mobilise les passions plus encore que l’élection présidentielle — il faut dire que l’état est quasi-assuré de voter pour Obama. La Proposition 8, l’un des référendums citoyens sur lesquels les électeurs californiens votent aujourd’hui, vise à amender la constitution de l’état pour interdire le mariage entre deux personnes du même sexe, un droit que la Cour suprême de l’état a pourtant reconnu il y a plusieurs mois après une longue bataille juridique. La droite religieuse, appuyée et financée pêle-mêle par l’église mormone, l’archevêché catholique de San Francisco et les militants chrétiens évangélistes, a mis l’initiative sur les bulletins de vote et mené une campagne agressive, prenant pour argument la défense des valeurs familiales traditionnelles et la protection des enfants. Les opposants à la Proposition 8 sont pourtant nombreux et puissants, de Brad Pitt à Apple, qui ont chacun fait une donation généreuse à la campagne contre, mais si le « oui » l’emporte, non seulement le mariage gay sera désormais illégal, mais nul ne sait vraiment ce qu’il adviendra des unions déjà célébrées. Le cauchemar juridique pourrait se poursuivre jusqu’à la Cour suprême fédérale.

Si Obama l’emporte, le troisième grand gagnant (après Biden) sera clairement Howard Dean, qui méritera de pousser un Yeehaw! sans complexe. C’est le président du comité national du Parti démocrate qui, dès 2005, a défini une très ambitieuse stratégie reposant sur une campagne ne délaissant aucun état. Il dirigerait la reconquête des états traditionnellement démocrates étant passés du côté de Bush en 2000 et 2004, et le parti irait même mener une campagne agressive dans les bastions conservateurs du Midwest et du Sud. Et à la vue des derniers sondages, les électeurs semblent en phase de repeindre en bleu de nombreux red states. Pour ne rien dire des élections congressionnelles — les démocrates pourraient s’accorder une majorité confortable au Sénat, rendant Joe Lieberman l’un des grands perdants de cette élection, puisque sa voix d’indépendant ayant fait campagne pour McCain ne serait désormais plus indispensable à une majorité bleue (sauf s’il représente la soixantième qui pourrait empêcher une obstruction parlementaire).

Ça va sûrement déchanter un peu en Europe dans les mois qui suivent. Le nouveau président a un merdier à la dimension galactique à gérer, et les relations internationales vont sûrement en souffrir, sauf celles qui réclament une attention immédiate — Iran, Irak, Afghanistan, Pakistan et Corée du Nord. Il faudra jongler pour rassurer les banquiers chinois, les princes saoudiens, cajoler Israël et dire à Poutine et Medvedev d’y aller mollo sur les anciens états soviétiques. Et avec bientôt 10% de chômage à la maison, un Dow Jones dans les chiottes et un marché immobilier plus que déprimé, le rapprochement avec le Vieux continent attendra sûrement un moment.

Contrairement à la France, les États-Unis n’ont pas de lois interdisant la publication de sondages ou d’estimation pendant la période précédant l’élection. Ce qui signifie que ce sont les états de la côte est, notamment la Virginie, la Pennsylvanie ou l’Indiana, qui vont donner le ton, et immanquablement influencer les électeurs plus à l’ouest. Une victoire d’Obama dans ces états, annoncée plusieurs heures avant la clôture des bureaux de vote du Colorado ou du Nevada, pourrait décourager les supporters de McCain les moins optimistes, et encourager ceux d’Obama à transformer une victoire en landslide… ou l’inverse.

McCain s’est obstiné au cours des derniers jours, épaulé par sa co-listière, à répéter qu’Obama veut banquerouter l’industrie charbonnière américaine, un secteur qui a fourni un emploi assuré à plusieurs générations de Virginiens. Il s’est appuyé sur une accusation de la part de Newsbusters, un site qui s’est donné pour mission de « dénoncer la subjectivité de gauche des médias américains », selon laquelle le San Francisco Chronicle aurait caché un entretien avec Obama, où le sénateur de l’Illinois aurait fait cette remarque. Manque de pot, la phrase a été sortie de son contexte, et le candidat démocrate ne faisait qu’affirmer l’évidence, à savoir qu’une centrale fonctionnant au charbon ne pourrait pas survivre financièrement aux régulations californiennes sur la pollution. Mieux encore, l’enregistrement de l’entretien était disponible depuis janvier sur le site du Chronicle. Ça n’a pas empêché le candidat républicain et Palin de répéter leur mensonge, ce qui confirme ce que beaucoup soupçonnaient depuis quelques semaines déjà : finalement, McCain n’est pas un rebelle, mais un méchant vieux con.

Maobamarx

C’est la dernière ligne droite.

Certes, tout reste possible pendant la semaine qui reste avant l’élection générale. Une gaffe monumentale ou un scandale pourraient couler Obama à la dernière minute. Le camp du sénateur de l’Arizona compte aussi certainement sur un effet Bradley qui contredirait les derniers sondages.

HopeChangeProgress
Les posters de l’artiste Shepard Fairey ont été un énorme succès auprès des supporters d’Obama, et ont aussi donné l’occasion à ses adversaires de dénoncer et parodier une inspiration à l’héritage graphique pour le moins controversé.


Et comme on n’a plus rien à perdre côté McCain, on s’en remet à la propagande de bas étage, même si le candidat lui-même a déploré lors du dernier débat la négativité ambiante, et il y a quelques semaines a dû défendre Obama devant ses supporters les plus simplets, l’accusant pêle-mêle d’être un Arabe (« et alors ? », a dû penser Darrell Issa), un terroriste ou un ennemi des États-Unis. Mais depuis cet épisode, son agressivité a redoublé.

Accuser le camp républicain de propager des mensonges sur le sénateur de l’Illinois est facile, mais en vérité, la désinformation avait commencé lorsque Hillary Clinton et Barack Obama s’étaient retrouvés seuls en lice pour la nomination démocrate.

Des supporters de Clinton insinuèrent qu’Obama manquait de patriotisme. Le sénateur de l’Illinois ne mettait en effet pas systématiquement sa main sur son cœur lorsque l’hymne américain était joué. Il n’avait pas de drapeau américain épinglé au revers de ses vestes (un ancien combattant lui en a donné un depuis).

Il y a aussi eu les rumeurs selon lesquelles Obama était musulman. En France, ça ne fait plus vraiment peur, sauf à Madame Michu et à de vieux frontistes tendance Gollnisch. Mais aux États-Unis, depuis le 11 Septembre, accuser quelqu’un de vivre selon la parole du Coran revient à les assimiler à un groupe terroriste.

Paradoxalement, ces accusations ont sûrement rendu service au camp Obama, qui a pu contrer ces premiers coups suffisamment tôt pour en lasser les médias et une bonne partie du public.

Mais il y a toujours des naïfs, des imbéciles, des racistes ou des sous-informés (ce sont généralement les mêmes) pour croire l’une ou plusieurs de ces rumeurs, et justifier a fortiori leur adhésion inconditionnelle au candidat de la droite conservatrice.

Jusqu’à cet été, la culture ambiante de la peur, si bien analysée par Barry Glassner et polémiquement illustrée par Michael Moore, donnait à l’ancien héros de guerre McCain l’avantage. Le vieux maverick était vu par une majorité d’Américains comme le plus apte à diriger le pays face à un monde hostile, où les troupes américaines étaient déjà présentes dans deux pays, avec un ben Laden toujours en fuite, un Iran menaçant et une Corée du Nord dont le dirigeant est devenu invisible.

Mais depuis la crise financière de ces dernières semaines, c’est désormais l’économie qui préoccupe les Américains, loin devant le terrorisme, l’Irak, l’avortement, l’immigration illégale (grand absent du débat cette élection) ou le droit de porter les armes. Et lors du dernier débat, c’était le sujet central. Il avait même une illustration : Joe le plombier, un Pennsylvannien qui aborda Obama la semaine dernière pour lui demander comment son programme fiscal allait l’affecter si jamais il rachetait une entreprise du coin.

Obama, secrétaire général

Obama compte augmenter les impôts sur les entreprises réalisant un profit de plus de 250 000 dollars par an, ainsi que sur les foyers dont le revenu atteint ou dépasse cette somme. « Il faut répartir la richesse un peu partout », justifia le candidat auprès de Joe. Mais pour le plombier, cela ressemble à du « socialisme ».

Lire la suite

Un scénario du vote électoral de novembre

La L.A. Times a sur son site une carte interactive permettant, comme John King sur CNN, de créer votre propre pronostic pour l’élection présidentielle. Les votes des grands électeurs correspondant à chaque état sont ajoutés en temps réel à chaque clic, permettant de mieux apprécier l’importance d’états clé, dont les votes décideront du prochain président.

Carte
Mon pronostic. Publiez le lien vers le vôtre dans les commentaires.

Comme dans les précédentes élections, un certain nombre de swing states, dont la couleur reste à définir, seront l’enjeu du reste de la campagne. C’est là que les candidats vont passer le plus clair de leur temps, ne s’offrant pour répit que des dîners de lever de fonds dans les états où ils sont déjà populaires, ou où ils peuvent recueillir le soutien financier de mécènes.

Ci-dessous, quelques-uns des états qui vont décider du prochain président.

Lire la suite

Carla Bruni, la nouvelle Jackie O ?

C’est en tout cas l’accroche de couverture du numéro de septembre de Vanity Fair. « Ce n’est pas que j’ai eu beaucoup d’amants, c’est que je n’ai pas cherché à les cacher », cite le magazine sur une une illustrée par Annie Leibovitz, qui a photographié la Première dame de France à l’Élysée dans des tenues diverses, toutes très flatteuses et éclairant chacune l’une des facettes de la belle. L’une des photos montre Sarkozy et sa femme dans leur chambre, dans un portrait intimiste inattendu.

« Carla Bruni est une sorte d’alpha female. Elle n’a jamais été une courtisane comme Pamela Harriman [l'ancienne ambassadrice américaine à Paris], mais plutôt un Don Juan féminin », décrit Christine Ockrent, citée par Orth.

Maureen Orth croise le président dans les bureaux du palais, qui ressemble selon elle à ses caricatures d’homme toujours pressé. « Toute sa vie, Nicolas Sarkozy a montré qu’il ne peut pas supporter de vivre sans une femme forte », remarque la journaliste. Elle décrit la rencontre entre le playboy et l’ex-mannequin sous l’intertitre « Two Hunters Met » : le dîner chez Séguéla, qui joue les entremetteurs, le coup de foudre qui suit, l’idylle entre les deux prédateurs, et l’influence de sa nouvelle conquête sur le président. Plus de grosse Rolex en or, plus de jeans à l’Élysée. Et surtout, l’apprentissage du rôle de Première dame, « le métier dont Cécilia ne voulait pas ».

A terrible name

Nicolas Sarkozy vient donc de présider à la mise à l’eau du quatrième sous-marin nucléaire des forces armées françaises. Cela aidera peut-être à effacer la débâcle du porte-avions Charles-de-Gaulle.

Il y a tout de même un hic. Ce nouveau fleuron de la flotte militaire française a été baptisé « Le Terrible ».

Quel est le problème, me direz-vous ? Après tout, la tradition établie veut que nos sous-marins de type SNLE nouvelle génération soient baptisés d’un adjectif décrivant une qualité louée chez les grands guerriers : redoutable, triomphant, téméraire ou vigilant.

Terrible
Regarde un peu ce sous-marin là : il est terrible.

C’est bien simple : « terrible », en français, signifie « inspirant la terreur ». Soit. C’est ma foi plutôt approprié pour un engin qui peut délivrer à l’ennemi le feu nucléaire des profondeurs de l’océan. Dans le langage familier, l’adjectif prend aussi le sens d’« excellent », « extraordinaire », « remarquable ». Là aussi, ça inspire le respect.

Le problème, c’est qu’en anglais contemporain, terrible a un sens tout à fait différent. Si le sens originel du mot, hérité de l’ancien français, existe toujours dans l’anglais archaïque, le mot a désormais la plupart du temps une signification tout à fait contraire : extremely bad, strongly repulsive, obnoxious, notably unattractive or objectionable, of very poor quality, selon le dictionnaire Merriam-Webster.

Ce faux ami est souvent la source de nombreux malentendus dans les conversations entre Français et anglophones. Je ne compte plus les instances où un compatriote à l’anglais approximatif a décrit un film ou un restaurant comme terrible, voulant signifier exactement l’inverse.

Alors certes, on pourrait arguer qu’après tout, ce sous-marin appartient à la Marine française (de nombreux autres navires ont été ainsi baptisés), et son nom ne doit pas tenir compte des sens qu’il peut avoir dans une langue qui est, après tout, celle d’une nation avec qui nos marins ont eu plus d’une escarmouche jusqu’au XIXe siècle.

Mais il s’agit de la fierté de la France nucléaire dont on parle, là. L’engin va vraisemblablement participer à des manœuvres militaires internationales. J’imagine les communications radios entre le sous-marin français et des homologues étrangers (« Zis is ze Fwench submawine Ze Terwibel ») et les rigolades qui vont s’ensuivre de l’autre côté.

« Le Terrifiant » : ça, ça aurait eu tout autant de gueule. Maintenant, espérons que Le Terrible n’aura pas autant de problèmes techniques que le Charles-de-Gaulle, sinon les forces armées françaises seront, une fois de plus, le sujet des plaisanteries bien grasses des Américains xénophobes.

Super Mardi

Bulletin
Le bulletin de vote démocrate californien.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

C’est le grand jour, que vous votiez ou pas. Rarement une élection présidentielle américaine a-t-elle suscité autant d’intérêt à l’intérieur et à l’extérieur des États-Unis. Aujourd’hui, Super Mardi, va décider du nombre de grands électeurs pour un sacré paquet d’États, dont la Californie.

Bon, alors les résultats de notre sondage peu scientifique ont donné une large préférence à Obama, suivi d’Hillary, qui recueille environ trois fois moins de votes. Ron Paul a récupéré deux votes, et Huckabee un. Les supporters d’Edwards, dont le discours très populiste et centré sur la lutte contre la pauvreté semblent séduire ceux qui en France appartiennent à la gauche traditionnelle, se sont pour la plupart reporté sur Obama, qui séduit sûrement chez les Français les couches jeunes et supérieures qu’il a conquise chez les Américains démocrates et chez certains indépendants. Clinton, plus au centre, capture vraisemblablement pas mal du vote féminin, ainsi que les pragmatiques qui la voient comme le candidat démocrate ayant le plus d’expérience. Les votes pour Ron Paul, ma foi, proviennent peut-être d’« ultralibéraux » qui aiment son discours libertarien. Le vote pour Huckabee… là, j’avoue ne pas être sûr…

Touche pas à mon parc

Arnold ne plaisante pas avec les coupes budgétaires. En bon fiscal conservative, le gouverneur a annoncé le 10 janvier dernier une série de mesures visant à réduire le déficit de l’État. Il a demandé à ses hauts fonctionnaires des mesures visant à réduire leurs dépenses de 10%. Les dents grincent, surtout du côté des écoles, qui risquent de se voir imposer un resserrement de ceinture de l’ordre de 5 milliards de dollars.

Le problème, évidemment, c’est que personne ne veut jamais être la victime d’une coupe budgétaire, même ceux qui prônent normalement la « responsabilité fiscale », une expression qui aux États-Unis désigne une politique de dépense conservatrice, à des années-lumières de celle du gouvernement fédéral actuel, par exemple.

Parcs californiens
Carte des parcs et monuments californiens visés par la coupe budgétaire et dont la clôture au public est proposée. Grand format et version PDF.

Parmi les programmes visés, les parcs gérés par l’État : 49 fermetures au public sont proposés par Sacramento, visant à réduire les frais de l’administration.

Dans la région immédiate de San Francisco, le parc de Portola Redwoods et l’aire récréative de Candlestick Point figurent dans cette liste. Moins touristiques que d’autres parcs d’État, ils ont cependant leurs fidèles, notamment respectivement parmi les randonneurs et les ornithologues. Dans le reste de l’État, de nombreux parc côtiers et plages sont également concernés, ainsi que beaucoup de parcs et monuments historiques.

Parc de Clear Lake
Le parc d’État de Clear Lake, connu pour ses plages et ses bois peuplés de dindes et de chevreuils, figure parmi les parcs visés par la coupe budgétaire.

Dans mon comté adoptif, Lake, il n’existe que deux parcs gérés par l’État (celui de Robert Louis Stevenson déborde légèrement sur Lake, mais se trouve pour le plus gros dans le comté de Napa). Et manque de chance, les deux sont sur la liste : Clear Lake State Park, sur la rive sud du lac, accueillant notamment campeurs et amateurs de bateau, et Anderson Marsh State Historic Park, au sud-est, un sanctuaire marécageux et un site archéologique des ancêtres des Indiens Pomo de la région qui héberge aussi un festival annuel de bluegrass.

Pour le comté, c’est une très mauvaise nouvelle. Car Lake, déjà lourdement handicapé par un taux de chômage et de pauvreté bien au-dessus de la moyenne californienne, n’a pas vraiment besoin de ça. Le parc de Clear Lake, notamment, est la destination touristique principale de la région. Le comté a certes d’autres choses à offrir, comme ses quelque vingt-deux domaines viticoles, mais les voisins de Napa et Sonoma, plus chers mais plus faciles d’accès, ont déjà le quasi-monopole de l’œnotourisme. Le lac continuera à attirer les pêcheurs et les wakeboarders, mais la fermeture des deux parcs d’État, les plus grands dans la région, va indubitablement fragiliser l’économie locale, et créer davantage de manque à gagner que d’économies (fermer le parc n’économiserait qu’environ 333 000 dollars par an).

Le chapitre local du Sierra Club, soutenu par les chambres de commerce locales — une alliance peu commune — proteste vivement contre ces mesures annoncées. Une pétition est disponible au format PDF, qu’il vous suffit d’envoyer par la poste à l’adresse indiquée une fois signée.

J’encourage aussi vivement à écrire ou faxer directement au gouverneur à l’adresse suivante :

Governor Arnold Schwarzenegger
State Capitol Building
Sacramento, CA 95814

Fax: 916-558-3160