Suit Case

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La solitude du passager sans bagages.
Photo : Locator. Licence Creative Commons.

Ça n’est pas nouveau si vous suivez ce blog : je suis un peu parano. J’envisage toujours le pire, y compris — surtout — quand je voyage. Alors quand je dois faire ma valise pour quinze jours, avec à la clé un mariage en Floride et un autre en Espagne, je minimise les risques.

Les compagnies aériennes se serrent la ceinture. Cela veut dire qu’elles économisent partout, et désormais font souvent payer pour des services jusqu’ici inclus dans le billet d’avion. La manipulation des bagages à l’aéroport est confiée généralement à un groupe d’employés syndiqués ou une entreprise tierce. Si une compagnie ne paye pas ses factures ou néglige les bonnes relations avec les représentants des bagagistes, la qualité du service peut en souffrir. Ajoutez à ça les inspections de la TSA et/ou des douanes ainsi que l’incompétence de certaines compagnies, et il y a de quoi être nerveux lorsqu’on fait ses valises.

La responsabilité des compagnies aériennes et les droits des voyageurs en la matière sont définis par la convention de Montréal, signée en 1999 par les états membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale, ou ICAO. Le texte, qui amende la convention de Varsovie, fixe à 1000 droits de tirage spéciaux le montant maximum qu’une compagnie peut verser en dédommagement pour chaque bagage perdu, doit environ 1600 dollars US au cours actuel (le cours du DTS change quotidiennement et est fixé par le FMI). La convention de Varsovie fixe le dédommagement à environ 20 dollars par kilo de bagage. Mais vu que le poids des valises enregistrées est généralement limité à 23 kilos pièce, et que les compagnies ne remboursent pas argent liquide ou autres instruments financiers, appareils électroniques, bijoux, ordinateurs ni équipement sportif, même ceux qui peuvent présenter les factures correspondant à leurs biens perdus éligibles y perdent, car les compagnies aériennes sous-estiment systématiquement la valeur des possessions égarées en faisant jouer la dépréciation.

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Les bagages deviennent payants chez American Airlines

valises
Le premier bagage coûtera désormais 15 dollars sur les vols American Airlines. Photo : Roger Lynn. Licence Creative Commons.

Il fallait s’y attendre. Entre l’explosion du cours du barril de pétrole, des consommateurs qui voyagent moins et une concurrence plus féroce que jamais, les compagnies aériennes économisent là où elles peuvent, et font désormais payer des services jusqu’ici inclus dans le prix du billet, comme les repas ou la deuxième valise. Mais American Airlines, luttant désespérément pour rester à flots (et en prise à une négociation difficile avec le syndicat de bagagistes), vient de prendre une mesure inédite : à partir du 15 juin, les passagers de la compagnie aérienne devront payer 15 dollars pour chaque bagage enregistré. Les privilégiés voyageant en première ou classe affaires seront bien sûr exemptés de cette taxe.

Va-t-on voir d’autres compagnies suivre cet exemple ? À l’heure actuelle, Air France, British Airways, Delta, United autorisent deux bagages enregistrés sur les vols internationaux. Continental a revu son règlement le mois dernier et continue à autoriser deux bagages en soute sans surcharge pour l’Europe, le Moyen Orient, la République dominicaine, le Brésil et l’Asie, mais a restreint à un seul bagage les passagers de et vers le reste de l’Amérique latine.

Sur les vols domestiques, le second bagage en soute coûte 25 dollars chez United (Canada inclus), Continental (Canada inclus) et Delta. Southwest continue à autoriser deux bagages sans surcharge sur tous ses vols. Mais à partir du 1er juin, JetBlue, qui jusqu’ici autorisait gratuitement deux bagages en soute par passager, n’en permettra plus qu’un. Le deuxième coûtera désormais 20 dollars après cette date.

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Survivre un road trip

Les habitants de la région de la Baie — et de nombreux Américains dans le reste du pays — suivirent avec attention en 2006 la tragédie qui frappa la famille Kim, piégée dans l’Oregon pendant 9 jours dans la boue, la neige et le froid, et qui coûta la vie à un père de deux enfants.

Cet épisode rappelle à quel point l’ouest des États-Unis reste pour sa majorité un pays sauvage, souvent désertique, qu’on ne doit pas prendre à la légère. Un mauvais tournant dans de mauvaises conditions météorologiques peut se révéler être fatal pour le conducteur mal préparé.

Ayant vécu dans le sud-ouest américain dans les années 80 et désormais installé dans un coin un peu paumé du nord de la Californie, je peux attester que l’art du road trip (en voiture ou à moto) peut signifier nombre de détours involontaires par des patelins où le chiffre de l’altitude surpasse celui de la population par plusieurs multiples, d’embourbages, d’enneigements ou d’ensablages évités de justesse, sans mentionner une panne sèche embarrassante, heureusement à seulement un demi-kilomètre d’une station d’essence dans la Californie centrale. Légèrement parano de nature, j’ai désormais embarqué dans la voiture un petit sac à dos de survie, histoire de parer au pire.

Voici donc dix conseils de base à suivre avant de partir pour un long voyage en voiture, ou dans un coin que vous connaissez peu ou pas du tout. Si vous êtes un vétéran des road trips, donnez-nous vos tuyaux.

Dix conseils pour survivre un road trip »

Sondage : que voulez-vous lire ?

Il y a quelques semaines, j’avais mis en ligne un article sur l’inscription à la Social Security, étape indispensable à l’installation d’un expatrié aux États-Unis (merci au Piou et à ceux qui y ont contribué par leurs conseils).

Il y a évidemment pas mal d’autres sujets possibles pour une suite, alors à vous ne me dire ce qui vous semble le plus utile ou le plus judicieux (vous pouvez aussi proposer vos idées).

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Ex Libris

Admettons-le : à tort ou à raison, les États-Unis sont un pays que les Français associent rarement à l’idée de promotion de la culture générale.

Pourtant, il est un domaine fondamental où la France peut prendre une leçon de la part de la patrie de Melvil Dewey : celui des bibliothèques publiques. Bien que victimes de coupes budgétaires sévères au cours des dernières années, les bibliothèques gérées par les municipalités et les comtés (et les quelques-unes dépendant directement des États ou du gouvernement fédéral, dont la plus grande du monde, celle du Congrès) constituent une richesse remarquablement supérieure lorsqu’on les compare à leurs homologues françaises. Il est vrai que le concept de bibliothèque publique est une invention anglo-saxonne. Mais les Américains, qui n’ont pourtant pas de ministère de la Culture, ont des gouvernements subventionnant un large réseau de bibliothèques, souvent appuyées par les dons généreux de quelques mécènes locaux.

Chaque comté ou grande ville possède généralement au moins plusieurs bibliothèques publiques. Elles sont souvent ouvertes tard au moins deux jours par semaine, et possèdent pour la plupart une collection au moins basique d’ouvrages de référence et de périodiques. En Californie, la quasi-majorité d’entre elles sont informatisées, et leur catalogue est souvent accessible directement en ligne. Certaines sont fédérées dans le cadre d’un ou plusieurs comtés, partageant leur catalogue et leur système de prêt. Outre des livres et des périodiques, elles possèdent la plupart du temps des collections de disques, de films et de livres audio en accès gratuit. Il est curieux en passant que l’industrie du disque ne se soit jamais scandalisée du prêt de CD, malgré le risque de piratage qu’il représente.

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La bibliothèque publique de San Francisco, un repaire populaire chez les SDF de la ville.
Photo : vasta. Licence Creative Commons.

Dans la région de San Francisco, les bibliothèques publiques de la Péninsule sont rassemblées au sein du Peninsula Library System. Celles des comtés de Napa et Solano partagent leur catalogue via SNAPWeb, et celles de Sonoma, Mendocino et Lake ont mis leur fonds en commun.

La bibliothèque de Menlo Park me permit ainsi non seulement d’emprunter de nombreux bouquins, mais aussi des DVD et CD audios. Le choix est moins grand que sur Netflix, mais c’est gratuit et immédiat.

La politique en matière de prêt diffère selon les établissements. Les bibliothèques de la Péninsule sont ouvertes à tous, mais le prêt extérieur n’est possible qu’aux résidents de la région. Celles de San Francisco, de Marin, de Sonoma ou de Napa, en revanche, permettent à n’importe qui d’obtenir une carte et de faire un prêt. Celles qui partagent leur catalogue permettent en général les prêts inter-bibliothèque. J’ai ainsi récemment pu demander à la modeste bibliothèque de Lakeport la livraison d’un ouvrage que seule détenait celle de Santa Rosa (j’ai été prévenu de l’arrivée du livre par email). J’ai également pu emprunter avec ma carte du comté de Lake deux livres à la bibliothèque régionale de Cloverdale, dans le comté de Sonoma, que je pourrai rapporter à celle de Lakeport, qui se chargera de leur rapatriement.

Le nombre d’ouvrages ou articles pouvant être empruntés diffère également selon les bibliothèques. Celle de San Francisco autorise jusqu’à 50 livres à la fois. Celle de Napa seulement 15. La durée des prêts varie aussi, de trois à quatre semaines en général pour les livres (souvent renouvelables), et d’une à deux semaines pour les DVD ou CD.

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La bibliothèque municipale de Boston, la plus grande et la plus vieille du pays. Photo : Daniel Schwen. Licence Creative Commons.

Ajoutez à cela les bibliothèques de la plupart des universités dites publiques, ainsi que de celles de nombreuses universités privées, qui sont souvent ouvertes à l’ensemble du public, et généralement en accès direct (le prêt est y cependant restreint aux étudiants et à la faculté, mais certaines permettent l’emprunt d’ouvrages aux visiteurs détenant une carte, souvent payante).

Pour ceux qui recherchent du contenu francophone, il y a aussi la bibliothèque de l’Alliance française de San Francisco, ouverte à tous (le prêt n’est cependant ouvert qu’aux membres, moyennant donc un minimum de 50 dollars par an).

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Expressions du vieux Ouest

Le vocabulaire américain est riche d’idiomes dont l’origine remonte à l’époque du Wild West, à commencer par le mot dude, un californianisme désignant à l’origine un citadin venant passer des vacances dans un ranch de l’ouest. Nombre de ces expressions sont utilisées couramment, mais étant rarement enseignées aux étudiants de la langue, elles peuvent être un rien déroutantes pour le nouvel arrivé. En voici quelques-unes.

Be off the reservation
Littéralement : (pour un Indien) être en dehors de sa réserve. Dans le langage courant : être un peu dérangé, ou avoir un accès de folie. On dit parfois aussi going off the reservation. Les Amérindiens, cantonnés par le gouvernement américain à une réserve, étaient souvent réticents à quitter le territoire, de peur de représailles ou ne voulant pas se mêler à la société de l’Homme blanc. S’aventurer en dehors des terres indiennes équivalait souvent à un acte de folie.

Rodeo
Sur le point de goûter la poussière.
Photo : saracino. Licence Creative Commons.

Biting the dust
Littéralement : mordre la poussière. Dans le langage courant : pareil. L’expression est née de la pratique du rodéo, où elle a de nombreux équivalents.

Circling the wagons
Littéralement : former un cercle avec les wagons d’une caravane pour se protéger contre une attaque éventuelle. Dans le langage courant : resserrer les rangs pour faire face à l’adversité.

Gone south
Littéralement : parti au sud, en fait une métaphore pour la mort. Dans le langage courant : mort, hors service, irrécupérable. Les Amérindiens avaient de nombreuses expressions poétiques pour désigner la mort, en fait un voyage vers l’au-delà. Going south était l’une d’entre elle.

Falling off the wagon
Littéralement : tomber du chariot. Dans le langage courant : se remettre à boire (ou par extension retomber dans la dépendance d’une drogue) après une période de sobriété ou de désintoxication.

Gold digger
Littéralement : un chercheur d’or. Dans le langage courant : une femme intéressée. Ceux qui travaillaient dans une dotcom du temps de la Bulle se rappellent ces jeunes femmes qui, juste après s’être présentées lors d’une rencontre au comptoir d’un bar de Palo Alto n’hésitaient pas à poser la question au prétendant éventuel : « Et tu travailles où ? » Certaines d’entre elles pouvaient réciter les cours du jour des actions Yahoo! ou eBay, et jauger d’un coup d’œil la valeur du portefeuille des hommes qu’elles croisaient. Des ingénieurs informaticiens sachant à peine lacer leurs chaussures mais ayant intégré les rangs de startups pré-IPO ont pu ainsi s’offrir de jolies femmes qui n’auraient autrement jamais posé leur regard sur ces geeks socialement ineptes.

Gunslinger
Accueil chaleureux en perspective.
Photo : eb78. Licence Creative Commons.

Gun shy
Littéralement : avoir peur d’utiliser son arme. Dans le langage courant : être réticent ou hésitant à faire quelque chose après une mauvaise expérience ou un échec.

Hired gun
Littéralement : un mercenaire. Dans le langage courant : un consultant. Bon, je déconne. Mais pas vraiment. Hired gun est une expression souvent utilisée dans les affaires pour désigner une personne extérieure à l’organisation qui est engagée pour étudier, faire respecter ou appliquer la stratégie de son employeur. Dans le même champ sémantique, gunning for someone (ou something) signifie aller au combat pour le compte de quelqu’un ou au nom de quelque chose, ou être à la solde de quelqu’un ou d’une cause.

Hitting paydirt
Littéralement : trouver de l’or. Dans le language courant : mettre dans le mille, faire une opération lucrative.

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Premiers pas en Californie : un guide (1ère partie)

Ludovic, un jeune Français qui est sur le point de s’expatrier à L.A. (on s’était brièvement rencontré il y a quelques mois lorsqu’il prospectait à SF), me contactait récemment via Skype pour me demander quelles démarches pratiques il aurait à faire dès son arrivée. Sa question me rappela que c’est exactement le genre de chose que je m’étais promis de faire lorsque j’avais enregistré siliconvalleyfrogs.com (d’où le pluriel du domaine), mais, distrait par le boulot et les Californiennes, je ne m’y étais jamais vraiment collé sérieusement. Je vais tenter, avec quelques années de retard, de remédier à cette négligence, en vous demandant, chers lecteurs déjà expatriés ici, de me corriger ou d’amender ces quelques conseils dans les commentaires ou dans le forum.

Voici donc le premier article d’une série destinée aux futurs expatriés. Celui-ci n’est pas spécifique à la Californie, et reste pertinent pour quiconque émigre vers les États-Unis, quelle que soit sa destination.

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Je reste un pneu français

Pardonnez-moi ce calembour bien gras, sans doute induit par la fatigue du vendredi et la consommation abusive de Downtown Brown, une excellente ale brune d’Eureka que j’affectionne particulièrement. Aujourd’hui, j’ai investi dans le pneumatique français : je suis le fier propriétaire d’un Zodiac d’occasion, un Zoom 310 made in France, s’il-vous-plaît, et je vais prendre livraison et faire installer de nouveaux pneus sur la Jeep, quatre Michelin CrossTerrain, comme les précédents.

Zodiac
Prochaine étape : apprendre à nager.

Alors certes, mon patriotisme consumériste a ses limites. Mon ordinateur m’a ainsi conduit à commander aujourd’hui, sans que je puisse me défendre, un Garmin GPSMap 76CSx (le même sur Amazon.fr), un module portable GPS étanche conçu par une société sino-américaine dont la holding est incorporée aux îles Caïmans. Je sais, j’aurais pu choisir un appareil du Français Magellan à la place, mais j’ai déjà un Garmin dans la voiture dont je suis très content. Et j’ai commandé mes pneus chez le démoniaque Wal-Mart, le géant de la distribution, le croqueur de petits commerces, l’exploiteur de smicards qui innonde le monde entier de produits fabriqués en Chine par des orphelins cancéreux (cela dit, qu’on ne me fasse pas croire que Carrefour ne fait pas la même chose là où ils peuvent). Bah oui, j’aurais bien voulu acheter les nouvelles chaussures de la Jeep chez un distributeur du coin, mais il m’aurait fallu débourser 100 dollars de plus, et ma charité pécuniaire a ses limites. Autre petite infidélité : le Zodiac est déjà équipé d’un moteur Nissan, mais bon, vu que Renault contrôle le groupe japonais, je ne culpabilise pas trop (il n’existe pas de constructeurs français de moteurs marins à ma connaissance de toutes façons).

Voilà, j’ai fait suffisamment de brand-dropping pour le reste de la semaine.

Immobilisme immobilier

U-Haul in Albany, NY

Photo : tomefran. Tous droits réservés.

Belle démonstration de l’abîme qui sépare les cultures française et américaine : dans le courrier des lecteurs de Télérama, cité dans la revue de presse de France Inter ce mercredi, une Evelyne raille les déclarations du locataire de l’Élysée, où elle voit une contradiction évidente. « Président Sarko dit : « je veux que les Français, même les plus modestes, deviennent propriétaires de leur habitation ». Bon. Puis, plus tard, à propos de l’emploi, devant le MEDEF; président Sarko dit : « Il faut encourager la mobilité géographique ». Pourquoi pas ? Mais alors les Français devront s’acheter des caravanes. »

Les Français, en effet, n’achètent pour la plupart qu’une seule résidence principale au cours de leur vie. Les Américains, en revanche, achètent dès qu’ils en ont les moyens (ou même s’il ne les ont pas, comme en atteste la crise du marché du crédit, étranglé par le segment des hypothèques à risque), qu’il revendent si une opportunité se présente ailleurs, même s’ils sont très loin d’avoir entièrement remboursé leur prêt. En Silicon Valley, il n’est pas rare de croiser des couples trentenaires qui en sont déjà à leur troisième maison, sans pour autant avoir changé de comté. Le cycle traditionnel est le suivant : on achète une première maison (starter home), généralement modeste, puis les enfants arrivent, et on revend pour acheter plus grand, et ainsi de suite jusqu’à la retraite, où on revend pour une résidence moins spacieuse mais confortable, et le surplus (s’il existe) va à l’acquisition d’une résidence secondaire en Floride ou au Costa Rica, bateau de pêche facultatif.

Alors certes, le marché immobilier a considérablement ralenti aux États-Unis (souvent très sévèrement dans des coins de Floride, du Nevada ou de l’Arizona, ou l’inventaire de propriétés en vente a atteint des proportions déraisonnables), handicapant particulièrement la mobilité géographique des propriétaires de classes modestes ou moyennes qui ont acheté leur maison au cours des dernières années (le taux de revente est actuellement à son plus bas depuis 5 ans). Malgré tout, la fiscalité immobilière est souvent un peu plus avantageuse de ce côté-ci de l’Atlantique.

Voilà pourquoi il est curieux, vu d’ici, de voir une contradiction entre davantage de propriétaires et une plus grande mobilité géographique.

Tranches de vie

Il est un sujet de plaisanterie (et souvent de dispute conjugale) perpétuel chez les banlieusards américains : l’état de leur garage. Car même si la plupart des maisons américaines contemporaines sont construites pour accomoder deux véhicules (avec porte menant directement à la cuisine, pragmatisme consumériste oblige), le garage se retrouve bien souvent progressivement envahi de bric-à-brac interdisant à terme son utilisation comme lieu de stationnement. À la place s’y entassent skis et planches à voile, cartons de vêtements qu’on ne se décide pas à jeter, meubles superflus mais dont l’utilité pourrait surgir au prochain déménagement, outils et appareils divers, rouleaux de papier-toilette achetés à la tonne chez Costco, et plein d’autres saloperies qui donnent à la pièce des airs de boutique Emmaüs où rien n’est jamais vendu. Du coup, les véhicules familiaux se retrouvent relégués à l’allée de garage ou à la rue, comme punis par leur propriétaire bordélique.

Les Américains détiennent le record mondial du matérialisme. Ils possèdent plus de stuff et produisent plus de déchets par habitant que n’importe quel autre peuple sur la planète. Il faut dire que tout est plus grand ici, des voitures aux réfrigérateurs. Et c’est LA société consumériste par excellence, où l’on peut acheter un service de fourchettes à huîtres sur QVC à 3 heures du matin si l’envie vous prend. L’obsession de la possession est compulsive chez certains, étiquetés pack rats ou hoarders, qui transforment leur domicile en caverne d’Ali-Baba (quelques photos d’un cas sérieux). Je connais ainsi une ex qui m’interdit, tout au long de notre liaison, de pénétrer dans son appartement, de peur de me voir partir en courant à la vue du merdier qui envahissait chaque pièce de son domicile — ironie du sort, elle travaillait à l’époque pour eBay, mais elle négligea apparemment de mettre à contribution les services de son employeur pour se débarrasser de son bric-à-brac.

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