Poseurs

Hier soir, le Late Night Show with David Letterman s’est conclu, comme souvent, par un invité musical. Letterman, fraichement marié, présente le groupe, White Lies, comme une formation britannique, a popular rock band, exhibant la pochette de leur premier album (grand format, en vinyle, c’est plus visible, et surtout, plus classe et plus crédible). Je sais, je sais, vous les avez peut-être déjà entendus, surtout vous qui êtes de l’autre côté de l’Atlantique, où l’album est sorti il y a déjà quelques mois. Mais c’était une première pour moi. Et leur première apparence télévisée en Amérique du Nord pour eux.

Et les petits jeunes, tout de noir habillés, d’entonner leur air. Une ligne de basse régulière et hypnotique, des percussions émulant une boîte à rythmes, et le chanteur-guitariste suce le micro, assénant des paroles qui suggèrent à l’objet de son affection de vieillir et mourir ensemble. Un petit maigrichon pianote sur un synthé Yamaha un air plaintif digne d’un Moog Source. La scène est décorée de roses rouges, et, au milieu du bridge des guitares, des pétales commencent à tourbillonner autour d’eux.

« You gotta be shitting me », murmure-je de mon lit. Ces petits cons à l’inspiration post-punk-new wave jusque dans la garde-robe me donnent envie d’aller évangéliser leurs fans, sans doute des lycéens pubères un rien rebelles s’habillant en corbeaux, et, comme un vieux con, de leur faire écouter la voix solemnelle de Ian Curtis, le Movement de New Order, la Pornography de The Cure (bien avant que Robert Smith ne ressemble à une vieille tante bouffie), la discographie des Smiths avant que Morrissey ne renonce au suicide, les deux premiers albums de Sisters of Mercy — et puis je me prends à espérer que les fans de ce groupe connaissent peut-être leurs classiques aussi bien que moi, après tout.

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Musique : Kenna, Make Sure They See My Face

11i
Make Sure They See My Face
Kenna.
Star Trak.
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Kenna est un ovni musical qu’il est difficile de classer dans un genre particulier. La preuve : Les Inrocks l’étiquettent « hip-hop », et iTunes le catégorise « Alternative ». Kenna en est conscient, et il s’en fout. Né en Éthiopie et ayant grandi à Virginia Beach, c’est un enfant du rock, qui eut son épiphanie musicale en écoutant The Joshua Tree de U2 (un voisin, dégoûté après que Kenna se vanta auprès de lui d’avoir revendu des tickets de concert du groupe irlandais avec un énorme bénéfice, lui fila la cassette de l’album, histoire de lui montrer l’étendue de son blasphème).

Son premier album New Sacred Cow (iTunes US/Canada), qui dût être récupéré par Columbia après avoir été largué par le label d’origine, Interscope (avec lequel signa à l’origine Kenna grâce à Fred Durst), reçut en 2003 un accueil pour le moins mitigé du fait de sa difficulté à trouver son public.

J’avais trouvé ce CD parmi les copies promotionnelles envoyées par les labels, et la première écoute me laissa sur le cul. J’étais incapable de classer le type, mais je n’arrivais pas à m’empêcher de le rejouer sur mon iPod, notamment le superbe « War in Me ». La production polie du disque, signée Chad Hugo (oui, celui-là), un pote d’adolescence de Kenna, en dérouta bien d’autres. Qui était ce type, dont le son flirtait avec la bande FM sans pour autant permettre son marketing dans une niche donnée ? Son album était une mosaïque curieuse de synth-trip-pop, rappelant tantôt Depeche Mode ou Duran Duran, tantôt Radiohead ou les productions de James Lavelle, le tout mâtiné de hip-hop. Le genre de disque dont vous prêtez une copie à un pote emo qui y devient accro en deux écoutes, et qui, deux mois plus tard, vous fait : « Putain j’en reviens pas, je viens d’apprendre que Kenna est noir ! » L’étrange dossier Kenna est même le sujet de tout un chapitre dans le livre best-seller de Malcolm Gladwell, Blink (audio sur iTunes), qui y analyse la stratégie souvent foireuse des maisons de disque, promptes à jeter les artistes qui ne rentrent pas dans le moule. Malgré un remix de « Sunday After You » et une vidéo populaire sur MTV2, l’album fut un plantage spectaculaire. Les salauds, ils avaient failli tuer Kenna.

Kenna
L’énigmatique Kenna en concert.
Photo : vsqz. Licence Creative Commons.

Cette fois-ci, Kenna et ses potes Chad et Pharrell (qui ont produit le disque sur leur label Star Trak) sont bien résolus à voir l’album recevoir le respect qu’il mérite, d’où son titre. Mais Make Sure They See My Face est aussi un disque qui revendique une identité — ou s’agit-il de plusieurs ? Kenna assume ses influences diverses, qui ont clairement leurs racines dans le rock des années 80 — ça tombe bien, le revival de la new wave et de la synth pop bat son plein. Sacred Cow était peut-être arrivé deux ou trois années trop tôt.

Comme le premier opus de Kenna, Make Sure… a la finition soignée des productions Neptunes habituelles, donnant aux morceaux les plus pop des airs de tubes en puissance, notamment les deux pistes produites par Pharell Williams, « Loose Wires » et le single « Say Goodbye to Love ». Le premier est un curieux mélange où on retrouve l’influence des Talking Heads, si ce n’est pour son refrain, un exercice de synth pop bien rétro sur lequel Kenna fait un numéro de rap old school. L’influence du David Byrne de la fin des années 80 est également très palpable sur le second, dont la vidéo a été réalisée par le très en vue Hype Williams (iTunes US/Canada, iTunes France).

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Musique : Supreme Beings of Leisure, 11i

11i
11i
Supreme Beings of Leisure.
Rykodisc.
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Le premier album des Supreme Beings of Leisure, arrivé dans les bacs en 2000, avait des airs de bande originale d’un film de James Bond, avec des morceaux dont certains titres étaient des références à peine masquées à des romans de Ian Fleming : le très ludique « Golddigger », l’ultra-dansant « Strangelove Addiction » ou le quasi-parodique « Under the Gun ». Glamour et loungy, l’album éponyme (iTunes US & Canada) commençait par des pistes oscillant nonchalamment entre trip-hop et drum’n'bass (« Never the Same », « Ain’t Got Nothin »), puis alternait clins d’œil à la pop synth des années 80 (« Always the Sun »), les touches d’électro orientale (« Sublime ») et des morceaux trip-hop plus sombres (« Nothin’ Like Tomorrow », « Last Girl on Earth »). Avec leur production hyper-léchée et leur orchestration luxuriante, le groupe, centré autour de la chanteuse Geri Soriano-Lightwood, le producteur-compositeur Kiran Shahani, le compositeur-bassiste Ramin Sakurai et le guitariste Rick Torres, pouvait passer pour une version yuppifiée cosmopolite des Portishead de Bristol. L’album se vendit à plus d’un quart de million d’exemplaires, sans tournée ni promotion internationale.

Le deuxième effort des Supreme Beings, Divine Operating System (iTunes US & Canada, iTunes Europe), arriva deux ans plus tard, et cultivait sans honte une ambiance résolument disco-paillettes (« Give Up », « Divine »), avec toujours quelques pistes trip-hoppantes comme « So Much More » ou « Freezer », rappelant les ambiances douces-amères de Massive Attack, tandis que d’autres suggéraient les décollages rétro-exotiques façon Fantastic Plastic Machine.

Entretemps, Kiran Shahani, l’un des producteurs-compositeurs à l’origine du premier album, avait quitté le groupe pour s’associer à la chanteuse-remixeuse Shana Halligan et fonder Bitter:Sweet, qui sortit chez Quango en 2006 The Mating Game, et l’année dernière une collection de remixes, The Remix Game.

11i est le troisième opus des Supreme Beings of Leisure, dont le noyau consiste désormais de Soriano-Lightwood et Sakurai. Ils s’y sont néanmoins associé les services du guitariste Geoff Bradin, de la platine de DJ Swamp et du batteur Jason Graham. Le résultat est à la hauteur des six ans d’attente.

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Concert : Seu Jorge et Aimee Mann

Le festival de Stern Grove, qui offre chaque été aux San-Franciscains des concerts en plein air gratuits, a débuté hier avec Seu Jorge et Aimee Mann dans le parc situé au sud du Sunset District. Les organisateurs attendaient pas moins de 10 000 visiteurs, et dès midi, l’amphithéâtre était bondé (le concert devait débuter à 14h30). Ça s’est donc entassé dans la nature, sous les eucalyptus et derrière les buissons, pour pouvoir écouter les deux auteurs-interprètes. Bien qu’Aimee Mann eut été en tête d’affiche, c’est certainement Seu Jorge qui a déplacé le plus de fans, facilement reconnaissables pour la plupart par leurs maillots de football jaunes et verts, encore tout excités de la victoire du Brésil face à l’Australie.
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Concert : Camille

Camille à Bimbo's

La jolie et impertinente Camille, sensation ovniesque de la nouvelle scène de la chanson française, était hier soir à Bimbo’s, où l’année dernière ses compères de Nouvelle Vague avaient déjà enchanté l’audience san-franciscaine — le collectif a d’ailleurs sorti hier un nouvel album, Bande à part (iTunes).
Devant une audience composée pour un bon cinquième de la communauté française de la Baie, Camille, accompagnée de seulement deux musiciens, a présenté un set inspiré de versions inédites de son second album Le Fil (iTunes, Amazon.com), mais aussi quelques titres plus anciens, comme « 1, 2, 3 » ou « Le sac des filles ». Elle était particulièrement attendue pour cette première série de concerts en solo outre-Atlantique, coïncidant avec la sortie de son album sur le marché américain.
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Musique : Imogen, Mike, Camille, Bowie et les autres

Une petite sélection de disques pour la fin d’année, à offrir ou à s’offrir…

Imogen Heap, Speak for Yourself
Speak for Yourself
Si vous êtes passé à côté du premier album de cette gracieuse Anglaise, I Megaphone, sorti discrètement en 1998, vous n’avez pas d’excuse pour ne pas tendre l’oreille à son deuxième opus, Speak for Yourself, un effort solo que la critique comme les fans ont immédiatement salué. Le faussement minimaliste et incroyablement harmonieux « Hide and Seek », utilisé à la fin de la deuxième saison de la série « The O.C. » (diffusée en France sous le titre de « Newport Beach »), en fit un tube immédiat de ce côté-ci de l’Atlantique, adopté à la fois par les emo kids, les fans d’électro-pop et les Gen-Xers nostalgiques de Kate Bush.
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Podcast Expo : lancement non-officiel en musique

C.C. Chapman a travaillé dur pour célébrer le lancement de la Portable Media Expo. Hier soir, deux stars du Podsafe Music Network, Chance (lien iTunes US, lien iTunes France) et Brother Love (lien iTunes US, lien iTunes France), ont donné un concert acoustique au Marriott de l’aéroport d’Ontario, en Californie, où s’est ouverte l’expo ce matin. Adam Curry, Chris Rockwell et même Madge Weinstein étaient de la partie.

La Chance aux chansons
Brother Love : There She Goes
Adam, C.C. & Cie
Chillin'

Plus de photos ici.

Nouvelle Vague : quand la nostalgie déferle

Nouvelle Vague
Collin et Libaux ont invité sur l’album Nouvelle Vague huit chanteuses prometteuses.

« Bossa nova », en portugais, signifie « nouvelle vague », tout comme l’anglais « new wave ». Marc Collin et Olivier Libaux ont eu l’idée de rendre hommage aux morceaux-phares de l’école britannique des années post-punk en les mettant à la sauce latino-caribéenne. Il faut entendre la reprise de « Love Will Tear Us Apart », le classique de Joy Division, pour apprécier le coup de génie musical et culturel derrière la prouesse de ces deux compositeurs-producteurs.
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