Aventures apicoles

C’est ma deuxième année en tant qu’apiculteur amateur. L’année dernière se solda mal. Mes deux essaims disparurent. L’un commença à diminuer dès le début de l’automne, et les abeilles disparurent mystérieusement, sans laisser de traces, laissant même derrière elles une réserve de miel. Les conditions de leur disparition furent semblables à celles décrites par d’autres apiculteurs, et désormais désignées comme le Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles (Colony collapse disorder, en anglais).

L’autre essaim semblait suivre la même voie, sans trace de maladie ni d’infestation. J’avais beau le nourrir régulièrement de sirop de sucre, les abeilles n’y touchaient qu’à peine, et la population s’amenuisait à vue d’œil. Et un jour de novembre, la neige eut raison des insectes restants. Le coup de froid arriva subitement, alors même que je me préparai à envelopper la ruche pour la protéger contre le froid, et aménager une entrée en hauteur. J’arrivai trop tard.

Cages
Prise de livraison des essaims à Santa Rosa.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Cette année, je m’y prendrai différemment. J’ai installé au début du mois quatre essaims de deux kilos avec leur reine. Toujours dans la région de Red Hills, dans mon comté de Lake. Les ruches sont au même endroit, à une altitude d’environ 900 mètres, orientées vers le sud, face à un vignoble cultivé biologiquement, à seulement cent mètres d’une mare. Les nuits y sont fraiches, l’une des raisons pour laquelle les Red Hills sont de plus en plus réputées pour leurs grappes, qui sont très appréciées des grandes maisons de Napa.

Après avoir pris livraison des essaims à Santa Rosa (les quelques individus ayant réussi à s’échapper des cages dans la voiture restèrent de toutes façons à l’arrière et ne me dérangèrent pas pendant mon trajet d’une heure et demie), et leur installation dans les ruches, il ne fallu que quelques jours, comme prévu, pour trois des colonies à libérer leur reine de sa cage en grignotant la guimauve que j’avais insérée en guise de sceau. La ruche n°3, pourtant, mit près d’une semaine, et eut besoin de moi. Ces connes d’ouvrières, sans doute des trotskistes m’en-foutistes sursyndiquées, avaient fait preuve d’une spectaculaire incompétence en bloquant l’entrée à la cage de la reine par de la cire, ce qui ne les avait pas empêché de boire en deux jours tout le sirop que je leur avais fourni, alors qu’il en restait un peu dans les autres colonies (ce qui est peu surprenant, car il existe une corrélation entre la production de cire et la consommation de sirop de sucre). J’ai dû donc décoller la cage de la reine pour la repositionner sur un endroit moins envahi par la cire, et permettre à la reine de pouvoir être libérée.

Abeilles
Un essaim fraichement installé.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

J’approvisionne chaque ruche en sirop de sucre tous les deux à trois jours. C’est le printemps, mais les essaims sont jeunes, les nuits encore fraiches (sans parler d’une tempête de grêle il y a deux jours), la floraison débute seulement dans cette région, et je veux encourager la production de larves le plus tôt possible. Deux des ruches ont un nourrisseur de deux gallons (prenant la place de deux cadres), et les deux autres (notamment la ruche n°3) sont des nourrisseurs-cadres traditionnels, contenant environ un gallon chaque. Chaque jeune essaim consomme environ un litre et demi de sirop de sucre (à l’heure actuelle, parts égales de sucre et d’eau) chaque jour. Pas de sirop de maïs au glucose à haute teneur en fructose, pourtant utilisé par de nombreux producteurs de miel industriels ou chinois, ou par les professionnels de la pollinisation, bon marché et facile à se procurer, et dont les effets, actuellement étudiés par le ministère américain de l’Agriculture, sont encore mal déterminés mais semblent plutôt négatifs.

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Vins : tournée des domaines du comté de Lake


Les grappes ne sont pas encore prêtes pour les vendanges, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas déguster les millésimes précédents en attendant. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Une ou deux fois par an, chaque région viticole a son événement touristique, où même certains domaines normalement fermés au public ouvrent leurs portes. Pour le prix d’un forfait, autochtones et touristes font la tournée des caves, verre en main, pour goûter aux crus locaux et discuter avec les viticulteurs.

Ce weekend, c’était le tour des domaines du comté de Lake, où je me suis installé il y a un an. Situé au nord de Napa, derrière le mont Saint-Helena, la région reste inconnue du grand public, y compris de bien des Bay Areans, même si le plus gros des grappes qui y sont cultivées sont utilisées dans l’élaboration de vins qui seront vendus sous le label Napa Valley. C’est là qu’est né le géant Kendall-Jackson, avant de s’installer dans le comté de Sonoma. Il y possède toujours une exploitation et de nombreux vignobles, ainsi que Beringer, Snows Lake et d’autres grands noms associés à des régions plus réputées.

D’une demi-douzaine de domaines il y a seulement une décennie, le comté en compte désormais quatre fois plus. Maintenant que nous connaissons bien le coin et ses crus, il y a des adresses que nous ne ratons jamais, et d’autres que nous savons éviter (celles-là ne sont pas mentionnées ici).

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Wine Guy

C’est mardi après-midi et je me trimballe avec mon panier de plastique dans l’allée vins et spiritueux de Bruno’s, le supermarché local du comté. J’ai déjà récupéré quelques citrons (que ces cons entourent chacun d’un ruban autocollant indiquant la nature biologique du produit, annulant ainsi sa valeur écologique) au rayon frais — les courses hebdomadaires chez Trader Joe’s c’est bien utile, mais on ne peut pas toujours compter sur la chaîne pour un approvisionnement régulier côté fruits et légumes, car la sélection y tient généralement de la loterie.

J’ai posé mon panier où j’ai déjà logé trois bouteilles de pinard local. Un chardonnay de Shannon Ridge et un nebbiolo rosato de Rosa d’Oro pour les déjeuners de weekend dans le jardin, ainsi qu’une bouteille de tempranillo de Six Sigma qui à elle seule vaut plus du double que les deux autres vins réunis, mais j’en ai entendu dire beaucoup de bien, j’aime beaucoup le rosé et le rouge de la propriété, je n’ai bu que très peu de vins américains réalisés avec ce cépage, et je ne vois pas pourquoi j’aurais à me justifier, enfin quoi, merde.

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Kelsey Report

Lakeport, CaliforniaNorth Main Street, Lakeport, California.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons

Pour les Californiens, Wine Country est généralement synonyme de Napa et Sonoma. Mais le pays du vin s’étend plus au nord, et inclut le comté de Lake, dont la caractéristique principale est l’immense lac naturel qui domine la géographie de ce coin isolé de Californie. Clear Lake est le plus grand lac naturel de l’État après celui de Tahoe, qui est lui partagé avec le Nevada, et malgré sa beauté et les vignobles qui l’entourent, il reste une destination encore confidentielle que bien des habitants de la baie de San Francisco continuent d’ignorer.

Il faut dire que Clear Lake se mérite. Deux heures et demie de route vers le nord depuis San Francisco, dont une bonne moitié de montagnes si après l’autoroute 101 on prend la CA-29 puis la CA-53 pour arriver à Clearlake, la commune la plus pauvre et la moins pittoresque du comté. Plus pratique, on peut continuer sur la 101 au nord pour ensuite obliquer vers l’est sur la CA-175 via la route très sinueuse que les autochtones appellent Hopland Grade, qui permet de franchir les monts Mayacamas en une seule fois pour arriver à Lakeport, le chef-lieu du comté.

Clear LakeClear Lake, California.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons

Le plus gros de la population et des attractions du comté sont concentrées autour du lac, logé entre plusieurs massifs montagneux, formant un bassin qui atteint des températures record, dépassant largement les 40 degrés l’été. Le lac permet toutefois de se rafraichir : pêche, voile, jetski, wakeboarding ou tout simplement mouillette estivale font partie des activités privilégiées des vacanciers ou des indigènes, dont beaucoup possèdent un bateau sur une remorque dans leur descente de garage.

L’endroit se prête également à la randonnée — les plus courageux peuvent faire l’ascension du mont Konocti (prononcer « konoctaï »), un volcan endormi de quelque 1300 mètres qui domine le sud du lac et sert de point de repère principal dans la région.

Les motards trouveront l’endroit idéal. Hopland Grade est un parcours classique pour les amoureux des twisties, mais réservé aux plus expérimentés. Les pistes pour les amateurs de cross sont nombreuses, et la région peut être qualifiée de Harley Country. Les grosses routières américaines dominent en effet le parc des deux-roues, qu’il s’agisse d’habitants de la région ou de touristes venus faire une longue ballade autour du lac.

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