Napa Crash

Il est environ 22h15 mercredi soir. Je reviens d’un cours de marketing vinicole que je suis ce semestre à Napa Valley College. Comme à chaque fois, je prends pour rentrer la Silverado Trail au lieu de la route 29, qui est plus encombrée, ponctuée de feux et patrouillée à mort par la CHP. La route scénique de l’est de la vallée, plus sinueuse, est cependant plus agréable, même de nuit. Je la connais par cœur, et je sais même derrière quels bosquets les flics du comté se planquent parfois pour guetter les chauffards.

Je viens seulement de dépasser Meadowood lorsque je dois freiner précipitamment. La route est devant moi bloquée par des cartons et des éclats de verre. Je vire sur le bas-côté pour dépasser les dégâts prudemment. Je continue au ralenti, puis j’hésite. Dois-je m’arrêter pour déblayer ? Bah oui. Il fait nuit et c’est un obstacle dangereux. Les usagers de la route à cette heure sont des habitués qui n’hésitent pas à avaler les virages à 70 miles à l’heure, maintenant que les touristes sont rentrés chez eux ou finissant une bouteille de chardonnay vieilli dans des fûts français dans une auberge chic de St. Helena.

Je sors de la voiture et j’assesse les dégâts. Une demi-douzaine de cartons a dû se casser la gueule d’un camion, remplis de bouteilles pas encore étiquetées. Ça sent la vinasse et les bouts de verre craquent sous mes semelles. Je ramasse les cartons que je balance dans le talus, et je donne des coups de pieds dans les bouteilles brisées pour les envoyer dans le bas-côté. Une bouteille est miraculeusement intacte. Je la ramasse et je la mets à l’abri. Je ne me serais pas arrêté pour rien.

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Adieu roquefort

rock fort

Un article bien de chez nous de plus qui bientôt va devenir difficile à se procurer, et pour lequel il faudra compter sur les colis envoyés par la famille et les copains (emballé sous vide et via FedEx de préférence) : le roquefort.

Les autorités américaines ont mal pris la récente décision par Bruxelles d’interdire l’importation de bœuf américain traité aux hormones. En signe de représailles, le tarif douanier sur le roquefort, qui était déjà de 100%, passe à 300% — ce qui revient à bannir le fromage des États-Unis.

Pourquoi le roquefort ? Parce qu’il s’agit du fromage français quintessentiel, mais aussi parce qu’il est fabriqué avec du lait cru, une technique que les Américains regardent avec suspicion. En plus, il est piqué de moisissure, ce qui revient à dire qu’il est pourri pour les masses ignorantes (peu importe si le bleu en question, le Penicillium roqueforti, est un antibiotique naturel). Les truffes sont aussi concernées par cette augmentation des tarifs.

Le gouvernement Obama pourrait-il réconcilier le secrétariat du Commerce américain avec l’Union européenne ? C’est peu vraisemblable tant que la majorité des éleveurs continuera à utiliser les hormones en question, produites par des groupes agroalimentaires puissants et bien présents à Washington.

MISE À JOUR : après négociations, le gouvernement américain a accepté de garder le tarif actuel de 100% pour au moins deux ans. Donc pas de panique, on trouvera encore du roquefort aux États-Unis dans les bonnes crémeries, au moins pendant quelque temps.

La claque

yf
Lundi noir aux États-Unis.

Les nouvelles sont plutôt mauvaises. La situation actuelle donne des airs de déprime de rentrée de vacances à l’explosion de la Bulle de 2000, ou même au cassage de gueule spectaculaire qui suivit le 11 Septembre. Mardi, Le Dow Jones Industrial Average se prenait tout de même pris une gamelle de 777 points, soit presque 7%, du jamais vu depuis plus de deux décennies. Après une remontée partielle à partir du lendemain, et au moment même où une majorité des membres Parlement américain semblent enfin s’être mis d’accord pour voter un plan de sauvetage historique, la Bourse a plongé encore aujourd’hui, effaçant ainsi les gains enregistrés les deux jours précédents.

Même pour les Américains qui ne sont pas au bord de la forclusion ou qui n’ont pas d’actions AIG ou Fanny Mae dans leur portefeuille d’actions vont être touchés. Certes, pour la plupart, leur argent investi dans des comptes chèques, épargne ou autres CD est en sécurité. Mais la complexité des mécanismes économiques rend tout ce petit monde solidaire. Malheureusement, les partisans de ce plan de sauvetage, qui a le handicap supplémentaire de ressembler à une carte blanche, l’ont très mal présenté, et pour l’Américain de base, cela ressemble à un cadeau supplémentaire aux fat cats déjà engraissés par leurs gros bonus. Mais comme le soulignent nombre d’analystes et de politiques depuis quelques jours déjà : il ne s’agit plus seulement de huiler Wall Street, mais de sauver Main Street.

D’abord, beaucoup d’Américains possèdent dans leur épargne de retraite des fonds communs de placement qui incluent des parts des institutions en disgrâce. J’ai vu mon argent investi dans le fonds Fidelity Balanced fondre comme neige au soleil au cours des derniers mois. Les conseillers financiers n’ont plus peur de dire à leurs clients proches de la retraite de continuer à travailler pendant quelques années supplémentaires.

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L’impôt Johnny : non Bercy

Je savais déjà que je ne voterai pas pour Nicolas Sarkozy. Je sais désormais que je ne voterai pas pour Ségolène Royal.

Comme si les gaffes à répétition de la candidate socialiste ne suffisaient pas à la disqualifier auprès des électeurs, un ami, collègue et compatriote vient de m’envoyer un lien vers un article du Monde sur le programme économique que Déêska vient de pondre pour Ségolène Royal. L’un des points du rapport en question (PDF) suggère la mise en place d’un impôt destiné à « retrouver une citoyenneté fiscale ». Un paragraphe développe le concept :

DSK
Dominique Strauss-Kahn (ici à Cergy en novembre 2006) veut faire payer un « impôt citoyen » aux Français expatriés. Photo : Christian, un marito. Licence Creative Commons.

« Il n’est plus acceptable que des citoyens français parviennent à échapper à l’impôt en s’installant hors de France. Nous proposons de définir une contribution citoyenne qui sera payée en fonction de ses capacités contributives par tout Français établi à l’étranger et ne payant pas d’impôt en France. C’est une voie analogue qu’ont notamment empruntée la Suisse et les Etats-Unis. »

Bon. Par où commencer ?

D’abord, ce qui me dérange dans cette démarche, c’est sa logique foireuse et démagogique, trahie par le phrasé vague (« capacités contributives » ?). Il s’agit clairement de faire du gringue aux contribuables scandalisés du départ de Johnny Hallyday pour la Suisse. Il y a, en effet, un phénomène d’évasion fiscale indéniable, et le chanteur en est une illustration spectaculaire.

Je connais moi-même une famille française qui s’est établie (fiscalement) dans un archipel des Caraïbes, avant de déménager récemment vers les environs d’une jolie et paisible ville suisse (en gardant tout de même un pied à terre sur leur île tropicale). Ils ont également gardé une maison en France, exploitant un vide juridique, et vivent ma foi une existence plus qu’enviable. Ils illustrent parfaitement ces Français très fortunés qui refusent de donner plus de la moitié de leurs revenus à l’État, et préfèrent aller bronzer sous les palmiers. Sont-ils pour autant représentatifs de la majorité des expatriés français ? Pas franchement. Loin de là, même.
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