Râleurs, pas intégrés, dédaigneux et parlant mal anglais

La description suivante a plus d’un siècle et demi. Amusant de voir cependant qu’elle pourrait facilement s’appliquer à quelques spécimens qu’on connaît tous…

“Il y a environ six mille Français dans cette ville. Ils exercent toutes sortes de professions. Ils sont banquiers, médecins, spéculateurs en terrains, importateurs et courtiers en gros, marchands au détail, artisans, manœuvres. Une bonne partie d’entre eux sont riches, et presque tous sont laborieux et de bons citoyens. Ils nous sont venus de tous les points de la France : de Paris, de Marseille, de Lyon, de la Normandie, de la Bretagne, de l’Alsace, de la Suisse française, de la Louisiane, du Canada. Tous portent sur eux les traits caractéristiques du Français : aimant à vivre en société, ils parlent tant qu’ils ne dorment pas et gesticulent tant qu’ils parlent. Bien peu de ceux qui viennent de France ont l’intention de s’établir définitivement en Californie. Ils soupirent après le moment où ils auront amassé assez du métal brillant pour retourner dans la belle France et y vivre d’une existence aisée et indépendante. Il apprennent la langue anglaise très négligemment, sans doute, par cela même, qu’ils n’ont pas l’intention de se fixer ici. Ils ne peuvent s’empêcher de comparer la Californie, telle qu’elle est après sa croissance de cinq ans, à leur patrie, telle que l’ont faite mille année ; et, à ce point de vue, la comparaison n’est pas flatteuse pour la première. Cette intention, générale chez eux, de retourner en France, est une erreur dont beaucoup ne tarderont pas à se repentir.

Mineur
Une caricature de mineur français au milieu du XIXe siècle, en Californie. Une tenue qui ne détonnerait pas tant que ça de nos jours dans le Castro.

“Ils se plaignent d’avoir eu à subir des injustices de la part des Américains. Certes, beaucoup en ont eu à subir, pareils en cela, à bon nombre d’Américains mêmes. Une raison pour laquelle les Français ont eu à essuyer des vexations, c’est qu’ils n’ont, ici, aucune valeur politique ; ils n’ont pas même cherché à devenir citoyens, et n’ont pas appris notre langue ; ils sont dans le pays, mais non du pays. Nombreux sont ceux qui arrivent, — 30,000 au moins, sans compter ceux qui arrivent, — ils pourraient bien vite peser dans la balance. Qu’ils considèrent la Californie comme leur patrie ; qu’ils se fassent citoyens, et qu’ils s’efforcent de changer en bien le mal dont ils se plaignent à juste titre. La Californie peut encore se transformer et s’amender sur plusieurs points, avant qu’ils soient prêts à rentrer en France avec leur fortune faite.

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Bouquin : French San Francisco

French San Francisco
French San Francisco, par Claudine Chalmers.
Arcadia Publishing. 127 pages.
ISBN 978-0738555843.
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La prochaine fois que vous pénétrez à l’intérieur du magasin Neimann-Marcus de Union Square, levez les yeux. Au centre de la verrière ancienne que vous n’avez peut-être jamais remarquée, vous remarquerez un navire stylisé, avec la devise familière : Fluctuat nec mergitur. Si vous avez jamais visité cette place de San Francisco avant 1981 (je sais, certains d’entre vous n’étaient même pas nés), vous avez pu voir s’y dresser un immeuble dans le style beaux-arts. C’était le City of Paris, un grand magasin fondé à la fin du XIXe siècle par les frères Verdier, des immigrés français. On l’aperçoit notamment dans le film The Conversation (Conversation secrète) de Francis Ford Coppola, tourné en 1973. Il fut peu après honteusement démoli par Neimann-Marcus, dont l’architecte préserva néanmoins la verrière.

City of Paris store
Le grand magasin City of Paris, reconstruit après le tremblement de terre de 1906.

Ce vestige du City of Paris est l’une des traces de l’importance de la communauté française de San Francisco il y a déjà plus d’un siècle. Aujourd’hui subsiste encore à San Francisco un quartier français minimal, parfois appelé Little France, consistant essentiellement du consulat général, de l’église Notre-Dame-des-Victoires voisine, et des quelques restaurants de Bush Street et Belden Place. Essentiellement commercial, ce quartier héberge cependant peu d’émigrés franchouillards, la plupart d’entre eux se concentrant sur Russian Hill et Polk Street (l’Alliance française se situe désormais dans le Gulch, sur Bush), et le lycée français La Pérouse est dans le Sunset.

French Bank
La French Bank, au 108-110 Sutter (près de Montgomery), au début du XXe siècle.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Les premiers francophones arrivèrent dans la Baie dès la fin du XVIIe siècle, et plusieurs d’entre eux s’y installèrent dès les années 1840. L’un des premiers fut Jean-Jacques Vioget, un vétéran de Waterloo à qui on doit parmi les premiers dessins de Yerba Buena (le village qui deviendrait par la suite San Francisco) et le tracé de ce qui devint plus tard le centre-ville. Il y construisit la première taverne de Californie, et mourut seulement quelques jours avant le retour prévu de sa famille pour la France.

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Circonscription de San Francisco : résultats du premier tour

Élection à San Francisco
La queue devant le consulat de San Francisco, le 21 avril 2007 : certains électeurs ont dû patienter plus de deux heures pour voter. Photo : Arnaud H.

2066 Français ont hier voté au bureau de vote de San Francisco selon le consulat. La queue le long de Bush Street (et se prolongeant sur Stockton) était longue. Près de deux heures d’attente pour certains, mais le bureau de vote était ouvert jusqu’à 20 heures. Ceux arrivés après une heure de l’après-midi ont dû endurer la pluie, mais les parents accompagnés de jeunes enfants avaient la priorité.

Nicolas Sarkozy y a reçu 39,08% des voix, suivi de Ségolène Royal avec 30,73%. François Bayrou est le troisième homme avec 21,75%. Jean-Marie Le Pen n’a recueilli que 43 voix, soit 2,09%. Dominique Voynet a fait un score de 3,40% avec 70 votes. Frédéric Nihous et Gérard Schhivardi n’ont eux reçu aucun bulletin à leur nom. L’abstentionisme, même si il y était en recul par rapport aux suffrages précédents, a tout de même été de plus de 72%, certains électeurs ayant été apparemment découragés par l’attente et la pluie.

À Sunnyvale, près de San José, la queue était longue là-bas aussi, mais le bureau de vote du sud de la Baie a enregistré le meilleur taux de participation, avoisinant les 40%. 1036 votants s’y sont déplacés sur 2636 inscrits. On a voté un peu plus à droite en Silicon Valley, puisque Sarkozy y a fait 42,83%, Bayrou 24,9% et Sélogène Royal seulement 25%.

Le bureau de vote d’Honolulu a vu 65 votants sur 390 inscrits, celui de Portland 149 sur 547, et à Seattle 444 électeurs ont mis leur enveloppe dans l’urne, sur 1232 inscrits.

Une courte vidéo commentée d’une analyse sera publiée d’ici peu.

Les résultats à San Francisco sur le site de Julien.
Le billet de Tomate farcie sur l’événement électoral à San Francisco.

Les Français de Silicon Valley se font rapporter

On en parlait en décembre dernier, le service culturel du Consulat de France cherchait à en savoir plus sur les Français de la région de San Francisco. Trois rapports résultant de ce sondage viennent d’être publiés et sont téléchargeables gratuitement : « Présence française dans le domaine du High Tech dans la région de San Francisco », « Regards français sur la Silicon Valley » et « Le Capital Risque dans la Silicon Valley ».
Fabrice Verdier et Christophe Lerouge, les auteurs, résument ainsi la population française de Silicon Valley : « elle est trentenaire et installée depuis plusieurs années dans la Silicon Valley avec un horizon de retour en France de plus de 5 ans. Les Français les moins intégrés dans la Silicon Valley ont quitté la zone au début des années 2000 suite à l’éclatement de la bulle Internet. A contrario, les plus intégrés sont restés. »
Plus de détails sur ces très intéressants rapports lorsque j’aurai eu le temps de les digérer…

Ici San Francisco : les Français parlent aux Français

C’est un fait étrange mais pourtant inévitable : le Consulat de France de San Francisco ignore combien de Français vivent et travaillent dans la région. L’immatriculation consulaire, qui permet entre autres services de voter aux élections nationales et européennes dans les locaux de la rue Bush, n’est pas obligatoire. Du coup, de nombreux expatriés passent sous le radar du quai d’Orsay. Les statistiques sur le nombre de citoyens français résidant dans la région varient donc spectaculairement d’une source à l’autre. J’ai entendu 10.000, voire 30.000. Le service scientifique du Consulat a mis en ligne un questionnaire préservant l’anonymat de ceux qui le remplissent pour « avoir une vision plus précise sur la situation des Français qui vivent dans la région ». Les résultats seront publiés début 2006 sur le Portail français des Scientifiques en Amérique du Nord.