Carte verte

Enfin. Le 12 juin, j’avais reçu un formulaire de l’USCIS me félicitant : j’étais désormais officiellement un résident permanent des États-Unis. Le document officiel arriverait sous trois semaines. Samedi, comme promis, la fameuse carte verte est arrivée. L’enveloppe inclut même un étui recommandé « pour protéger [la] nouvelle carte et empêcher les communications sans fil ». La pièce d’identité inclut en effet une puce RFID, qui peut être lue avec un lecteur dédié à plusieurs mètres. C’est l’une des fonctionnalités de la nouvelle carte verte, introduite le mois dernier, et dont je suis apparemment l’un des premiers bénéficiaires.

Depuis 1999, date de mon arrivée en tant que travailleur sous visa (j’avais passé un an sous visa J1 en 1987-1988 au Nouveau-Mexique), j’ai donc parcouru l’alphabet des visas : L1b, F1, H1b… Après une période de transition (pendant laquelle mon statut fut AOS, un statut qui signifie en fait une transition entre statuts), je suis donc enfin résident permanent.

J’ai désormais les même droits (et inconvénients) fiscaux que les citoyens américains. Je peux aussi arriver dans la même file que les Américains à mon arrivée sur le sol national, encore que j’avais acquis cet avantage lors de mon obtention du statut d’Alien on Parole. L’acquisition de biens immobiliers est un rien simplifiée, ainsi que celle d’armes à feu. Pour le reste, le changement est avant tout symbolique. J’avais déjà un permis de travail me permettant de travailler à mon compte ou pour n’importe quel employeur.

Cette carte verte est donc avant tout symbolique. Mais arrivée seulement huit jours avant ce 4 Juillet, c’est un symbole important. Il fait de moi pas juste un visiteur, mais un immigré. Une identité que je n’ai pas assumé dès mon arrivée en 1999. À l’époque, mon déménagement de la place Pigalle vers Silicon Valley relevait encore d’une aventure incertaine, liée à une bulle encore grandissante, un NASDAQ euphorique et l’insouciance de la vingtaine. Quelques années plus tard, cependant, il était clair que j’étais californiqué. La permanence de ma résidence est donc désormais officielle.

Bienvenue
La nouvelle carte verte dans son étui et le dépliant l’accompagnant.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

AOS

2:05 pm. C’est l’heure à laquelle nous devons nous rendre au 630 Sansome Street, deuxième étage, bureau des ajustements de statut.

Je suis nerveux. J’ai une serviette pleine de documents originaux et photocopiés. Au matin je suis allé à la banque récupérer ma carte de Social Security dans mon coffre histoire de compléter le tout. J’ai aussi apporté mon dossier immigration, contenant des documents remontant à 1987, la date de mon premier séjour aux États-Unis. Nous somme une heure en avance et nous n’avons pas déjeuné. Ma douce et moi obliquons donc pour le Café Zoetrope de Coppola, où la bouffe se révèle très bonne. J’ai malgré tout du mal à avaler mes pâtes, mais j’ai commandé un verre de chardonnay Diamond, histoire de me donner un peu de liquid courage.

Je n’ai que rarement été aussi anxieux. Les entretiens d’embauche ne m’ont jamais vraiment impressionnés, sans doute parce que je pars du principe que je suis un bon candidat, et si je ne suis pas embauché, c’est soit que mon profil ne correspond pas à celui recherché, soit parce que le recruteur est un con incapable de reconnaître mon talent. Et personne n’a envie de travailler pour un con.

Mais là, je n’ai pas d’autre option. C’est la dernière étape avant la carte verte. Mon avocate m’a pourtant prévenu : « Vous êtes un vrai couple et ça se voit ». Mais je continue à récapituler mentalement les documents que j’ai compilés, espérant ne rien avoir oublié.

C’est l’heure. Nous faisons mettre en boîte nos restes et payons l’addition. Dans la voiture garée sur Sansome, nous stockons notre bouffe, iPod et téléphones mobiles, et, après avoir nourri l’un de ces parcmètres gourmands du Financial District, nous nous dirigeons vers le 630 Sansome Street. La porte principale de l’immeuble porte l’inscription obscure United States Appraisers Building, ne laissant absolument pas deviner qu’il héberge notamment la Sécurité intérieure à San Francisco. Le bâtiment d’origine survécut le séisme de 1906, mais fut immédiatement menacé par l’incendie qui lui succéda. Le 19 avril, l’US Army arrive, avec pour ordre de dynamiter l’immeuble adjacent, un dépôt de whiskey, afin de protéger le building fédéral. Le propriétaire arrive cependant à convaincre l’officier qu’il serait une très mauvaise idée de faire exploser un bâtiment contenant des centaines d’hectolitres d’alcool, et les soldats se voient chargés d’évacuer les tonneaux, avec pour ordres de tirer pour tuer si des pilleurs tentent de voler le whiskey. Bref, l’immeuble fédéral sera donc épargné, et le dépôt de booze sera sauvé des flammes grâce à l’eau des égoûts.

Mais je m’égare. Le bâtiment moderne porte au-dessus de sa porte l’un de ces aigles de granit stylisés. Il est sans doute censé représenter l’autorité du gouvernement fédéral, mais il a juste l’air de s’emmerder sec dans cette rue venteuse du FiDi.

Dans le lobby, contrôle de sécurité standard, puis ascenseur pour le deuxième étage. Je donne mon formulaire de convocation à la réceptionniste. Nous n’attendons que dix minutes.

L’officier, courtois, la trentaine et que j’imagine sympa lorsqu’il ne travaille pas, nous introduit dans son bureau. Son nom est inscrit sur une plaque portant le sceau du U.S. Department of Homeland Security. Un poster de motivation est encadré sur le mur. C’est un aigle royal — encore lui — en vol, avec le slogan : Excellence.

L’officier nous demande de rester debout, et de lever la main droite afin de prêter serment. Une fois assis, je présente les documents d’identité et d’immigration, et je dois ensuite répondre à une série de questions, que l’officier coche au fur et à mesure que je confirme que non, je n’ai jamais été arrêté. Non, je ne compte pas me lancer dans le trafic de drogue. Non, je ne compte pas faire de l’espionnage.

Le jeu commence. L’officier nous pose donc les questions suivantes parmi les exemples fournis par mon avocate. À moi : 2, 5, 11, 12, 14, 18, 28. À ma douce : 13/16, 15, 17, 22, 24. Et quelques autres. Il note soigneusement absolument tout ce que nous lui disons.

Il me demande ensuite si nous avons des photos. J’en ai fait imprimer une quinzaine. À tour de rôle, il nous questionne sur les lieux et personnes figurant sur les photos. Il y a le mariage évidemment, un voyage à Tahoe il y a quelques semaines, la Nouvelle-Orléans, la Floride, l’Espagne, et une photo de nous deux dans l’île des Cygnes avec la tour Eiffel derrière nous. « D’habitude il y a un casino à côté », plaisante-t-il. J’avais raison. Il est sympa.

Coups de tampons. À ce stade, le changement de statut devrait être approuvé, et ma carte verte dans ma boîte à lettres sous 30 jours. Seulement manque de pot, la pétition faite par mon ancien employeur aurait dû arriver au bureau de San Francisco, mais est toujours quelque part dans un centre du Nebraska, ou en transit sur un Interstate du Midwest ou des Rocheuses. Bah oui, l’informatisation des services d’immigration américains reste toujours minimale. Les dossiers continuent à être transportés d’un centre à l’autre par camion. Les choses ne changeront sûrement pas avant un moment, car après tout, il s’agit d’une administration gérant des individus qui sont souvent des contribuables, mais qui ne peuvent pas voter.

Mon statut de résident permanent ne peut donc pas être approuvé tant que l’autre dossier, pourtant désormais caduque, n’est pas clôturé. Je vais donc devoir attendre quelques mois supplémentaires. Heureusement cependant, je possède déjà des permis de travail et de voyage. L’entretien se termine sur une note plutôt anticlimactic, comme le remarque ma douce. Mais au moins, je suis soulagé. L’Oncle Sam et son aigle domestique ont reconnu notre couple.

The Newlywed Game

Le texte suivant (traduit par mes soins) m’a été fourni par mon avocat. Il s’agit d’exemples de questions entendues lors d’un entretien avec les services d’immigration pour un ajustement de statut via parrainage d’époux/épouse. Autrement dit, lorsqu’un étranger se marie à un citoyen américain et postule à la résidence permanente (c’est-à-dire une « carte verte ») parrainé par le citoyen américain, c’est le type de questions qui seront posées au couple.

1. Quelle est la date de naissance de votre époux/épouse ?
2. Quel est le nom des parents de votre époux/épouse ?
3. Où habitent les parents de votre époux/épouse (ville/pays) ?
4. Quel est le middle name (second prénom) de votre époux/épouse (s’il existe) ?
5. Quelle est l’adresse de votre domicile et qui vit à cette adresse ?
6. Combien de chambres à coucher y a-t-il dans votre maison ?
7. Quel est le montant de votre loyer (en cas de location) ?
8. Qui paie le loyer ? À partir de quel compte en banque ?
9. Quel est le numéro de téléphone de votre domicile (si vous en avez un) ?
10. Quel est le numéro de mobile de votre époux/épouse ?
11. Depuis combien de temps vivez-vous avec votre époux/épouse ?
12. Où avez-vous rencontré votre époux/épouse pour la première fois ?
13. Après votre rencontre, comment a commencé votre liasion ? Êtes-vous sorti ensemble immédiatement ?
14. Quelle est la date de votre mariage ?
15. Où vous êtes-vous mariés ?
16. Pendant combien de temps êtes-vous sortis ensemble avec de vous marier ?
17. Comment vous ou votre époux/épouse avez-vous demandé l’autre en mariage ? Y avait-il une bague de fiançailles ?
18. Avez-vous rencontré vos beaux-parents respectifs ? (Si ça n’est pas le cas, vous devrez expliquer pourquoi.)
19. Si vous n’avez pas rencontré vos beaux-parents, avez-vous parlé avec eux ? À quelle fréquence ?
20. Quand avez-vous parlé avec les parents de votre époux/épouse pour la dernière fois ?
21. Si vous les avez rencontrés, quand les avez-vous vus pour la dernière fois ?
22. Gros mariage ? Mariage intime ? Combien d’invités ? Qui ?
23. Si vos parents n’étaient pas au mariage, expliquez pourquoi.
24. Avez-vous eu un voyage de noces ? Où ? Combien de temps ?
25. Avez-vous voyagé ensemble ?
26. Votre époux/épouse a-t-il/elle des frères et sœurs ? Quel est leur nom ? Où habitent-ils ? Les avez-vous rencontrés ?
27. Si vous ou votre époux/épouse ont des enfants, quel est leur nom ? Leur âge ? Où habitent-ils et où vont-ils à l’école ?
28. Portez-vous une alliance ? Où avez-vous acheté les alliances ? Les avez-vous achetées ensemble ou séparément ?
29. Qu’avez-vous en commun avec votre époux/épouse ? Comment passez-vous votre temps libre ensemble ? Avez-vous des passe-temps communs ?
30. Quel type de cuisine mangez-vous ? Avez-vous un restaurant préféré ?
31. Pourquoi avez-vous décidé de vous marier ?
32. Pourquoi aimez-vous votre époux/épouse ? Décrivez les qualités que vous aimez ou admirer chez lui/elle.
33. Si vous avez été marié auparavant, préparez-vous à expliquer pourquoi le mariage n’a pas duré, combien de temps vous étiez marié, etc.
34. S’il y a un co-parrain dans la demande, quel est son nom, comment le/la connaissez-vous et quelle est sa profession ? Où habite-t-il/elle ?
35. Comment avez-vous fêté votre dernier anniversaire ou celui de votre épouse ?
36. Comment avez-vous fêté votre anniversaire de mariage ? La Saint-Valentin ? Hanoucca/Noël ? Thanksgiving ?

Un Français clandestin

Ils sont moins visibles que les Mexicains qui servent souvent de têtes de turc aux racistes et xénophobes, mais il y a aussi aux États-Unis des Français en situation irrégulière. Ici, l’histoire de Murat, qui vient d’être arrêté à San Francisco par les services d’immigration pour avoir dépassé le temps qui lui était alloué par son visa. Le reportage, publié sur Mission Loc@l, est signé Brooke Minters et Nina Goodby.

Montparnasse-Pondichéry

Pondichéry
La France, vue de Pondichéry, c’est loin.
Photo : cs jmz. Licence Creative Commons.

Après les médias, la blogosphère française semble s’enflammer depuis quelques jours avec l’affaire de ce jeune designer Web qui s’est vu proposer par l’ANPE un poste à Pondichéry, en Inde, payé 20 000 roupies par mois, soit, au cours d’aujourd’hui, 488 dollars US, ou 314 euros.

Certes, certains applaudissent le fait que l’agence des chômeurs français (appelons un chat un chat) publie, en vertu de la loi en vigueur, les offres d’emploi des entreprises françaises délocalisant leurs opérations, ou relaye celles envoyées par des employeurs potentiels à l’étranger.

Mais ça n’est pas du goût de tout le monde. Les qualificatifs de « scandaleux », d’« indécent » ou d’« inadmissible » apparaissent parmi les commentaires des articles relatant l’affaire. Les raisons derrière cette indignation sont multiples.

D’abord, le salaire. Les 10 000 à 20 000 roupies mensuelles proposées paraissent dérisoires. Mais contrairement à certaines affirmations, il se trouve que 20 000 roupies par an de l’annonce en question correspondent à peu près au salaire d’un informaticien indien ayant un an d’expérience — pas mal donc pour un bac+2.

Certains soulignent l’augmentation du coût de la vie dans les métropoles indiennes. Il est vrai que le prix des loyers dans les mégapoles du sous-continent a certes grimpé au cours des dernières années, en même temps qu’une nouvelle classe socio-professionnelle de jeunes cols blancs a explosé. Il faut désormais chercher un peu pour trouver un deux-pièces à moins de 100 euros par mois à Bangalore. Voilà une situation qui n’est finalement pas très différente de celle que rencontrent les classes moyennes à Paris, Londres, New York ou San Francisco, où les loyers ne cessent d’augmenter, et où de nombreux jeunes (et moins jeunes) adultes voient souvent près de la moitié de leur salaire engloutie par leur hébergement. Mais contrairement à ces villes occidentales, où le pouvoir d’achat en a pris un coup, la rémunération des professionals en Inde continue d’augmenter avec la demande.

Un autre sujet de colère est pour d’autres le fait qu’à ce tarif, un simple billet d’avion de retour coûterait au jeune diplômé en question une bonne partie de son salaire annuel. Une visite à la famille pendant les vacances de Noël coûterait plusieurs mois de salaire. C’est vrai. Et alors ?

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Râleurs, pas intégrés, dédaigneux et parlant mal anglais

La description suivante a plus d’un siècle et demi. Amusant de voir cependant qu’elle pourrait facilement s’appliquer à quelques spécimens qu’on connaît tous…

“Il y a environ six mille Français dans cette ville. Ils exercent toutes sortes de professions. Ils sont banquiers, médecins, spéculateurs en terrains, importateurs et courtiers en gros, marchands au détail, artisans, manœuvres. Une bonne partie d’entre eux sont riches, et presque tous sont laborieux et de bons citoyens. Ils nous sont venus de tous les points de la France : de Paris, de Marseille, de Lyon, de la Normandie, de la Bretagne, de l’Alsace, de la Suisse française, de la Louisiane, du Canada. Tous portent sur eux les traits caractéristiques du Français : aimant à vivre en société, ils parlent tant qu’ils ne dorment pas et gesticulent tant qu’ils parlent. Bien peu de ceux qui viennent de France ont l’intention de s’établir définitivement en Californie. Ils soupirent après le moment où ils auront amassé assez du métal brillant pour retourner dans la belle France et y vivre d’une existence aisée et indépendante. Il apprennent la langue anglaise très négligemment, sans doute, par cela même, qu’ils n’ont pas l’intention de se fixer ici. Ils ne peuvent s’empêcher de comparer la Californie, telle qu’elle est après sa croissance de cinq ans, à leur patrie, telle que l’ont faite mille année ; et, à ce point de vue, la comparaison n’est pas flatteuse pour la première. Cette intention, générale chez eux, de retourner en France, est une erreur dont beaucoup ne tarderont pas à se repentir.

Mineur
Une caricature de mineur français au milieu du XIXe siècle, en Californie. Une tenue qui ne détonnerait pas tant que ça de nos jours dans le Castro.

“Ils se plaignent d’avoir eu à subir des injustices de la part des Américains. Certes, beaucoup en ont eu à subir, pareils en cela, à bon nombre d’Américains mêmes. Une raison pour laquelle les Français ont eu à essuyer des vexations, c’est qu’ils n’ont, ici, aucune valeur politique ; ils n’ont pas même cherché à devenir citoyens, et n’ont pas appris notre langue ; ils sont dans le pays, mais non du pays. Nombreux sont ceux qui arrivent, — 30,000 au moins, sans compter ceux qui arrivent, — ils pourraient bien vite peser dans la balance. Qu’ils considèrent la Californie comme leur patrie ; qu’ils se fassent citoyens, et qu’ils s’efforcent de changer en bien le mal dont ils se plaignent à juste titre. La Californie peut encore se transformer et s’amender sur plusieurs points, avant qu’ils soient prêts à rentrer en France avec leur fortune faite.

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Bouquin : French San Francisco

French San Francisco
French San Francisco, par Claudine Chalmers.
Arcadia Publishing. 127 pages.
ISBN 978-0738555843.
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La prochaine fois que vous pénétrez à l’intérieur du magasin Neimann-Marcus de Union Square, levez les yeux. Au centre de la verrière ancienne que vous n’avez peut-être jamais remarquée, vous remarquerez un navire stylisé, avec la devise familière : Fluctuat nec mergitur. Si vous avez jamais visité cette place de San Francisco avant 1981 (je sais, certains d’entre vous n’étaient même pas nés), vous avez pu voir s’y dresser un immeuble dans le style beaux-arts. C’était le City of Paris, un grand magasin fondé à la fin du XIXe siècle par les frères Verdier, des immigrés français. On l’aperçoit notamment dans le film The Conversation (Conversation secrète) de Francis Ford Coppola, tourné en 1973. Il fut peu après honteusement démoli par Neimann-Marcus, dont l’architecte préserva néanmoins la verrière.

City of Paris store
Le grand magasin City of Paris, reconstruit après le tremblement de terre de 1906.

Ce vestige du City of Paris est l’une des traces de l’importance de la communauté française de San Francisco il y a déjà plus d’un siècle. Aujourd’hui subsiste encore à San Francisco un quartier français minimal, parfois appelé Little France, consistant essentiellement du consulat général, de l’église Notre-Dame-des-Victoires voisine, et des quelques restaurants de Bush Street et Belden Place. Essentiellement commercial, ce quartier héberge cependant peu d’émigrés franchouillards, la plupart d’entre eux se concentrant sur Russian Hill et Polk Street (l’Alliance française se situe désormais dans le Gulch, sur Bush), et le lycée français La Pérouse est dans le Sunset.

French Bank
La French Bank, au 108-110 Sutter (près de Montgomery), au début du XXe siècle.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Les premiers francophones arrivèrent dans la Baie dès la fin du XVIIe siècle, et plusieurs d’entre eux s’y installèrent dès les années 1840. L’un des premiers fut Jean-Jacques Vioget, un vétéran de Waterloo à qui on doit parmi les premiers dessins de Yerba Buena (le village qui deviendrait par la suite San Francisco) et le tracé de ce qui devint plus tard le centre-ville. Il y construisit la première taverne de Californie, et mourut seulement quelques jours avant le retour prévu de sa famille pour la France.

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Un visa fissa

J’ai un petit problème. Le visa dans mon passeport a expiré il y a un moment. Je ne suis pas devenu clandestin pour autant : mon employeur a procédé à des demandes successives (et acceptées) d’extension. Je suis légal jusqu’en 2011. Le hic, c’est que je n’ai pas de visa dans mon passeport pour le prouver à l’officier des services d’immigration qui vous accueille chaleureusement à chacune de vos entrées sur le territoire. Et comme j’ai un voyage vers Paris prévu à la fin février, je dois résoudre ça.

Curieusement, en effet, l’USCIS ne se satisfait pas de mon passeport et de mon formulaire I-797 tout frais, issu de ses propres services, pour me laisser rentrer sur le territoire : il me faut obtenir un nouvel autocollant de visa avec ma pomme dessus pour mon passeport, histoire de pouvoir rentrer dans le pays après un voyage à l’étranger.

Fissa

J’ai donc pris rendez-vous pour le 4 février au consulat général des États-Unis de Calgary. En 2004, j’étais allé à Toronto, dont le consulat est réputé pour sa rapidité. J’avais obtenu l’autocollant du visa en seulement deux jours. Entretemps, j’avais visité la ville, assisté au défilé du Thanksgiving canadien, rencontré Jimmy Fallon et les frères Farrelly par hasard dans un pub, et glandouillé dans la chambre moelleuse d’un hôtel branché où le personnel semblait constitué exclusivement de mannequins habillées de noir bien moulant aux entournures.

Cette fois-ci, impossible d’obtenir un rendez-vous dans la capitale de l’Ontario suffisamment à temps, donc j’ai eu le choix entre Halifax et Calgary. J’ai choisi la destination la plus proche, et ma foi, ce sera peut-être l’occasion de sortir ma snowboard pour la première fois de la saison. La capitale de l’Alberta est une ancienne ville olympique d’hiver. Même si à l’heure actuelle la neige y semble moins abondante que dans la Sierra, d’ici trois semaines, ça sera peut-être plus poudreux.

J’aurais pu prendre soin de ça au consulat de Paris lors de mon voyage, me direz-vous. Le problème, c’est que c’est Paris. Beaucoup de monde. Et puis c’est la France, quoi. Les temps d’attente sont imprévisibles. Je pourrais me retrouver coincé là-bas pendant des semaines. Un compatriote s’est ainsi retrouvé en rade pendant deux mois dans l’Hexagone il y a quelques années, contraint de bosser depuis les bureaux glauques de la filiale française de son employeur, dans une zone industrielle des Ulis.

Cela dit, ce ne sont pas des vacances. Je vais devoir bosser à plein temps, comme tout jour normal, à l’exception du lundi où j’ai rendez-vous pour déposer ma paperasse. Passeport actuel, anciens passeports (j’en ai déjà 3 autres), CV, lettre de mon employeur, formulaires DS-156 et DS-157, bordereau I-94, le dernier I-797, reçu de Scotiabank certifiant mon dépôt de 131 dollars US à l’ordre du Trésor, photos et bien sûr ma personne sont attendus afin de traiter ma demande.

Heureusement, le vol ne m’a coûté que 43 dollars. Plus exactement, 43,67 dollars et 25 000 miles United. J’en avais quelque 63 000 sur mon compte Mileage Plus, donc c’est une bonne affaire. C’est l’hôtel qui va revenir cher, sans doute environ 150 dollars par nuit, car je n’ai pas envie de me parquer du côté de l’aéroport pendant une semaine. Je veux être à proximité du consulat et d’une branche locale de Scotiabank (j’ai déjà repéré tout ça, merci Yahoo! Maps qui pour le Canada est bien supérieur à Google Maps), et pas trop loin du centre culturel de la ville. Je me demande quelles sont les spécialités culinaires locales. Si vous avez des bonnes adresses calgariennes à partager, je suis preneur.

Édition n°14 : l’Amérique se fait peur

Podcast

Les Américains ont peur et se font peur. Le débat autour de l’immigration clandestine divise les Républicains, et certains poussent même pour faire de l’anglais la langue officielle des États-Unis.
Le Poseidon de Wolfgang Petersen, qui sort en France le 14 juin, flotte tant bien que mal, et s’inscrit dans la tendance actuelle des films catastrophes, souvent catastrophiques, qui accaparent les grands mais aussi les petits écrans américains ces jours-ci.
Extraits de l’hymne américain « The Star-Spangled Banner », notamment une version en tagalog par le Philippin Joey Ayala, et la fameuse version pop latine, « Nuestro Himno », par Wyclef Jean, Pitbull, Carlos Ponce et Olga Tanon.

Dans ce podcast :

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