Feu de tout bois

Fleurs
Le printemps se magne. Photo : Arnaud H.

Le chômage n’est pas mon truc. Passées deux semaines de glandouille à regarder la saison et demie de Lost que j’avais ratée, entre deux CV envoyés et un peu de bidouille en C, il faut bien s’occuper. En passant, si vous êtes développeur iPhone — même si vous commencez seulement sur iPhone ou avec l’Objective C — je suis intéressé, surtout si vous habitez San Francisco ou le nord de la Baie. J’ai un projet pour vous qui se révélera lucratif. Donc contactez-moi.

Pour m’occuper en attendant, heureusement, nous habitons à la campagne. Et dans une vieille ferme de pépiniériste, ce qui veut dire qu’il y a de quoi s’occuper. L’entretien de la propriété, en théorie, revient en général au propriétaire, le locataire étant tenu de faire le minimum. Dans notre cas cependant, le propriétaire ne nous fait payer qu’un loyer modeste, mais c’est à nous d’entretenir les lieux, mais il n’est pas très exigeant. Je ne vais donc pas m’en plaindre. Au contraire.

C’est la fin de l’hiver et ça signifie qu’il faut tailler arbustes, rosiers, et débroussailler autour de la maison pour réduire le danger d’incendie de forêt, une menace bien réelle dans notre coin — la maison est en haut d’une colline dont un versant est très boisé et où la végétation a repris le dessus au cours des dernières années. Je me suis donc donné comme objectif d’éclaircir la pente sur un rayon de vingt mètres autour de la maison, un travail difficile à cause de la raideur de la pente que la brouissaille a colonisée.

En mai dernier, lorsque nous avons trouvé cette maison, la région subissait une vague de froid sans précédent. Nous avons donc négocié avec le propriétaire l’installation d’un réservoir de propane pour le chauffage. Le système fait l’affaire, mais revient cher s’il reste en marche toute la journée. Après le choc de la première facture, nous avons donc arrêté de chauffer la maison la nuit et au milieu de la journée. Ces temps-ci, nous ne chauffions plus qu’au matin et au soir. Depuis hier, cependant, j’ai décidé de n’utiliser le propane qu’au lever, le temps de chauffer la maison à 68 degrés Fahrenheit (20 degrés). Après ça, plus de chauffage pendant la journée, même si la température tombe parfois à 55 degrés (10,5°C). On mettra une petite laine ou deux, et le soir, nous utiliserons le foyer à bois dans le living room. J’ai calculé qu’il me faudra consacrer environ une demi-heure chaque matin pour rassembler suffisamment de bois de chauffage pour chaque soirée. Il y a de quoi faire, surtout en cette saison où il faut élaguer et scier des branches mortes. Je n’ai pas de tronçonneuse, mais entre la hache et une égoïne, je m’en sors. Et ça compense pour le fait que je ne fréquente plus le gym, économies obligent.

Parce que l’air de rien, le bois de chauffage n’est pas donné. Les prix ont flambé au cours des dernières années, atteignant entre 200 et 300 dollars US la corde (soit 128 pieds cubiques, soit 3,62 stères, ou autant de mètres cubes, bande de citadins). J’ai donc amassé des branches et des bûches de bouleau, noyer, pin rouge, figuier, chêne américain, glycine, et même de vignes. Se chauffer au zinfandel en buvant du merlot, il n’y a rien de tel pour rester au chaud.

Going native


California Flora Nursery, à Fulton, près de Santa Rosa, se spécialise dans les plantes natives à l’État.

La maison que nous louons n’a qu’un modeste bout de jardin, mais je suis bien décidé à en tirer le maximum. Le minuscule potager est désormais protégé des chevreuils. J’ai encore un travail d’extermination à finir avec des mauvaises herbes, notamment des saloperies comme la goosegrass et la green kyllinga que j’arrache presque quotidiennement.

Mais j’ai encore quelques coins à aménager, ou qui ont besoin d’un peu d’attention. Et tant qu’à faire, j’ai décidé de donner priorité aux plantes de la flore endémique californienne. De passage dans les environs de Santa Rosa, je fais donc étape chez un pépiniériste qui se spécialise dans les espèces natives de l’État, California Flora Nursery. Les plantes régionales y sont identifiées par une astérisque devant leur nom sur le panneau ornant chaque parcelle, qui mentionne aussi quelques attributs utiles, notamment leur résistance aux chevreuils, ou si elles attirent oiseaux-mouches ou papillons. Pour un jardinier débutant comme ma pomme qui n’a qu’une connaissance approximative des plantes de la région, c’est une mine d’informations.


De gauche à droite, en haut : toyon, lilas californien, arbre à café californien. En bas : western columbine, red buckwheat, sauge Winnifred et sauge grise.

Je sais déjà que je veux un pied ou deux de Vitis californica, une vigne locale dont j’ai trouvé des plants sauvages lors d’une balade dans les bois de Cobb Mountain. L’horticulteur en entretient plusieurs cultivars, et celui qui est disponible actuellement est un hybride entre la Vitis californica et la Vitis vinifera européenne, Roger’s Red, baptisé d’après Roger Raiche, un biologiste de UC Davis. Ce cépage donne des petites grappes comestibles et les feuilles tournent au rouge vif à l’automne.

Dans mon chariot, j’empile également deux plants d’un lilas californien, le Ceanothus ‘Blue Jeans’. La plante aime le soleil, n’exige que peu d’eau et les chevreuils ne l’apprécient que moyennement, ce qui en fait une bonne candidate pour border l’allée côté ouest, qui n’est pas gardée par un arroseur à détection de mouvement. Elle sera rejointe, un peu plus bas, par deux toyons (un genre qui appartient aux rosacés), plus exactement la variété Davis Gold de l’Heteromeles arbutifolia, qui donne des baies jaunes à l’automne. Et, enfin, un plant de sauge native de la Californie, la Salvia clevelandii ‘Winnifred Gilman’, qui elle aussi n’attire guère les cervidés.

Lire la suite

Si j’avais une faucille

Sickle

Une quête typiquement gauloise.

Suivant les conseils de Candide et des partisans de l’auto-suffisance, je cultive ces temps-ci mon jardin. Je plante actuellement un mini-potager qui inclut tomates, concombres, basilic, thym et piments (l’acquisition de ces plants bio, que je vais m’empresser de polluer de Miracle Gro, m’a coûté la somme astronomique de 6 dollars chez un sympathique fermier local), ainsi que diverses fleurs et plantes pour égayer certains coins de gazon.

Cet après-midi, je prends la Jeep pour me rendre au magasin Rainbow de Finley. Entouré de vignes et de noyeraies, il s’agit d’un country store dans la tradition américaine, idéal pour le jardinier du dimanche que je suis comme pour le rancher professionnel. On y trouve des selles western, des aliments pour toutes sortes d’animaux (y compris autruches et lamas), de l’engrais et du foin, des motoculteurs et du grillage.

Mon très modeste bout de gazon est entretenu par mes soins avec la tondeuse mécanique fournie par notre propriétaire. C’est plus de boulot qu’une machine à essence, mais c’est écolo, et c’est un bon exercice. Il y a évidemment des recoins à entretenir où la tondeuse ne va pas, mais je ne vais pas acheter une débroussailleuse. D’abord, parce qu’il faut compter au moins 150 dollars, et le peu de mauvaises herbes à faucher ne justifie pas cette somme. Ensuite, parce que ce genre de machine est d’un manque de fiabilité notoire. Une bonne vieille faucille fera l’affaire. Mais rien dans les rayons du magasin qui ressemble de près ou de loin à une misérable serpe.

Lire la suite