Deux miels

honeys

J’ai depuis ce printemps deux rucheraies. Deux ruches dans la région des Red Hills, et trois à la maison. Avant-hier, j’ai pour la première fois récolté le miel d’une de ces dernières. Grosse surprise.

Le miel des Mayacamas où j’ai mes ruches depuis trois ans est épais et ambré. Son goût riche rappelle celui des raisins à côté desquelles les ruches sont établies, même celui récolté il y a seulement deux mois, alors mêmes que les vignes étaient à peine en fleur. Les abeilles là-bas butinent la manzanita, les chardons et les fleurs de pins de cette région montagneuse au sol volcanique. Mais le miel des deux cadres que j’ai extrait avant-hier de la ruche numéro 6 située à côté de la maison est très différent.

D’abord, il est beaucoup plus clair, et plus liquide. Mais surtout, son arôme est radicalement différent. « Il a un goût de poire », me dit ma douce, après avoir caressé son doigt sur le cadre dégoulinant de miel que je viens de voler à la ruche mauve. Elle a raison. Je m’attendais à des saveurs différentes, puisque j’ai installé les trois essaims juste en face de plants de lavande. Il y a certes également une demi-douzaine de pieds de vigne, sans parler de la sauge, du romarin, des mûres, du génévrier et de nombreuses autres fleurs semi-sauvages.

ruche verte

Mais elle a raison : ce miel clair a des saveurs de poire, et semble un rien moins sucré que celui des Red Hills. En contrebas, dans la vallée, il y a une poiraie de plusieurs hectares, exploitée par notre voisin Tad, qui prend aussi gentiment soin de tondre notre modeste noyeraie en même temps qu’il entretient la sienne. Apparemment, les abeilles se sont fait une joie au printemps de butiner les poiriers en fleurs, et leur miel reflète leurs efforts. Ma douce adore le nouveau miel, qu’elle semble même préférer à celui l’autre, qui se vend cependant comme des petits pains parmi nos connaissances (je récolte désormais suffisamment pour pouvoir le vendre, mais pas encore assez pour démarcher les commerces du coin).

La différence est fascinante. Nous échangeons un pot de miel chaque saison avec des connaissances de Berkeley qui ont une ruche dans la ville. Leur miel est également très différent. Très crémeux à l’automne (comme l’est souvent le miel de cette saison), presque blanc, et très clair et liquide dans le dernier pot qu’ils nous ont donné.

Ce qui est clair, c’est que je récolte un miel excellent des deux endroits où j’ai des ruches. Pourvu que ça dure. Rien de tel qu’une cuillère de miel maison dans un thé à la camomille avant d’aller se coucher.

Aventures apicoles

C’est ma deuxième année en tant qu’apiculteur amateur. L’année dernière se solda mal. Mes deux essaims disparurent. L’un commença à diminuer dès le début de l’automne, et les abeilles disparurent mystérieusement, sans laisser de traces, laissant même derrière elles une réserve de miel. Les conditions de leur disparition furent semblables à celles décrites par d’autres apiculteurs, et désormais désignées comme le Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles (Colony collapse disorder, en anglais).

L’autre essaim semblait suivre la même voie, sans trace de maladie ni d’infestation. J’avais beau le nourrir régulièrement de sirop de sucre, les abeilles n’y touchaient qu’à peine, et la population s’amenuisait à vue d’œil. Et un jour de novembre, la neige eut raison des insectes restants. Le coup de froid arriva subitement, alors même que je me préparai à envelopper la ruche pour la protéger contre le froid, et aménager une entrée en hauteur. J’arrivai trop tard.

Cages
Prise de livraison des essaims à Santa Rosa.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Cette année, je m’y prendrai différemment. J’ai installé au début du mois quatre essaims de deux kilos avec leur reine. Toujours dans la région de Red Hills, dans mon comté de Lake. Les ruches sont au même endroit, à une altitude d’environ 900 mètres, orientées vers le sud, face à un vignoble cultivé biologiquement, à seulement cent mètres d’une mare. Les nuits y sont fraiches, l’une des raisons pour laquelle les Red Hills sont de plus en plus réputées pour leurs grappes, qui sont très appréciées des grandes maisons de Napa.

Après avoir pris livraison des essaims à Santa Rosa (les quelques individus ayant réussi à s’échapper des cages dans la voiture restèrent de toutes façons à l’arrière et ne me dérangèrent pas pendant mon trajet d’une heure et demie), et leur installation dans les ruches, il ne fallu que quelques jours, comme prévu, pour trois des colonies à libérer leur reine de sa cage en grignotant la guimauve que j’avais insérée en guise de sceau. La ruche n°3, pourtant, mit près d’une semaine, et eut besoin de moi. Ces connes d’ouvrières, sans doute des trotskistes m’en-foutistes sursyndiquées, avaient fait preuve d’une spectaculaire incompétence en bloquant l’entrée à la cage de la reine par de la cire, ce qui ne les avait pas empêché de boire en deux jours tout le sirop que je leur avais fourni, alors qu’il en restait un peu dans les autres colonies (ce qui est peu surprenant, car il existe une corrélation entre la production de cire et la consommation de sirop de sucre). J’ai dû donc décoller la cage de la reine pour la repositionner sur un endroit moins envahi par la cire, et permettre à la reine de pouvoir être libérée.

Abeilles
Un essaim fraichement installé.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

J’approvisionne chaque ruche en sirop de sucre tous les deux à trois jours. C’est le printemps, mais les essaims sont jeunes, les nuits encore fraiches (sans parler d’une tempête de grêle il y a deux jours), la floraison débute seulement dans cette région, et je veux encourager la production de larves le plus tôt possible. Deux des ruches ont un nourrisseur de deux gallons (prenant la place de deux cadres), et les deux autres (notamment la ruche n°3) sont des nourrisseurs-cadres traditionnels, contenant environ un gallon chaque. Chaque jeune essaim consomme environ un litre et demi de sirop de sucre (à l’heure actuelle, parts égales de sucre et d’eau) chaque jour. Pas de sirop de maïs au glucose à haute teneur en fructose, pourtant utilisé par de nombreux producteurs de miel industriels ou chinois, ou par les professionnels de la pollinisation, bon marché et facile à se procurer, et dont les effets, actuellement étudiés par le ministère américain de l’Agriculture, sont encore mal déterminés mais semblent plutôt négatifs.

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