Stop the Music

Il y a encore des créateurs de sites qui ne le savent pas : on ne force pas l’écoute de musique sur un site Web. Il y a peu de pratiques aussi agaçantes sur le Web que celle qui consiste à imposer à un visiteur sa bande-son pour compléter l’« expérience » du visiteur. Certains d’entre nous partagent leur espace de travail avec d’autres. Ou utilisent leur ordinateur portable dans leurs réunions. Ou dans le train. Si vous voulez nous fournir une bonne raison pour ne jamais aller sur votre site, la voilà.

J’excuse la pratique sur les pages des boutonneux myspaciens ou skyblogueurs, qui ne sont généralement visitées que par leurs camarades de classe. Je la tolère aussi pour les sites des musicos et autres groupes, encore que je préfèrerais que la bande-son soit activée par mes soins, et non forcée.

Mais de nombreux sites d’entreprise, souvent pondus par les mêmes charlots qui ignorent qu’il faut toujours fournir une version non Flash de leur site, continuent à jouer une musique ou un jingle dès leur ouverture, sans prévenir (ou, pire encore, des bruitages agaçants). Certains créateurs de site haussent les épaules, et pointent du doigt l’entreprise qui les a engagés, rejetant la faute sur le directeur du marketing ou le patron de la boîte qui a insisté pour rajouter la musique en question. Excuse à la con : si vous n’avez pas le courage d’expliquer à votre client qu’imposer aux internautes une musique par défaut lors de la visite d’un site est une pratique à bannir, vous êtes un incompétent.

Si vous tenez vraiment à proposer une bande sonore pour accompagner la visite de votre site, rendez cette option facultative, ce qui signifie pas de musique par défaut. L’utilisateur est celui qui prend les décisions, et qui doit être aux commandes. Ne forcez rien sur lui, ou il cliquera ailleurs. Un bouton ou une icône dans un coin permettront à l’internaute d’activer la musique ou d’en régler le volume. Et, mieux encore, proposez plus d’un morceau. Tout le monde n’a pas envie de se taper du Wagner avant son premier café, et encore moins la muzak composée par votre neveu avec GarageBand.

Musique : Kenna, Make Sure They See My Face

11i
Make Sure They See My Face
Kenna.
Star Trak.
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» iTunes US/Canada
» iTunes Europe.

Kenna est un ovni musical qu’il est difficile de classer dans un genre particulier. La preuve : Les Inrocks l’étiquettent « hip-hop », et iTunes le catégorise « Alternative ». Kenna en est conscient, et il s’en fout. Né en Éthiopie et ayant grandi à Virginia Beach, c’est un enfant du rock, qui eut son épiphanie musicale en écoutant The Joshua Tree de U2 (un voisin, dégoûté après que Kenna se vanta auprès de lui d’avoir revendu des tickets de concert du groupe irlandais avec un énorme bénéfice, lui fila la cassette de l’album, histoire de lui montrer l’étendue de son blasphème).

Son premier album New Sacred Cow (iTunes US/Canada), qui dût être récupéré par Columbia après avoir été largué par le label d’origine, Interscope (avec lequel signa à l’origine Kenna grâce à Fred Durst), reçut en 2003 un accueil pour le moins mitigé du fait de sa difficulté à trouver son public.

J’avais trouvé ce CD parmi les copies promotionnelles envoyées par les labels, et la première écoute me laissa sur le cul. J’étais incapable de classer le type, mais je n’arrivais pas à m’empêcher de le rejouer sur mon iPod, notamment le superbe « War in Me ». La production polie du disque, signée Chad Hugo (oui, celui-là), un pote d’adolescence de Kenna, en dérouta bien d’autres. Qui était ce type, dont le son flirtait avec la bande FM sans pour autant permettre son marketing dans une niche donnée ? Son album était une mosaïque curieuse de synth-trip-pop, rappelant tantôt Depeche Mode ou Duran Duran, tantôt Radiohead ou les productions de James Lavelle, le tout mâtiné de hip-hop. Le genre de disque dont vous prêtez une copie à un pote emo qui y devient accro en deux écoutes, et qui, deux mois plus tard, vous fait : « Putain j’en reviens pas, je viens d’apprendre que Kenna est noir ! » L’étrange dossier Kenna est même le sujet de tout un chapitre dans le livre best-seller de Malcolm Gladwell, Blink (audio sur iTunes), qui y analyse la stratégie souvent foireuse des maisons de disque, promptes à jeter les artistes qui ne rentrent pas dans le moule. Malgré un remix de « Sunday After You » et une vidéo populaire sur MTV2, l’album fut un plantage spectaculaire. Les salauds, ils avaient failli tuer Kenna.

Kenna
L’énigmatique Kenna en concert.
Photo : vsqz. Licence Creative Commons.

Cette fois-ci, Kenna et ses potes Chad et Pharrell (qui ont produit le disque sur leur label Star Trak) sont bien résolus à voir l’album recevoir le respect qu’il mérite, d’où son titre. Mais Make Sure They See My Face est aussi un disque qui revendique une identité — ou s’agit-il de plusieurs ? Kenna assume ses influences diverses, qui ont clairement leurs racines dans le rock des années 80 — ça tombe bien, le revival de la new wave et de la synth pop bat son plein. Sacred Cow était peut-être arrivé deux ou trois années trop tôt.

Comme le premier opus de Kenna, Make Sure… a la finition soignée des productions Neptunes habituelles, donnant aux morceaux les plus pop des airs de tubes en puissance, notamment les deux pistes produites par Pharell Williams, « Loose Wires » et le single « Say Goodbye to Love ». Le premier est un curieux mélange où on retrouve l’influence des Talking Heads, si ce n’est pour son refrain, un exercice de synth pop bien rétro sur lequel Kenna fait un numéro de rap old school. L’influence du David Byrne de la fin des années 80 est également très palpable sur le second, dont la vidéo a été réalisée par le très en vue Hype Williams (iTunes US/Canada, iTunes France).

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Édition spéciale hyphy

Podcast

Le mouvement hip-hop d’Oakland sort enfin de l’ombre. Un épisode musical spécial hyphy pour découvrir le son du nord de la West Coast.

Dans ce podcast :

Hell's Kitchen
Mac Dre
« Cadillac Girl »
Andre Nickatina & Nick Peace Present Hell’s Kitchen

Million Dollar Dream
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Green Eyes Dose Vol. 1
Keak da Sneak
« Paranoid (Flashing Lights Remix) »
Green Eyes Dose Vol. 1

Million Dollar Dream
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Homework: The Mixtape - Staring Beeda Weeda
Beeda Weeda
« Go Dumb Wit It »
Homework: The Mixtape & Turfology 101

Hieroglyphics Imperium
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Édition n°16 : vous fumez trop ? Vivez en Californie !

Podcast

Les Français n’ont pas inventé les frites, mais c’est bien un Français qui a inventé le bikini il y a soixante ans.
Et la petite histoire du mouvement anti-fumeur californien, qui en moins de trente ans a transformé un état enfumé en une destination idéale pour les accros à la cigarette qui veulent arrêter de fumer.

Extraits de Basic Instinct et de la bande-annonce du film Thank You for Smoking, sur les écrans nord-américains depuis le 17 mars, et dont la sortie est prévue en France pour le 13 septembre.

Dans ce podcast :

Project Polaroid (tomc3 & kool keith)Project Polaroid (tomc3 & kool keith)
« Space 8000 »
Threshold Recordings, LLC
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Paula Frazer - Leave The Sad Things BehindPaula Frazer
« Always On My Mind »
Birdman Records
Achetez sur l’iTunes Music Store, Amazon.com, Amazon.fr

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Concert : Seu Jorge et Aimee Mann

Le festival de Stern Grove, qui offre chaque été aux San-Franciscains des concerts en plein air gratuits, a débuté hier avec Seu Jorge et Aimee Mann dans le parc situé au sud du Sunset District. Les organisateurs attendaient pas moins de 10 000 visiteurs, et dès midi, l’amphithéâtre était bondé (le concert devait débuter à 14h30). Ça s’est donc entassé dans la nature, sous les eucalyptus et derrière les buissons, pour pouvoir écouter les deux auteurs-interprètes. Bien qu’Aimee Mann eut été en tête d’affiche, c’est certainement Seu Jorge qui a déplacé le plus de fans, facilement reconnaissables pour la plupart par leurs maillots de football jaunes et verts, encore tout excités de la victoire du Brésil face à l’Australie.
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Brokeback Mountain, la musique

Je ne vais pas vous asséner une autre critique de Brokeback Mountain. D’autres l’ont déjà fait mieux que je ne pourrais le faire, comme Tomate Farcie, ou Sam Hallgreen et Adam Kempenaar dans leur dernier podcast de Cinecast.
Il y a des films qui vous hantent pendant des jours, voire des années après leur projection. Ils restent avec vous d’autant plus longtemps lorsque leur bande sonore a la sobre profondeur de la musique composée et interprétée par Gustavo Santaolalla, l’Argentin qui s’était déjà fait remarquer pour la musique originale de Amores Perros (iTunes US, iTunes Canada, Amazon.com) et Carnets de voyages (iTMS US, iTMS Canada, iTMS France, Amazon.com). Santaolalla a aussi dans le passé produit les Mexicains de Café Tacuba (iTMS US, iTMS France, Amazon.com) ou le Colombien Juanes (iTMS US, iTMS Canada, iTMS France, Amazon.com), qui fait un carton ces temps-ci en France.
La bande sonore de Brokeback Mountain (iTMS US, Amazon.com) vaut donc le détour pour sa guitare, même si vous n’êtes pas un fan des titres country présents par ailleurs sur le disque. À noter que Santaolalla a composé deux des chansons, interprétées respectivement par deux grandes dames de la country contemporaine, Emmylou Harris et Mary McBride.

Musique : Imogen, Mike, Camille, Bowie et les autres

Une petite sélection de disques pour la fin d’année, à offrir ou à s’offrir…

Imogen Heap, Speak for Yourself
Speak for Yourself
Si vous êtes passé à côté du premier album de cette gracieuse Anglaise, I Megaphone, sorti discrètement en 1998, vous n’avez pas d’excuse pour ne pas tendre l’oreille à son deuxième opus, Speak for Yourself, un effort solo que la critique comme les fans ont immédiatement salué. Le faussement minimaliste et incroyablement harmonieux « Hide and Seek », utilisé à la fin de la deuxième saison de la série « The O.C. » (diffusée en France sous le titre de « Newport Beach »), en fit un tube immédiat de ce côté-ci de l’Atlantique, adopté à la fois par les emo kids, les fans d’électro-pop et les Gen-Xers nostalgiques de Kate Bush.
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