The Gen X Club

Depuis quelques jours, la chaîne de magasins vestimentaires américaine JC Penney diffuse sur les ondes télévisuelles et dans les salles cinémas une pub rendant hommage à l’un des meilleurs — que dis-je, le meilleur — teenage movies jamais pondus : The Breakfast Club (iTunes US), réalisé en 1985 par John Hughes. Les références du spot sont claires, de la plaque d’immatriculation de l’Illinois aux plans-montage filmés dans la même école, en passant évidemment par la bande-son, une reprise du « Don’t You » des Simple Minds (iTunes US, iTunes Europe) par le groupe néo-punk New Found Glory.

Ma réaction initiale fut un certain amusement. Ah, The Breakfast Club. Le minois adorable de Molly Ringwald. L’insolence rafraîchissante d’un groupe d’ados avec lesquels, bien que d’un autre continent, je pouvais m’identifier, moi aussi, petit jeune incompris et parfois rebelle, épisodiquement collé le samedi — une punition d’autant plus sévère que j’étais à l’époque en pension en Normandie dans une école jésuite. Deux années plus tard, je me retrouvai à mon tour dans une high school américaine, où j’allais être initié aux joies et aux horreurs du lycée à l’américaine, du confort du locker personnel à l’angoisse précédant la prom, en passant par les affres du dating à l’âge où l’acné colonise votre épiderme.

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Abus de justice

Il y a des claques qui se perdent au Tribunal de Grande instance de Paris. Pour ne rien dire des connards couperosés de l’Association nationale pour la Prévention en alcoolisme et addictologie, qui apparemment prennent les Français pour des cons.

L’ANPAA, une association loi 1901 généreusement subventionnée et qui s’est apparemment donnée pour mission de transformer les médias nationaux en vecteur de son message, a poursuivi Le Parisien pour une série d’articles consacrés au vin de Champagne, estimant qu’il s’agissait là d’une incitation à la consommation. Le Tribunal de Grande instance de Paris lui a donné raison, estimant que les articles en question pouvaient être assimilés à de la publicité. Le quotidien a donc été condamné à 5 000 euros d’amende pour ne pas avoir ajouté la mention « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé » que toute publicité pour un produit alcoolisée se doit d’inclure, en conformité avec la loi Évin.

Du coup, les médias français, et plus particulièrement la presse spécialisée, se voient désormais forcés de devoir ajouter cette formule au début ou à la fin de tout article traitant du vin ou d’un autre spiritueux, sauf à prendre le risque de se voir condamner au nom de cette jurisprudence imbécile. Comme si la presse française, déjà soumise à un nombre incroyable de restrictions diverses pour une démocratie, avait besoin de ça. Voilà désormais que les journalistes du vin sont assimilés à des publicitaires.

Govt. Warning
Un avertissement fédéral figure sur chaque vin ou spiritueux vendu aux États-Unis, ici sous la forme d’une étiquette apposée au dos d’une bouteille française, un champagne Janisson-Baradon.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

La filière vitivinicole française aurait également pu se passer de cette décision de justice. Les exportations sont en baisse, en partie à cause d’un euro fort, rendant les vins français de moins en moins compétitifs, au moment même où d’autres pays voient leur production augmenter, à la fois quantitativement et qualitativement. Aux États-Unis, les vins français ne représentent plus que 3% de parts de marché, alors que les Australiens et les Italiens en occupent chacun environ 10%. Même les vins de pays du Languedoc-Roussillon, le plus gros des exportations françaises, ont du mal à s’imposer face aux vins chiliens, néo-zélandais et aux white zins californiens, et le créneau des vins de prestige est désormais colonisé par les trophy wines produits par les boutiques wineries de la vallée de Napa. Entretemps, les Espagnols continuent à augmenter le nombre de caisses envoyées à l’étranger. Certes, la régulation française sur les appellations et l’incroyable incompétence de nombreux viticulteurs et négociants français en matière de marketing sont aussi en partie responsables pour ce triste bilan.

Plus grave peut-être, les Français eux-mêmes boivent de moins en moins de vin. Au début des années soixante, le Français consommait en moyenne 100 litres par an — dont la majorité était, certes, du gros rouge qui tache. En 2006, la consommation annuelle est passée à seulement 55 litres. Le vin n’est plus présent sur la table quotidienne du Français moyen. De nombreux jeunes de moins de 30 ans n’en boivent jamais, ou très peu, n’ayant développé aucun goût pour le breuvage ou même l’alcool en général. À l’heure où le pouvoir d’achat des Français semble avoir pris un coup, la bouteille de vin risque de ne pas arriver en tête des listes de courses.

Qu’on ne me fasse pas de sermon sur les dangers de l’alcoolémie. Des poivrots, j’en ai connu, et j’en connais toujours. Je vis avec une procureure qui fait régulièrement des réquisitoires contre des chauffards intoxiqués. La prévention est nécessaire, mais pas sous la forme d’un slogan obligatoire apposé sur un contenu journalistique. Il y a suffisamment de censure imbécile en France, de la loi assassine condamnant la soi-disant apologie de la drogue (on ne peut ainsi pas exposer en France les vertus du cannabis médical sans s’attirer les foudres de la justice) aux textes divers interdisant la reproduction de certains propos obscènes et haineux, alimentant les arguments des antisémites et autres homophobes qui se présentent alors en victimes du judiciairement correct.

Président Sarkozy, vous aviez promis lors de votre campagne en février 2007 de revisiter la loi Évin sur la publicité pour les alcools. Je suis un grand naïf qui aime les hommes politiques qui tiennent leurs promesses.

Peut-être un terrain d’entente pourrait-il être trouvé entre les combattants de l’alcoolisme (qui semblent confondre l’alcool et son abus) et les abolitionnaires de la loi Évin. Les Américains imposent ainsi à tous les distributeurs de vins et spiritueux l’apposition sur chaque bouteille d’une étiquette mettant en garde les consommateurs contre l’abus d’alcool, sur le modèle des avertissements présents sur les paquets de cigarette.

Une pétition a été mise en ligne par la Fédération internationale des journalistes & écrivains du vin et des spiritueux pour protester la décision du TGI. Vous êtes également libre de contacter l’ANPAA pour leur communiquer votre opinion sur leur stratégie. Enfin, il est toujours une bonne idée de contacter directement vos député et sénateur pour leur faire partager votre position sur le sujet.

Vignerons et négociants de France, je bois à votre santé, et à une réforme intelligente de la loi. Et militants de l’ANPAA, je vous emmerde. Continuez à boire vos cocktails sans alcool, ils ne vous empêcheront pas de mourir de tristesse.

Vidéo : pubs télés eurotrash, et visitez la Californie

Pubs télé
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Mini-compilation de trois pubs mettant en scène des caricatures eurotrash : deux pubs avec VDub, personnalité hip-hop allemande inventée par Volkswagen pour promouvoir la GTI Mk V, dont je parlais il y a quelques jours, un playboy français vantant les services de Netflix, auquel je consacrais un article hier, et enfin une publicité de l’office de tourisme de la Californie qui vient de relancer une campagne pour promouvoir la richesse et la diversité de l’état.

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VDub, porte-parole Volkswagen

Pub télé GTI
VDub, representing Deutschland.

Aux États-Unis, les petits jeunes qui veulent frimer au volant ne roulent pas dans des petites Peugeot, Renault ou Golf. Les voitures de choix sont des Japonaises compactes par Honda et sa marque haut-de-gamme Acura, Nissan, Mazda ou Scion, la marque que Toyota a créée spécialement pour pouvoir attirer la clientèle des Fast and the Furious.
Volkswagen veut une part du gâteau, et vient d’introduire la nouvelle Golf GTI, ici baptisée GTI Mk V. La marque allemande, qui se fait souvent remarquer pour ses pubs anticonventionnelles, donne dans l’autodérision avec un personnage très hip-hop eurotrash (clairement inspiré du personnage d’Ali G), joué par le Suédois Peter Stormare, qui dans trois publicités différentes détruit avec le plus grand sang-froid des bolides nippons modifiés (« pimped », comme disent les Américains), pour présenter la rutilante GTI Mk V.
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Sportifs sensibles et Addicted to Lost

Tony
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Vous avez peut-être déjà vu quelques pubs télé passées hier pendant le SuperBowl. ABC, qui retransmettait l’événement, en a hier profité pour promouvoir ses deux séries télé phares, « Desperate Housewives » et « Lost ». Vidéo MP4 optimisée pour iTunes et iPod.
La musique utilisée dans le second clip est bien entendue adaptée de « Addicted to Love », par Robert Palmer (iTunes US, iTunes Canada, iTunes France).

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