Boutique : Cask

Cask
Whiskies à gogo. Photo : Arnaud H.

Il manquait depuis longtemps un bon magasin de spiritueux à San Francisco, à la hauteur de la réputation (usurpée ?) que la ville a parmi la communauté mixologiste. Il existe certes de bonnes adresses comme l’excellent John Walker, D&M Wine & Liquors ou K&L, mais leur inventaire est plutôt conventionnel. Les proprios du bar branchouille speakeasy Bourbon & Branch ont ouvert fin 2008 un magasin sur Third Street et Market à San Francisco que les amateurs de whisky se doivent de visiter (il ont depuis aussi ouvert dans le FiDi un autre bar, Rickhouse). Si vous pensez comme certains qu’il n’y a rien d’autre à explorer après avoir goûté le Johnny Walker Blue Label, allez faire un tour à Cask — vous changerez sûrement d’avis.

L’inventaire est certes limité. Il ne s’agit pas d’un temple érigé au whisky visant l’exhaustivité, mais d’une sélection de très bon goût de scotches de petites distilleries et d’embouteilleurs indépendants, des whiskies irlandais, canadiens ou américains, et des bourbons d’origines diverses. On y trouve le Glenmorangie Nectar d’Or, du single malt Michael Collins, de l’Eagle Rare, mais aussi du bas-armagnac de tous âges, des bourbons rares ou inédits en Californie (comme le Hudson Baby Bourbon produit à partir de maïs new-yorkais), et des brandies et eaux-de-vie en tous genres.

Le magasin possède aussi une sélection de sakés, d’apéritifs divers et d’autres spiritueux et liqueurs pour toutes sortes de cocktails (du vermouth de Chambéry Dolin, difficile à dénicher en Californie, ou les amers Scrappy’s), ainsi que quelques douzaines de vins et champagnes pour différents budgets. Lors de mes dernières visites, j’y ai trouvé une crème de violette autrichienne et l’absinthe rare de Germain-Robin. Les mixologistes apprécieront aussi la sélection d’accessoires de bar (qui font aussi de bonnes idées cadeaux).

Les propriétaires ont dû écouter les critiques et semblent avoir engagé du personnel compétent. À ma première visite il y a environ un an, les vendeurs semblaient ignorer ce qu’était un cocktail Aviation. Mais à ma dernière visite, la sympathique Amanda m’a promis qu’elle allait voir si elle pourrait se procurer une absinthe que j’ai du mal à trouver en magasin, et je sais que je peux compter sur elle pour obtenir une bouteille du rare whiskey de seigle distillé par Anchor à San Francisco.

Cask Spirits, 17 3rd Street, San Francisco, CA. (415) 424-4844.
Ouvert du lundi au samedi de 11 heures à 19 heures.

L’Alliance française, fidèle au stéréotype hexagonal

Il y a un employé de l’Alliance française qui est incompétent. Ce con de compatriote a confirmé à ma douce ce matin, par téléphone, qu’elle était bien inscrite pour la classe de français pour débutants que l’Alliance française de San Francisco devait tenir le samedi après-midi.

Satisfaite de savoir qu’elle ne va donc pas faire cinq heures de route pour rien, ma petite femme prend la route ce matin pour recevoir les fruits linguistiques que 400 dollars US peuvent fournir dans les locaux de l’association de Bush Street.

Mais arrivée sur les lieux, après avoir bravé le trafic généré par la combinaison Labor Day weekend/fermeture du Bay Bridge, on l’informe que la classe en question a été annulée. Incrédulité de ma douce, qui ce matin, devant moi, s’est vue confirmer par un employé de l’Alliance française (qui, soit dit en passant, n’a pas fait preuve de beaucoup de politesse, renforçant par là le stéréotype du Français peu aimable) que la classe avait bien lieu.

« Vous avez parlé à qui ? », lui demande le responsable de l’Alliance française, lorsqu’elle lui explique qu’on lui a pourtant confirmé la classe par téléphone. « J’ignore pourquoi il vous a dit ça. »

Pourquoi ? Parce que l’interlocuteur était de toute évidence un incompétent, qui, de surplus, aurait besoin de réviser ses manières téléphoniques. Ce doit aussi être lui qui s’occupe du site web, qui continue à afficher des classes qui ont pourtant déjà été annulées.

MAJ : jeudi dernier j’ai donc appelé l’Alliance française pour demander remboursement. La personne au bout du fil s’est montrée très courtoise et a effectué la transaction immédiatement. Comme quoi tout le monde n’y est pas incompétent. Toujours pas de leçons de français pour ma petite femme donc (pas de cours du soir à proximité, ou alors ils commencent trop tôt, et rien le weekend).

Nouvelle MAJ : Pascal a contacté ma femme adorée par email, puis par courrier, pour présenter ses excuses et lui proposer une série de cours offerts par l’Alliance française en guise d’indemnité.

Brunch : The Garden Court

L’un des avantages des grandes villes américaines est l’écletisme des choix possibles en matière de brunch. À San Francisco, il y a quelques vieilles adresses incontournables.

Dans la série classiques, voici le Garden Court, au rez-de-chaussée du Palace Hotel, là où le Financial District se confond dans SoMa. La salle est l’ancienne cour de l’hôtel, là où arrivaient les voitures des visiteurs. Le tremblement de terre de 1906 dévasta le bâtiment, et lorsque l’hôtel rouvrit enfin, trois ans plus tard, le Garden Court fut restauré sous la forme d’un jardin d’hiver. Une nouvelle restauration aura lieu huit décennies plus tard, redonnant son éclat à la verrière surmontant la salle.

Garden Court
Une vieille adresse pour le brunch dominical à San Francisco : le Garden Court. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

C’est cette verrière — ou plutôt, sa réplique hollywoodienne — que Michael Douglas — ou plutôt, son double — traverse dans sa chute à la fin du film The Game de David Fincher, faisant une entrée remarquée.

Le brunch dominical du Garden Court est une institution des vieilles familles san-franciscaines. C’est aussi l’un des rares dans son genre à inclure dans son prix fixe le champagne (Mumm Napa) sans supplément pour le second verre (ou le troisième, si vous insistez). Le brunch est un buffet réparti sous les colonnades bordant la salle, incluant les indispensables habituels de tout breakfast à l’américaine (œufs brouillés, bacon, saucisses, pancakes, fruits), mais aussi évidemment fromages, charcuterie, viandes, légumes, fruits de mer, etc. Deux cuisiniers réalisent crêpes et omelettes sur demande, et une table offre des mets asiatiques — pot stickers, sushis et rouleaux variés — après tout, on est à San Francisco.

Au centre, un trio de musiciens divertit les hôtes avec un répertoire de jazz, côtoyant les desserts, l’orgie habituels de gâteaux. Le service feutré est exemplaire, et la clientèle est un mélange de vieux et plus jeunes couples, copines en sortie, familles célébrant un anniversaire de mariage ou touristes s’offrant une débauche gastronomique après un matin paresseux.

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Vendredi 7/18 : notes en vrac

• C’est officiel : d’après WalkScore.com, San Francisco est la ville la plus piétonne des États-Unis. Évidemment, il faut aimer les collines. Mais à bientôt 5 dollars US le gallon, c’est clairement un avantage.

Loïc Le Meur se fait jeter de YouTube : après avoir posté un clip de son entretien sur LCI, le site vidéo de Google suspend le compte du multi-entrepreneur, le soupçonnant de violation de droits d’auteur (alors que d’apès Le Meur, LCI lui a donné l’autorisation de publier ledit clip). Pauvre Lolo, il se voit réduit à implorer YouTube de restaurer son accès.

• Si les électeurs san-franciscains approuvent la mesure en novembre prochain, le centre de traitement des égoûts de la ville sera bientôt nommé en l’honneur de George W. Bush. Le bureau local du Parti républicain a promis de combattre cette proposition par tous les moyens possibles. Chacun ses priorités.

7000 personnes ont fait la queue jeudi soir devant le Cow Palace à Daly City pour auditionner pour American Idol, certains patientant plus de neuf heures pour 20 secondes devant les juges. C’est encore plus long que ce que Stéphane a attendu pour son nouvel iPhone.

La guerre Icahn-Yang pour le contrôle de Yahoo! continue (le camp Icahn vient de faire parvenir aux actionnaires YHOO leur bulletin de vote pour proposer un nouveau comité de direction), et c’est le soap opera que Silicon Valley suit avec amusement — et les employés et actionnaires avec un brin d’anxiété. L’affaire est devenue encore plus croustillante que le mini-scandale Violet Blue-Boing Boing.

• John McCain a beau avoir Carly Fiorina, l’ex-CEO de HP, comme conseillère économique, sa crédibilité auprès de Silicon Valley a dû encore baisser lorsqu’il a avoué ne rien piger à l’Internet en particulier et aux ordinateurs en général.

• Terry Childs, un ex-employé du service informatique de la ville de San Francisco, suspecté d’avoir pris le réseau municipal en otage en le verrouillant de mots de passe qu’il a refusé de divulguer, vient de plaider non coupable. Son avocat prétend qu’il s’agit d’un gros malentendu, et que son client veut bien révéler les mots de passe. Mais apparemment, des négociations sont en cours. En attendant, des experts se demandent pourquoi Childs et plusieurs de ses collègues avaient un accès complet à l’ensemble du réseau, qui inclut le système de paye de la ville.

Les apéritifs de grand-mère font des cocktails branchés

On a beau vivre une époque formidable de globalisation instantanée, il y a des produits qui n’obéissent pas aux même modes de chaque côté de l’Atlantique. Une tendance met encore souvent des mois, voire des années avant d’arriver dans l’autre pays. Et parfois, un produit ou un concept prend une définition toute particulière dans un territoire donné, impossible à transcrire dans une autre culture.

cocktail
De quoi faire pas mal de cocktails. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

C’est ainsi le cas de certaines boissons alcoolisées françaises à la popularité établie ou grandissante aux États-Unis, qui ici sont adaptées au goût local : le pastis ou le Pernod sont ainsi aisément mélangés à du jus de canneberge, en faisant une agréable boisson d’été. D’autres de ces spiritueux sont en France résolument passés de mode, ou leur consommation reste confidentielle ou essentiellement régionale. Ils ont trouvé une nouvelle vie de l’autre côté de l’Atlantique. Apéritifs de grand-mères provinciales en France, ces bouteilles aux arômes de gentiane, genepi ou quinquina deviennent ici des ingrédients de cocktails sophistiqués dans les grandes métropoles américaines.

Prenez le Lillet, par exemple. Cet apéritif bordelais connaît son heure de gloire en France jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Mais dès le début, les frères Lillet exportent le plus gros de leur production : vers l’Angleterre d’abord (le Kina Lillet est un ingrédient du martini tel que l’apprécie James Bond), puis après-guerre vers les États-Unis, où la marque est toujours présente derrière tout comptoir qui se respecte. Ce n’est qu’à partir des années 90 que la marque est véritablement relancée en France, où elle garde toutefois une identité un rien désuète. Le Lillet blanc est, comme la Suze, un de ces apéritifs aux arômes herbeux que les grands-mères apprécient. Mais les Américains des bars new-yorkais ou san-franciscains en raffolent, le mixant aisément à gin ou vodka.

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Toujours dans cette catégorie, il y a la Chartreuse. « Une liqueur si bonne qu’une couleur porte son nom », annonce Quentin Tarantino dans Deathproof après en avoir descendu un shot dans un boui-boui de LA. Tous les bons bars américains ont en stock la Chartreuse verte, voire sa sœur jaune — l’élixir des moines dont la recette demeure secrète fut apprécié par des personnalités littéraires américaines aussi diverses que Hunter S. Thompon ou Scott Fitzgerald. Elle se boit ici parfois telle quelle en apéritif, mais elle est le plus souvent utilisée dans des cocktails. Le TNT (Orangina-vodka-Chartreuse), populaire chez les jeunes Français, est ici inconnu (et ça n’est pas plus mal, d’autant que la version locale de l’Orangina utilise du sirop de fructose). En revanche, la liqueur est souvent utilisée pour un gin-martini, voire mélangée à du whiskey.

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Votre resto préféré est-il risqué ?

Miam
Photo : shunafish

Un lien dans mes signets que ma nature compulsive ne manque jamais de consulter avant ou après un repas en ville : les scores et violations des restaurants attribués par le San Francisco Department Of Public Health. L’administration municipale y liste les notes (sur 100) reçues par les établissements lors de la dernière visite, et y détaille les erreurs commises, de la propreté du plafond aux méthodes de décongélation. Les bars et restaurants qui reçoivent une note de 90 ou plus trois fois de suite reçoivent le Symbol of Excellence.

Cherchez-y vos adresses préférées de SF, et racontez-nous si les résultats vous surprennent.

Râleurs, pas intégrés, dédaigneux et parlant mal anglais

La description suivante a plus d’un siècle et demi. Amusant de voir cependant qu’elle pourrait facilement s’appliquer à quelques spécimens qu’on connaît tous…

“Il y a environ six mille Français dans cette ville. Ils exercent toutes sortes de professions. Ils sont banquiers, médecins, spéculateurs en terrains, importateurs et courtiers en gros, marchands au détail, artisans, manœuvres. Une bonne partie d’entre eux sont riches, et presque tous sont laborieux et de bons citoyens. Ils nous sont venus de tous les points de la France : de Paris, de Marseille, de Lyon, de la Normandie, de la Bretagne, de l’Alsace, de la Suisse française, de la Louisiane, du Canada. Tous portent sur eux les traits caractéristiques du Français : aimant à vivre en société, ils parlent tant qu’ils ne dorment pas et gesticulent tant qu’ils parlent. Bien peu de ceux qui viennent de France ont l’intention de s’établir définitivement en Californie. Ils soupirent après le moment où ils auront amassé assez du métal brillant pour retourner dans la belle France et y vivre d’une existence aisée et indépendante. Il apprennent la langue anglaise très négligemment, sans doute, par cela même, qu’ils n’ont pas l’intention de se fixer ici. Ils ne peuvent s’empêcher de comparer la Californie, telle qu’elle est après sa croissance de cinq ans, à leur patrie, telle que l’ont faite mille année ; et, à ce point de vue, la comparaison n’est pas flatteuse pour la première. Cette intention, générale chez eux, de retourner en France, est une erreur dont beaucoup ne tarderont pas à se repentir.

Mineur
Une caricature de mineur français au milieu du XIXe siècle, en Californie. Une tenue qui ne détonnerait pas tant que ça de nos jours dans le Castro.

“Ils se plaignent d’avoir eu à subir des injustices de la part des Américains. Certes, beaucoup en ont eu à subir, pareils en cela, à bon nombre d’Américains mêmes. Une raison pour laquelle les Français ont eu à essuyer des vexations, c’est qu’ils n’ont, ici, aucune valeur politique ; ils n’ont pas même cherché à devenir citoyens, et n’ont pas appris notre langue ; ils sont dans le pays, mais non du pays. Nombreux sont ceux qui arrivent, — 30,000 au moins, sans compter ceux qui arrivent, — ils pourraient bien vite peser dans la balance. Qu’ils considèrent la Californie comme leur patrie ; qu’ils se fassent citoyens, et qu’ils s’efforcent de changer en bien le mal dont ils se plaignent à juste titre. La Californie peut encore se transformer et s’amender sur plusieurs points, avant qu’ils soient prêts à rentrer en France avec leur fortune faite.

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Bouquin : French San Francisco

French San Francisco
French San Francisco, par Claudine Chalmers.
Arcadia Publishing. 127 pages.
ISBN 978-0738555843.
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La prochaine fois que vous pénétrez à l’intérieur du magasin Neimann-Marcus de Union Square, levez les yeux. Au centre de la verrière ancienne que vous n’avez peut-être jamais remarquée, vous remarquerez un navire stylisé, avec la devise familière : Fluctuat nec mergitur. Si vous avez jamais visité cette place de San Francisco avant 1981 (je sais, certains d’entre vous n’étaient même pas nés), vous avez pu voir s’y dresser un immeuble dans le style beaux-arts. C’était le City of Paris, un grand magasin fondé à la fin du XIXe siècle par les frères Verdier, des immigrés français. On l’aperçoit notamment dans le film The Conversation (Conversation secrète) de Francis Ford Coppola, tourné en 1973. Il fut peu après honteusement démoli par Neimann-Marcus, dont l’architecte préserva néanmoins la verrière.

City of Paris store
Le grand magasin City of Paris, reconstruit après le tremblement de terre de 1906.

Ce vestige du City of Paris est l’une des traces de l’importance de la communauté française de San Francisco il y a déjà plus d’un siècle. Aujourd’hui subsiste encore à San Francisco un quartier français minimal, parfois appelé Little France, consistant essentiellement du consulat général, de l’église Notre-Dame-des-Victoires voisine, et des quelques restaurants de Bush Street et Belden Place. Essentiellement commercial, ce quartier héberge cependant peu d’émigrés franchouillards, la plupart d’entre eux se concentrant sur Russian Hill et Polk Street (l’Alliance française se situe désormais dans le Gulch, sur Bush), et le lycée français La Pérouse est dans le Sunset.

French Bank
La French Bank, au 108-110 Sutter (près de Montgomery), au début du XXe siècle.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Les premiers francophones arrivèrent dans la Baie dès la fin du XVIIe siècle, et plusieurs d’entre eux s’y installèrent dès les années 1840. L’un des premiers fut Jean-Jacques Vioget, un vétéran de Waterloo à qui on doit parmi les premiers dessins de Yerba Buena (le village qui deviendrait par la suite San Francisco) et le tracé de ce qui devint plus tard le centre-ville. Il y construisit la première taverne de Californie, et mourut seulement quelques jours avant le retour prévu de sa famille pour la France.

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