My teinturier is rich

teinturier

L’un des cépages les plus cultivés en Californie pendant la Prohibition est une grappe bien de chez nous, mais qui est en passe de disparaître dans l’Hexagone. C’est l’alicante-henri-bouschet, ou simplement alicante-bouschet. C’est un cépage dit teinturier : contrairement à la plupart des autres cépages noirs, sa pulpe et son jus ne sont pas clairs, mais rouges. Cette variété tient son nom de son inventeur, le Français Henri Bouschet de Bernard, qui en 1855 obtint cet hybride en croisant du grenache noir avec du petit bouschet.

Le cépage devint très populaire : résistant et au rendement généreux, on le planta dans le Bordelais, la Bourgogne et la vallée de la Loire. Aujourd’hui cependant, il a quasiment disparu dans ces régions, et n’étant pas autorisé dans aucune AOC, il ne survit guère que dans le sud-ouest du pays. Il a cependant une présence dans le sud du Portugal, en Espagne (dans la région dont son nom est partiellement inspiré, et ou il est appelé garnacha tintorera) et en Algérie. Ses caractéristiques permettent de rehausser la couleur d’un vin, mais il est parfois utilisé indépendamment.

L’alicante-bouschet fut un cépage très cultivé pendant la Prohibition. La loi comportait en effet des exceptions pour la production de vin à usage personnel. Des milliers de tonnes de grappes furent ainsi expédiées par voie ferroviaire vers les communautés italiennes de la côte est, et la paroi épaisse des baies de l’alicante-bouschet permettait aux grappes de ce cépage de subir le voyage sans trop de dommages.

Aujourd’hui on trouve encore l’alicante-bouschet dans de nombreux vignobles californiens, surtout dans la région des Sierra Foothills (dans la Napa Valley, où il était populaire il y a encore un demi-siècle, il a fait place à des variétés plus rentables). Ce cépage reste prisé par certains vignerons pour foncer certains vins et du fait de son rôle historique. J’ai cueilli cette grappe (qui n’était pas encore mûre) lundi dernier dans le vignoble étudiant de Napa Valley College, qui cultive sur deux rangées des échantillons de différents cépages dans l’ordre alphabétique, et qui commencent par… l’alicante-bouschet.

Transition

Crimson Hill
Mon nouveau bureau.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Si vous avez un peu suivi mes aventures, je me suis fait virer fin septembre dernier de la vénérable firme high tech chez qui j’étais depuis un peu plus de cinq ans. Je travaillais de chez moi depuis deux ans, et la nouvelle boss n’aimait apparemment pas. Je fut donc lourdé par téléphone. Ce fut à la fois un choc et une bénédiction, car finalement, j’étais un peu coincé dans ce boulot, sans possibilité d’aller ailleurs car sans carte verte ni possibilité de transfert de visa.

Depuis, j’ai du coup pu faire quelques boulots de localisation et traduction ici et là, notamment pour des applications iPhone et Mac OS. C’est un truc pour lequel j’ai pas mal d’expérience, et je me débrouille plutôt bien. De quoi payer quelques factures. Et la lettre m’annonçant que je suis désormais un résident permanent des États-Unis est enfin arrivée (la carte verte devrait suivre d’ici quelques jours).

Mais bon, cela ne va pas mettre de beurre dans les épinards. Ça permet tout juste d’acheter le beurre.

Le défi, c’est ma situation géographique, à deux heures et quart de route de San Francisco (quand ça roule bien). Je ne veux pas demander à ma petite femme de mettre sa carrière en standby. Elle est procureure adjointe, et ça marche plutôt bien pour elle. Pas très bien payée (la faute au déficit vertigineux du budget californien), mais elle se construit lentement mais sûrement une carrière solide dans le droit pénal, côté ministère public. Même pour un avocat talentueux, les boulots sont rares ces temps-ci.

Il y a deux ans, je m’étais dit qu’il faudrait parer à l’éventualité de me retrouver sans boulot. Après tout, j’avais déjà subi plusieurs licenciements, et la paranoïa n’a jamais tué personne à petites doses. Comme le secteur dominant du coin est la viticulture, mes options étaient limitées, sauf à faire pousser ma marie-jeanne ou à devenir producteur de méthamphétamines, ce qui comporte des risques.

Par intérêt personnel et donc aussi pour contribuer à mon plan B, j’ai donc commencé à prendre des cours de viticulture et d’œnologie à Napa Valley College. Moins prestigieuse que UC Davis, ce community college a cependant gagné le respect de la profession vitivinicole californienne au cours des dix dernières années. Je viens de boucler mon cours de marketing vinicole. Je viens de reprendre les cours (toujours en viticulture et opérations vinicoles) pour la session estivale, puis sans doute enchaîner d’autres cours à l’automne, une période très active dans ce domaine.

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Vins : tournée des domaines du comté de Lake


Les grappes ne sont pas encore prêtes pour les vendanges, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas déguster les millésimes précédents en attendant. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Une ou deux fois par an, chaque région viticole a son événement touristique, où même certains domaines normalement fermés au public ouvrent leurs portes. Pour le prix d’un forfait, autochtones et touristes font la tournée des caves, verre en main, pour goûter aux crus locaux et discuter avec les viticulteurs.

Ce weekend, c’était le tour des domaines du comté de Lake, où je me suis installé il y a un an. Situé au nord de Napa, derrière le mont Saint-Helena, la région reste inconnue du grand public, y compris de bien des Bay Areans, même si le plus gros des grappes qui y sont cultivées sont utilisées dans l’élaboration de vins qui seront vendus sous le label Napa Valley. C’est là qu’est né le géant Kendall-Jackson, avant de s’installer dans le comté de Sonoma. Il y possède toujours une exploitation et de nombreux vignobles, ainsi que Beringer, Snows Lake et d’autres grands noms associés à des régions plus réputées.

D’une demi-douzaine de domaines il y a seulement une décennie, le comté en compte désormais quatre fois plus. Maintenant que nous connaissons bien le coin et ses crus, il y a des adresses que nous ne ratons jamais, et d’autres que nous savons éviter (celles-là ne sont pas mentionnées ici).

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Vins de Hopland : ritals, rosés et colombard

Après un cours de danse à Santa Rosa (nous perfectionnons nos talents de valseurs), nous avons samedi après-midi rejoint des connaissances à Hopland pour l’édition 2008 du Passport, l’événement viticole de la région où les domaines du coin versent à gogo leurs différents crus. Cette fois-ci, nous n’avons pas comme l’année dernière visité tous les producteurs — d’une part par manque de temps, et surtout parce certains n’en valent pas vraiment la peine.

Colombard
Le colombard est le deuxième cépage le plus planté en Californie derrière le chardonnay. La plupart est utilisé pour des vins de table, mais quelques viticulteurs en font des bouteilles très respectables, comme McNab Ridge.

Je me suis surtout concentré sur les rosés, goûtant quand même ici et là quelques blancs et rouges éveillant ma curiosité. Chez Brutocao, le rosé de sangiovese est sympathique (et pas cher, puisqu’on peut s’en procurer une caisse pour 60 dollars), mais c’est un rouge qui valait le détour : le Quadriga est un assemblage de cépages italiens — sangiovese, primitivo (l’ancêtre probable du zinfandel), dolcetto et barbera. Belle charpente, le genre de bouteille à ouvrir avec un plat à la bolognaise, et dont je vais mettre un exemplaire au frais dans la cave. Le 2005 est le best-seller de la série italienne du domaine, et le 2006, goûté en fût, semble prometteur, mais je ne déguste que très rarement des vins non encore embouteillés, donc ne me demandez pas de vous donner une opinion d’expert, je ne sais pas vraiment de quoi je parle.

Pour le reste, le rosé de grenache de McDowell ne vaut pas franchement son prix. De l’autre côté de l’US 101, Graziano, qui produit sous quatre marques différents styles de vin, propose notamment un rosé de zinfandel. Il n’est pas le seul : à quelques miles de là, Nelson Family, dont j’apprécie particulièrement le riesling et le rouge maison, produit également un vin de la même couleur à partir du même cépage, mais attention : il ne s’agit pas de white zinfandels, mais de rosés secs de saignée. Là encore cependant, c’est un peu cher par rapport à un costières-de-nîmes à 6 euros.

La surprise est venue de McNab Ridge, que j’avais l’année dernière snobé. Le viticulteur-propriétaire est Rich Parducci, le petit-fils de John, qui fonda Parducci Wine Cellars à Ukiah, revendu il y a quelques années. Comme son grand-père, Rich aime à dire qu’il produit du vin facile à boire, ce qui n’est pas nécessairement un gage de qualité. McNab Ridge est aussi, curieusement, le premier domaine de Mendocino à avoir cultivé le pinotage, ce cépage hybride sud-africain, un croisement entre pinot noir et cinsault. Le résultat est un vin sombre, trop tannique et râpeux à mon goût. Le pinotage californien nécessite peut-être un goût acquis pour être apprécié. Ou peut-être s’agit-il d’un vin tout simplement, comment dire, ah oui : dégueulasse. Le domaine utilise aussi ce pinotage dans son Coro Mendocino, mais le résultat me semble plutôt médiocre, surtout pour une bouteille vendue 35 dollars.

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Les apéritifs de grand-mère font des cocktails branchés

On a beau vivre une époque formidable de globalisation instantanée, il y a des produits qui n’obéissent pas aux même modes de chaque côté de l’Atlantique. Une tendance met encore souvent des mois, voire des années avant d’arriver dans l’autre pays. Et parfois, un produit ou un concept prend une définition toute particulière dans un territoire donné, impossible à transcrire dans une autre culture.

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De quoi faire pas mal de cocktails. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

C’est ainsi le cas de certaines boissons alcoolisées françaises à la popularité établie ou grandissante aux États-Unis, qui ici sont adaptées au goût local : le pastis ou le Pernod sont ainsi aisément mélangés à du jus de canneberge, en faisant une agréable boisson d’été. D’autres de ces spiritueux sont en France résolument passés de mode, ou leur consommation reste confidentielle ou essentiellement régionale. Ils ont trouvé une nouvelle vie de l’autre côté de l’Atlantique. Apéritifs de grand-mères provinciales en France, ces bouteilles aux arômes de gentiane, genepi ou quinquina deviennent ici des ingrédients de cocktails sophistiqués dans les grandes métropoles américaines.

Prenez le Lillet, par exemple. Cet apéritif bordelais connaît son heure de gloire en France jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Mais dès le début, les frères Lillet exportent le plus gros de leur production : vers l’Angleterre d’abord (le Kina Lillet est un ingrédient du martini tel que l’apprécie James Bond), puis après-guerre vers les États-Unis, où la marque est toujours présente derrière tout comptoir qui se respecte. Ce n’est qu’à partir des années 90 que la marque est véritablement relancée en France, où elle garde toutefois une identité un rien désuète. Le Lillet blanc est, comme la Suze, un de ces apéritifs aux arômes herbeux que les grands-mères apprécient. Mais les Américains des bars new-yorkais ou san-franciscains en raffolent, le mixant aisément à gin ou vodka.

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Toujours dans cette catégorie, il y a la Chartreuse. « Une liqueur si bonne qu’une couleur porte son nom », annonce Quentin Tarantino dans Deathproof après en avoir descendu un shot dans un boui-boui de LA. Tous les bons bars américains ont en stock la Chartreuse verte, voire sa sœur jaune — l’élixir des moines dont la recette demeure secrète fut apprécié par des personnalités littéraires américaines aussi diverses que Hunter S. Thompon ou Scott Fitzgerald. Elle se boit ici parfois telle quelle en apéritif, mais elle est le plus souvent utilisée dans des cocktails. Le TNT (Orangina-vodka-Chartreuse), populaire chez les jeunes Français, est ici inconnu (et ça n’est pas plus mal, d’autant que la version locale de l’Orangina utilise du sirop de fructose). En revanche, la liqueur est souvent utilisée pour un gin-martini, voire mélangée à du whiskey.

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Carnet de voyage : San Luis Obispo

Mission
La mission de San Luis Obispo, fondée en 1772 par Junipero Serra.

La route entre San Francisco et Los Angeles est pleine de destinations sympathiques, et San Luis Obispo, qui se targue d’être à mi-chemin entre les deux métropoles, est l’une des plus agréables. SLO, comme l’abrègent les autochtones, est l’une de ces villes californiennes côtières fondée par les missionnaires espagnols — la mission de San Luis Obispo fut la cinquième des vingt et un construites le long d’El Camino Real, entourée de plusieurs montagnes, dont Madonna Peak.

La ville est aussi connue pour le campus universitaire de la California Polytechnic State University, ou Cal Poly, un établissement très respecté pour ses formations en ingénierie, architecture et agronomie.

Musée
Le musée du comté de San Luis Obispo, près de la mission.

Le corps des étudiants représente à lui seul plus du tiers de la population de la ville. Rien d’étonnant donc à ce que SLO incarne la college town par excellence : bars et pubs dont certains sont ouverts aux 18-21 ans, un immense magasin Sports Authority en plein centre-ville et un réseau de circulation optimisé pour les cyclistes.

Ceux qui n’ont fait que traverser la ville sur l’autoroute 101 ont cependant forcément remarqué cette destination kitsch que constitue la Madonna Inn, un hôtel de carton-pâte au pied de la montagne du même nom, aux 137 chambres décorées selon des thèmes divers — la plus connue étant celle de l’homme des cavernes, si l’envie vous prend de célébrer votre nuit de noces en jouant à monsieur et madame Pierrafeu.

SLO est aussi une région viticole, située au sein de l’appellation Paso Robles — après tout, ce sont les Espagnols qui plantèrent les premières vignes dès le XVIIe siècle. Ici, cabernet-sauvignon et pinot noir sont rois, mais c’est aussi le repaire des premiers Rhône Rangers, ces viticulteurs américains qui émulent les vins du sud-est de la France. La syrah est donc un cépage en pleine expansion, mais aussi viognier, mourvèdre, grenache et leurs autres cousins rhôniens.

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Abus de justice

Il y a des claques qui se perdent au Tribunal de Grande instance de Paris. Pour ne rien dire des connards couperosés de l’Association nationale pour la Prévention en alcoolisme et addictologie, qui apparemment prennent les Français pour des cons.

L’ANPAA, une association loi 1901 généreusement subventionnée et qui s’est apparemment donnée pour mission de transformer les médias nationaux en vecteur de son message, a poursuivi Le Parisien pour une série d’articles consacrés au vin de Champagne, estimant qu’il s’agissait là d’une incitation à la consommation. Le Tribunal de Grande instance de Paris lui a donné raison, estimant que les articles en question pouvaient être assimilés à de la publicité. Le quotidien a donc été condamné à 5 000 euros d’amende pour ne pas avoir ajouté la mention « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé » que toute publicité pour un produit alcoolisée se doit d’inclure, en conformité avec la loi Évin.

Du coup, les médias français, et plus particulièrement la presse spécialisée, se voient désormais forcés de devoir ajouter cette formule au début ou à la fin de tout article traitant du vin ou d’un autre spiritueux, sauf à prendre le risque de se voir condamner au nom de cette jurisprudence imbécile. Comme si la presse française, déjà soumise à un nombre incroyable de restrictions diverses pour une démocratie, avait besoin de ça. Voilà désormais que les journalistes du vin sont assimilés à des publicitaires.

Govt. Warning
Un avertissement fédéral figure sur chaque vin ou spiritueux vendu aux États-Unis, ici sous la forme d’une étiquette apposée au dos d’une bouteille française, un champagne Janisson-Baradon.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

La filière vitivinicole française aurait également pu se passer de cette décision de justice. Les exportations sont en baisse, en partie à cause d’un euro fort, rendant les vins français de moins en moins compétitifs, au moment même où d’autres pays voient leur production augmenter, à la fois quantitativement et qualitativement. Aux États-Unis, les vins français ne représentent plus que 3% de parts de marché, alors que les Australiens et les Italiens en occupent chacun environ 10%. Même les vins de pays du Languedoc-Roussillon, le plus gros des exportations françaises, ont du mal à s’imposer face aux vins chiliens, néo-zélandais et aux white zins californiens, et le créneau des vins de prestige est désormais colonisé par les trophy wines produits par les boutiques wineries de la vallée de Napa. Entretemps, les Espagnols continuent à augmenter le nombre de caisses envoyées à l’étranger. Certes, la régulation française sur les appellations et l’incroyable incompétence de nombreux viticulteurs et négociants français en matière de marketing sont aussi en partie responsables pour ce triste bilan.

Plus grave peut-être, les Français eux-mêmes boivent de moins en moins de vin. Au début des années soixante, le Français consommait en moyenne 100 litres par an — dont la majorité était, certes, du gros rouge qui tache. En 2006, la consommation annuelle est passée à seulement 55 litres. Le vin n’est plus présent sur la table quotidienne du Français moyen. De nombreux jeunes de moins de 30 ans n’en boivent jamais, ou très peu, n’ayant développé aucun goût pour le breuvage ou même l’alcool en général. À l’heure où le pouvoir d’achat des Français semble avoir pris un coup, la bouteille de vin risque de ne pas arriver en tête des listes de courses.

Qu’on ne me fasse pas de sermon sur les dangers de l’alcoolémie. Des poivrots, j’en ai connu, et j’en connais toujours. Je vis avec une procureure qui fait régulièrement des réquisitoires contre des chauffards intoxiqués. La prévention est nécessaire, mais pas sous la forme d’un slogan obligatoire apposé sur un contenu journalistique. Il y a suffisamment de censure imbécile en France, de la loi assassine condamnant la soi-disant apologie de la drogue (on ne peut ainsi pas exposer en France les vertus du cannabis médical sans s’attirer les foudres de la justice) aux textes divers interdisant la reproduction de certains propos obscènes et haineux, alimentant les arguments des antisémites et autres homophobes qui se présentent alors en victimes du judiciairement correct.

Président Sarkozy, vous aviez promis lors de votre campagne en février 2007 de revisiter la loi Évin sur la publicité pour les alcools. Je suis un grand naïf qui aime les hommes politiques qui tiennent leurs promesses.

Peut-être un terrain d’entente pourrait-il être trouvé entre les combattants de l’alcoolisme (qui semblent confondre l’alcool et son abus) et les abolitionnaires de la loi Évin. Les Américains imposent ainsi à tous les distributeurs de vins et spiritueux l’apposition sur chaque bouteille d’une étiquette mettant en garde les consommateurs contre l’abus d’alcool, sur le modèle des avertissements présents sur les paquets de cigarette.

Une pétition a été mise en ligne par la Fédération internationale des journalistes & écrivains du vin et des spiritueux pour protester la décision du TGI. Vous êtes également libre de contacter l’ANPAA pour leur communiquer votre opinion sur leur stratégie. Enfin, il est toujours une bonne idée de contacter directement vos député et sénateur pour leur faire partager votre position sur le sujet.

Vignerons et négociants de France, je bois à votre santé, et à une réforme intelligente de la loi. Et militants de l’ANPAA, je vous emmerde. Continuez à boire vos cocktails sans alcool, ils ne vous empêcheront pas de mourir de tristesse.

Weekend au vert (1ère partie) : vins de Hopland

Non, je n’ai pas passé mon dimanche à installer Leopard sur les Macs de la maison, parce que voyez-vous, c’est le genre de chose que je fais pendant les heures de travail. Les derniers weekends de l’été indien sont faits pour être savourés en plein air.

Hopland Inn
Hopland Inn, sur l’US 101, dans le comté de Mendocino.

Samedi donc, rendez-vous à Lakeport où des amis avaient organisé une virée à Hopland, petite bourgade du comté voisin de Mendocino, de l’autre côté des monts Mayacamas. Si vous avez jamais pris la route US 101 pour aller vers Eureka, voire l’Oregon ou l’État de Washington, vous avez forcément traversé ou fait escale dans ce petit patelin qui doit son nom au houblon qui couvrait au XIXe siècle ce coin de Californie du nord. Ne reste de cet héritage que la Mendocino Brewing Company et sa Hopland Brewery, qui brasse notamment l’excellente Red Tail Ale, une bibine ambrée à 6,1° dont la bouteille est décorée d’une buse à queue rousse. Les champs des environs de Hopland sont désormais pour la plupart plantés de vignes, dont le cépage dominant est le zinfandel (un cousin américain du primitivo, mais que certains experts identifient comme la même grappe).

Notre bob de service s’étant donc gentiment dévoué pour nous servir de chauffeur dans son Chevy Tahoe, nous voilà donc partis pour faire la tournée de dix domaines dans le cadre du Hopland Passport, l’un de ces événements qu’organisent certaines régions vinicoles à la saison des vendanges pour attirer les touristes. Pour 20 ou 30 dollars par tête on a droit à un verre à pied et dégustation à gogo dans tous les domaines participants. La consommation de vin sur la voie publique est pour une fois autorisée (ce qui n’empêche pas les flics de surveiller les automobilistes de près).

La première étape fut Nelson Family Vineyards, une exploitation dont les collines couvertes de vignes rappellent celles de l’Alsace. Il ne fut donc guère surprenant de pouvoir y goûter un très agréable riesling — le domaine produit aussi une vendange tardive du même cépage. Côté rouges, nous sommes repartis avec une bouteille chaque de leur Barn Blend, un assemblage maison typiquement californien de zinfandel, cabernet-sauvignon et merlot, et de leur pinot noir, tout deux de la cuvée 2006.

Jeriko
Jeriko, domaine viticolo-touristique au nord de Hopland.

Le reste des domaines ne réussit malheureusement pas à parvenir à la hauteur des vins Nelson. Jeriko est l’un de ces typiques pièges à touriste, servant des vins décents mais pas franchement à la hauteur du cadre néo-méditerranéen un brin prétentieux. L’exploitation a tout de même réussi un joli coup en produisant pour le compte de Trader Joe’s des vins biologiques sous le label Natural Blonde. Ne cherchez donc pas de terroir du côté de Jeriko. Même le rosé maison semble un peu cher pour 6 dollars — à ce prix-là, je connais des bandols qui ont bien plus de charme.

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Kelsey Report

Lakeport, CaliforniaNorth Main Street, Lakeport, California.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons

Pour les Californiens, Wine Country est généralement synonyme de Napa et Sonoma. Mais le pays du vin s’étend plus au nord, et inclut le comté de Lake, dont la caractéristique principale est l’immense lac naturel qui domine la géographie de ce coin isolé de Californie. Clear Lake est le plus grand lac naturel de l’État après celui de Tahoe, qui est lui partagé avec le Nevada, et malgré sa beauté et les vignobles qui l’entourent, il reste une destination encore confidentielle que bien des habitants de la baie de San Francisco continuent d’ignorer.

Il faut dire que Clear Lake se mérite. Deux heures et demie de route vers le nord depuis San Francisco, dont une bonne moitié de montagnes si après l’autoroute 101 on prend la CA-29 puis la CA-53 pour arriver à Clearlake, la commune la plus pauvre et la moins pittoresque du comté. Plus pratique, on peut continuer sur la 101 au nord pour ensuite obliquer vers l’est sur la CA-175 via la route très sinueuse que les autochtones appellent Hopland Grade, qui permet de franchir les monts Mayacamas en une seule fois pour arriver à Lakeport, le chef-lieu du comté.

Clear LakeClear Lake, California.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons

Le plus gros de la population et des attractions du comté sont concentrées autour du lac, logé entre plusieurs massifs montagneux, formant un bassin qui atteint des températures record, dépassant largement les 40 degrés l’été. Le lac permet toutefois de se rafraichir : pêche, voile, jetski, wakeboarding ou tout simplement mouillette estivale font partie des activités privilégiées des vacanciers ou des indigènes, dont beaucoup possèdent un bateau sur une remorque dans leur descente de garage.

L’endroit se prête également à la randonnée — les plus courageux peuvent faire l’ascension du mont Konocti (prononcer « konoctaï »), un volcan endormi de quelque 1300 mètres qui domine le sud du lac et sert de point de repère principal dans la région.

Les motards trouveront l’endroit idéal. Hopland Grade est un parcours classique pour les amoureux des twisties, mais réservé aux plus expérimentés. Les pistes pour les amateurs de cross sont nombreuses, et la région peut être qualifiée de Harley Country. Les grosses routières américaines dominent en effet le parc des deux-roues, qu’il s’agisse d’habitants de la région ou de touristes venus faire une longue ballade autour du lac.

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